‹ L'Angleterre devant ses alliés 1793-1814Chapitre 7 sur 40 · Vaisseau de l'amiral Saint-Julien · texte numérisé non relu

Vaisseau de l'amiral Saint-Julien

2. Archives de la Marine. (Documents inédits.) — Saint-Julien s'enfuit, ainsi qu'un grand nombre d'officiers et de matelots, puis quelques jours après se rendit aux Espagnols, ce qu'il n'eût point fait, apparemment, s'il eût pu connaître le décret de la Convention qui approuvait sa conduite. Trogoff fut mis hors la loi, ainsi que le commandant des armes Chaussegros et l'ordonnateur Puissant.

La flotte anglo-espagnole put ainsi mouiller dans la grande rade ; 1 500 Anglais débarquèrent au cap Brun, dans la nuit du 27 au 28 ; 3000 hommes les suivirent, le lendemain 28 ; puis l'amiral espagnol don Juan de Langara, appelé par l'amiral Hood, fournit un contingent de 4000 hommes; enfin les rois de Naples et de Sardaigne ayant envoyé, un peu plus tard, 4 000 soldats, les alliés, réunis aux troupes françaises, portèrent le nombre des défenseurs de Toulon au nombre de plus de 17 000 hommes, nombre qui eût été de beaucoup dépassé si les Anglais n'eussent fait désarmer la plupart des citoyens, sous prétexte qu'ils n'offraient point de garanties suffisantes, et s'ils n'eussent refusé l'entrée de la ville aux émigrés.

Les conditions de l'amiral Hood furent acceptées : cependant le Comité des sections insista pour que le traité fût conclu au nom des puissances coalisées. Mais Hood n'entendait point y associer ses alliés ; il exigea qu'il fût seulement passé au nom des représentants de la ville et du roi de la Grande-Bretagne. Déjà, au commencement des pourparlers, il s'était bien gardé de mettre l'amiral espagnol au courant des événements, de sorte que Langara n'apprit qu'au cours du siège l'intention exprimée par les Toulonnais de se confier aux représentants des deux nations.

Bien d'autres occasions permirent aux Espagnols de juger de la bonne foi de leurs alliés, celle-ci entre autres :

Quand, s'appuyant sur les liens de parenté qui unissaient Louis XVII au roi d'Espagne, l'amiral Langara demanda que le gouverneur de Toulon fût choisi parmi ses officiers, sa prétention fut repoussée sous prétexte que la ville ne s'était rendue qu'aux Anglais. Il fallut laisser nommer lord Goodall. Hood reçut le commandement de la rade, et le général espagnol Frédéric de Gravina, celui des troupes de terre.

Les Espagnols se proposaient d'exécuter à la lettre l'engagement de considérer la ville et le port de Toulon comme un dépôt fait au nom de Louis XVII. Les Anglais ne songeaient qu'à détruire la flotte et le port. Des discordes ne pouvaient manquer de résulter de ce défaut d'unité dans les vues des alliés. Une défiance réciproque, des querelles, des duels môme s'ensuivirent.

La prise de possession de Toulon par l'amiral Hood, au

nom du roi d'Angleterre, fut portée à la connaissance des habitants par la proclamation suivante :

Proclamation

de très honorable Samuel lord Hood, vice-amiral, commandant en chef l'escadre de S. M. Britannique dans la Méditerranée : Les Sections de Toulon m'ayant fait connaître par leurs comi saires qu'elles s'étaient solennellement déclarées en faveur de la monarchie; qu'elles avaient proclamé Louis XVII, flls de Louis XVI, leur légitime souverain; juré de le reconnaître et de ne pas soulTrii plus longtemps le despotisme des tyrans qui, en ce moment, gou vernent la France ; qu'elles étaient disposées à faire leurs effort: pour le rétablissement de la monarchie, telle qu'elle avait été acceptée par leur dernier roi en 1*89, et rendre la paix à leur malheureuse patrie, En conséquence, je répèle ce que j'ai déjà déclaré au peuple du a la France, que je prends possession de Toulon et le gardedépot pour Louis XVII, jusqu'au rétablissement de la paix en , et j'ai la ferme espérance que ce moment n'est pas éloigné. lé à bord du vaisseau de S. M. Britannique la Victoire, devant ,ce 28aoùH793.

Signé, Hood.

endant, le général Carteaux, à l'ouest, et le général pe, détaché de l'armée d'Italie, à l'est, en apprenant ie des alliés dans Toulon, avaient hâté leur marche ville, le premier à la tète de 7 à 8 000 hommes, le second 000 hommes.

:eaux s'empare, le 31 août, des gorges d'OHioules, faitement défendues. Le général de Gravina les fait idre aussitôt par les troupes alliées, mais le défaut de ts l'empêche de profiter de son succès, sons ici la parole au chevalier de Fonvielle 1 , témoin re de ces événements, et dont les Mémoires très curieux, rconstanciés, sont confirmés dans ce qu'ils avancent, plupart des relations du temps :

itres des gorges d'OHioules, dit Fonvielle, les Toulonuais t, seuls, défié les forces entières de la Convention ; il n'est pas

'moires historiques de M. te chevalier de Fonvielle. Paris, 1821,

au monde, peut-être, de poste militaire où une poignée de braves

puisse, comme là, résister à l'armée la plus formidable. Cependant

les Anglais ne jugèrent pas à propos de s'y maintenir. Sous prétexte

que le service n'était pas assuré, ils rentrèrent dans la ville et, dès

le lendemain, les républicains avaient et repassé les gorges d'Ol-

lioules, d'où on ne les a plus chassés, et repris toutes leurs positions.

Je fus surpris, et ce ne fut que plus tard que je conçus la cause de ce que je n'appelais alors que des fautes, et que, depuis, j'ai appelé des perfidies.

La guerre de Toulon eût cessé trop tôt... »

Un des premiers soins de l'amiral Hood avait été d'ordonner un désarmement général des citoyens, sous le prétexte que nous avons indiqué. L'armée se trouvait, par là, réduite de 12 000 hommes. On ne conserva que les troupes de ligne en garnison dans la place.

Les marins suspects de patriotisme furent embarqués au nombre de 6000 et conduits dans les ports de l'Océan : saisis par les autorités républicaines, la plupart d'entre eux furent emprisonnés ou exécutés.

Ensuite Hood fit appel aux soldats des armées d'Italie et du Midi désireux « d'abandonner sur-le-champ les drapeaux de l'anarchie et de se réunir à tous les Français fidèles pour soutenir la cause et les droits de Louis XVII 1 ».

11 fit écrire au citoyen Lalonde, commandant la station de Villefranche,pour l'engager à lui livrer les vaisseaux mouillés en rade ; la lettre, signée Robert Lincel, chef d'escadre, engage les habitants de la ville à suivre « l'exemple de loyauté donné par les Toulonnais ». A cette missive est annexée une lettre du contre-amiral Trogoff qui appuie l'offre du commandant anglais. Elle porte la date du 7 septembre 1793, Van premier du règne de Louis XVII. C'est ainsi que les royalistes toulonnais dateront désormais leurs correspondances 2 .

Les représentants font amener le parlementaire, porteur de la lettre, à Nice, où une lecture solennelle en est faite en présence des autorités. Elle est ensuite brûlée publiquement, et l'envoyé est reconduit par 2000 citoyens jusqu'à Villefranche. Il emporte une réponse, signée Barras, Robespierre, Ricord et Fréron, où il est dit que la République française « ne peut

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