COMMISSION D'ENQUETE
Une commission supérieure d'enquête représentée par les grandes Puissances, fut nommée par un décret Khédival le 30 mars 1878, sous la présidence de M. de Lesseps, Riaz Pacha en était membre.
Après la formation de cette commission, la France et l'Angleterre imposèrent à Ismaïl les conditions suivantes :
1° Il est entendu que le Khédive n'assistera dans aucun cas, aux délibérations du Conseil des Ministres... ;
2» Le Prince Twefik Pacha est nommé Président du Conseil ;
S" Les deux membres européens du Cabinet (Sir Rivers Wilson, Ministre des finances, et M. de Blignières. ministre des Travaux Publics) auront le droit d'opposer un veto absolu à toute mesure qu'ils désapprouveraient. Ce droit ne pourra être exercé par les deux ministres européens que conjointement...
Enfin, le Khédive, ne pouvant supporter cette intervention honteuse qui causait l'excitation du peuple égyptien tout entier, réunit les Consuls généraux et les pria de transmettre à leurs gouvernements : « Que l'Egypte ne se trouvait pas en état de faillite, mais pouvait faire face à ses engagements financiers, qu'en outre le peuple égyptien tout entier n'acceptait d'être gouverné que par son Souverain, appuyé par un ministère parement national et responsable devant une Chambre des Députés, nommée d'après un nouveau mode d'élection... et au rétablissement du contrôle..- »
« Le Prince Twefik Pacha, de son côté, refusa d'agir contre le sentiment national ; et donna sa démission de Président du Conseil et fut remplacé par Chérif Pacha... »
LA DESTITUTION D'ISMAIL
Le Khédive fut destitué, le 25 juin 1879 par la Sublime Porte, sur la demande des Puissances, et quitta l'Egypte, le 30, accompagné de sa famille et de quelques-uns de ses fils.
En arrivant à Naples, le Khédive Ismaïl écrivit au Grand Vizir la lettre suivante :
J'ignore l'existence des faveurs et des bienfaits dont
Sa Majesté (le Sultan) m'a comblé. J'ai fait appel à sa puissance pour me protéger contre une pression étrangère ; je viens de traverser seize années bien remplies ; sous mon administration, l'Egypte avait été couverte d'un réseau de chemins de fer ; elle avait considérablement étendu la canalisation qui féconde la richesse du sol ; elle avait créé
deux grands ports, à Suez et à Alexandrie ; elle avait détruit dans l'Afrique centrale la source de l'esclavage, et fait flotter le drapeau de l'Empire dans les contrées où il était encore inconnu ; elle avait vu s'achever et livrer au monde le canal des deux mers ; et, enfin, après de longues résistances, elle avait inauguré, chez elle, sa réforme judiciaire qui, en mettant un terme aux lenteurs résultant de la multiplicité des juridictions étrangères et imposant à la distribution de la justice la promptitude qui la rend profitable, a préparé pour l'avenir les moyens d'établir l'harmonie d'une bonne justice dans le contact des civilisations de l'Orient avec les civilisations étrangères...
J'ai vu plusieurs fois le Khédive Ismaïl à Rome.
Ses regrets d'être éloigné de l'Egypte étaient émouvants, car ce qui dominait dans ces regrets, c'était bien plus le chagrin de ne plus pouvoir être en rien utile à son pays que la perte de sa situation.
Il a fait beaucoup pour l'Egypte. Jusqu'à ce jour la grandeur de cette Egj^pte, son degré de civilisation occidentale, lui sont dûs.
Les Egyptiens, qu'Ismaïl a formés par une éducation européenne, existent encore et continuent de diriger avec succès les affaires qui leur étaient confiées.
La dette qui fut la cause de la destitution du Khédive Ismaïl est toujours impayée, sous le régime de la puissance qui a trouvé dans ce non-paiement le prétexte d'une destitution.
C'est la première fois que la France s'est soumise aveuglément à un complot ourdi par la diplomatie anglaise contre le souverain de l'Egypte. Quel con-
traste humiliant si l'on compare cette soumission à notre secours à Mohamed Aly contre un même complot anglais, en 1840 ?
Comment et pourquoi notre diplomatie s'est-elle abaissée à ce point, dérobée à ses devoirs envers un pays considéré depuis longtemps comme allié de la France ?
Il était en notre pouvoir de sauver Ismaïl, et l'Egypte, en même temps, car nous pouvions acheter les 176.602 actions du Canal que l'Egypte possédait.
11 nous était facile de réformer par des conseils amis le Gouvernement Egyptien, sans l'intervention de l'Angleterre.
Nous avions plus de 200 employés français en Egj-^pte après l'inauguration du Canal. Le Khédive eût accepté sans aucun doute la nomination de deux ou trois grands financiers français pour sauvegarder la situation par des conseils techniques.
Nos diplomates, et surtout M. Waddington, savaient depuis longtemps que l'Angleterre cherchait à occuper l'Egypte, pour dominer dans la Méditerranée, en même temps que dans la Mer Rouge.
Le devoir strict de la diplomatie française était de mettre obstacle au projet anglais. M. Waddington, ami de l'Angleterre, la favorisa !
La politique anglaise s'est dressée, en Egypte, comme dominatrice et le monde entier en subit les conséquences.
LE KHEDIVE TEWFIK
Mohamed Tewfik Pacha succéda à son père. Pour éviter le même sort, il sut allier la souplesse à la fermeté. Il obéit aux conseils des Puissances tout en s'efforçant de sauvegarder par sa prévoyance les intérêts Egyptiens.
Au début de son règne, Tewfik annula le décret du 22 avril 1879 et rétablit le contrôle à deux qui fonctionna de nouveau jusqu'au 30 janvier 1883.
Sur sa proposition du 1" juillet 1879, les Puissances désignèrent leurs représentants à la commission internationale de liquidation, qui fut instituée par le décret du 31 mars 1880.
Le 17 juillet 1880, un autre décret approuva le résultat des recherches de cette commission. Ce résultat fut considéré comme loi de liquidation et fait partie de la loi internationale.
Cette loi, dont les articles sont au nombre de 99, a fixé le chiff're de la dette, les ressources du Gouvernement et le relevé général de la situation financière du pays.
Jusqu'à cette date, la dette publique égyptienne était :
Dette privilégiée 22.689.800
Dette unifiée 58.040.320
Emprunt Daïra Sanieh et Daïra Kassah 09.518.804
Emprunt domanial Rothschild 8.500.000
L. Str. 98.748.930 (Cette dette correspond à 2.468.723.250 francs).
La loi de liquidation fixa l'intérêt de cette dette à 5 0/0 et l'amortissement en 65 ans, à partir du 15octobre 1876.
Tous les créanciers, malgré la baisse de l'intérêt, furent satisfaits de voir leurs créances garanties par la volonté des. Puissances.
L'Egypte marchait dans sa voie droite. Elle allait atteindre son but ; mais le ciel se couvrit de nuages.
La révolte d'Ahmed Arabi Pacha éclata comme un coup de tonnerre.