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LA REVOLTE D'ARABI

Quand le Khédive Tewfik monta sur le trône, il éleva Arabi au grade de colonel, commandant d'un régiment d'infanterie.

Arabi ne sortait d'aucune école militaire, mais seulement des rangs. Fanatique de sa race, il considérait toute autre race en Egypte, même les Musulmans qui y sont nés et qui y ont quatre générations, comme des étrangers.

Osman Rifki Pacha, en 1880, était alors ministre de la Guerre ; il avait une origine circassienne, descendant d'une famille qui habitait le pays depuis plusieurs siècles.

Un grand nombre d'officiers Egyptiens s'entendirent, le 17 décembre 1880, pour présenter une pétition au Khédive contre le Ministre de la Guerre, prétendant qu'il avait une sympathie excessive pour

les officiers d'origine circassienne et qu'il accordait aux moins méritants des faveurs injustifiées. Par cette pétition, trois officiers délégués demandaient la déposition de ce Ministre.

Arabi, et deux autres colonels furent les mandataires de tous les officiers pour présenter cette pétition au Khédive.

Ce fut le prélude de la Révolution.

Les consuls et les employés anglais conseillèrent au Ministre de la Guerre d'être d'une grande sévérité pour les trois colonels ; leur but était d'exciter la mésentente entre les éléments militaires, de servir ainsi la politique secrète de leur pays et de faciliter le dessein de l'Angleterre d'une occupation de l'Egypte.

Le Ministre de la Guerre, après avoir reçu cette pétition, fit appeler Arabi et les deux colonels au Ministère de la Guerre, et devant un Conseil de notables leur signifia leur renvoi de l'armée en ajoutant que trois officiers circassiens les remplaceraient.

Arabi répondit avec fierté : « On ne peut renvoyer ainsi les petits officiers eux-mêmes !... Nous ne sommes pas ici vos serviteurs ; mais les serviteurs du pays, de la nation, du drapeau et les gardiens de l'honneur ! »

Le Ministre fit alors arrêter non seulement Arabi et les deux colonels, délégués comme lui, mais en même temps tous les officiers qui prirent parti pour Arabi.

Les trois régiments de ces colonels se révoltèrent en apprenant que leurs chefs étaient prisonniers et ils les mirent en liberté.

L'Egj'pte tout entière s'émut à la fois de l'arrestation des trois colonels et de leur délivrance.

Arahi, à la suite de cet incident, présenta un rapport détaillé aux représentants de toutes les Puissances en Egypte, en même temps qu'il se rendit, le 2 février 1881, au Palais d'Abdine où il protesta de son dévouement au Khédive, associé à celui de tous les officiers.

Le Khédive Tewfik était bon, pieux et faible. Il fit savoir à Arabi qu'il regrettait ce qui s'était passé et l'informa qu'il remplaçait Rifky Pacha au Ministère de la Guerre par Mahmoud Samy El Baroudy Pacha.

Sir Malet, Consul Général d'Angleterre fit affirmer à Arabi que c'était lui qui avait conseillé au Khédive de renvoyer Rifky.

Le 4 février, le Khédive appela Arabi et son ami le colonel Aly Fahmy. Il les chargea de voir les Consuls Généraux de France et d' Angleterre et de prendre vis à vis d'eux l'engagement d'assurer le respect des biens et la sécurité des européens résidant en Egypte. Ils obéirent à son ordre et accomplirent ce devoir.

Les intrigues se firent de toutes parts pour troubler la paix de l'Egypte.

Le parti militaire, irrité à la fois par la violence du premier ministre Riaz Pacha, par la faiblesse du Khédive et par les intrigues des Anglais, trouva indispensable pour sauvegarder l'avenir de l'Egypte, de se mettre d'accord avec les membres de la Chambre des Notables pour réclamer ensemble au Khédive :

1" Le renvoi du Ministère Riaz ;

2° La formation d'un Parlement égyptien ;

3" Que l'effectif de l'armée soit de 18.000 hommes selon le firman impérial.

Arabi, à la tête d'un régiment égyptien, se rendit au Palais d'Abdine, le 9 septembre 1881 et présenta cet ultimatum au Khédive.

Le contrôleur et le Consul anglais, qui étaient chez le Khédive, par hasard ! lui conseillèrent d'accepter le programme sans aucune modification.

Le Khédive, exigea sur l'heure la démission du ministère Riaz et demanda à Chérif Pacha d'en former un autre.

L'Angleterre devint, par ce résultat immédiat, l'amie du Khédive, des militaires et du Parti National. Tous eurent confiance en elle, et dans les conseils de ses représentants !

Amie sincère de l'Egypte, je ne me trompais pas sur la gravité de l'événement, sur le rôle cherché par l'Angleterre et dont elle trouvait les éléments dans les faits qui se produisaient.

Je publiais dans le numéro de septembre 1881 de ma Nouvelle Revue (politique extérieure) :

A Londres, ces jours derniers, on prenait prétexte de certains désordres auxquels les militaires ont eu part pour demander la dissolution de l'armée Egyptienne ; la Saturday Reuiew, qui ne fait qu'exprimer les sentiments secrets de nos voisins d'Outxe-Manche, disait en résumé : <i L'armée

est sur le point de gouverner l'Egjpte. Elle a tant exigé et obtenu, qu'elle ne voit plus de bornes à ses exigences ; quand l'anarchie est dans l'armée, il n'y a pas d'autre ressource que de la licencier. L'Egypte n'a pas du tout besoin d'une armée. Ce qu'il lui faut, c'est une gendarmerie. On épargnerait beaucoup d'argent à l'Egj'pte et l'on tarirait la source de bien des dangers pour le Khédive et pour le pays, s'i l'on supprimait l'armée. Mais une armée enflée de des triomphes et qui a pu se convaincre de la faiblesse du gouvernement, ne peut guère être licenciée, à moins que quelqu'un n'ait le courage de dire qu'il faut absolument recourir à cette mesure. En Egj-pte, on ne trouvera personne qui émette cette opinion. Si une révolte militaire éclatait en Egypte, les Puissances protectrices trouveraient probablement qu'elles n'ont pas à choisir et qu'elles doivent y mettre fin. »

Voilà bien la thèse britannique ; c'est elle qui a fait échouer notre Consul Général, M. de Ring} et lui a valu, dans sa lutte avec M. de Blignières, une disgrâce aussi étrange qu'imméritée. Car M. de Blignières n'était que le docile représentant des intérêts du gouvernement anglais» tandis que M. de Ring, en défendant les restes de l'indépendance égpytienne, s'efforçait de maintenir notre influence sur le même pied que celle de notre rivale. Malgré les ardentes sympathies de toute la colonie française, il a été maladroitement sacrifié.

Rien n'est plus triste, quand il s'agit d'intérêts nationaux, que d'avoir inutilement raison. Ce qui vient de se passer au Caire montre à quel point nous étions en droit d'accuser M. de Blignières de négliger les intérêts français et de laisser prévaloir les intérêts anglais. Dans un long article» que nos amis, irrités aujourd'hui, trouvaient trop passionné », nous signalions le danger prochain de la politique française en Egypte. Nous avions toujours regretté l'éloignement de ritalie, prémédité, voulu, accompli par M. Waddington, dans le partage de la puissance européenne au Caire ; et nous avons soutenu M. de Ring, qu'on a si imprudemment brisé et qui avait si' judicieusement travaillé à relever l'influence égyptienne, laquelle, dans son développement, a

toujours été plus française qu'anglaise. En blâmant M. de Ring, en soutenant M. de Blignières, M. Barthélémy Saint- Hilaire a assumé dans la crise actuelle une responsabilité aussi grave que celle qu'il assume à Tunis en soutenant M. Roustan...

Ma « Nouvelle Revue » n'avait-elle pas raison alors et ne pourrai-je encore aujourd'hui soutenir la même thèse sur le même sujet.

Déjà ma sympathie pour l'Egypte m'éclairait.

La politique que l'Angleterre suivit à l'égard de l'Egypte, dès le début de la révolte d'Arabi jusqu'à la fin, fut celle de la fausseté, du mensonge et de la trahison ! Elle réussit à trouver un terrain favorable à ses intrigues dans la division entre le parti militaire et le Khédive d'un côté, et les officiers égyptiens de l'autre, entre le Khédive et le Sultan, s'efforçant par les apparences de sembler l'amie de tout le monde !

Les événements d'Egypte se déroulèrent dès ce moment là, selon la volonté de l'Angleterre.

La perfide Albion fait assurer à la Porte, après l'événement du 9 septembre 1881, que l'armée est hostile au Khédive parce que celui-ci veut reprendre la politique de Mohamed Aly en Syrie et veut être complètement indépendant.

La politique de la Turquie fut aveugle, surtout lorsqu'elle put constater que toute la presse européenne comblait d'éloges l'Angleterre dans la question égyptienne, en acceptant d'envoyer en Egypte une mission, présidée par Derviche Pacha.

Cette mission arriva au Caire, fit son enquête et rentra à Constantin ople le 20 octobre 1881.

Dès cette date l'influence d'Arahi fut grande dans son pays ; partout les Egyptiens étaient convaincus que Derviche Pacha n'était venu en Egypte que pour donner le mandat du Sultan à Arabi !

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