ET SES CONSÉQUENCES
L'Angleterre occupa traitreusement l'Egypte, le 14 septembre 1882, (à la même date où Mohamed Aly la chassa d'Aboukir et de Rosette en 1807), sous prétexte :
1° De rétablir la sécurité ;
2° De soutenir le trône ;
3° De sauvegarder les intérêts étrangers.
Triple mensonge !
Dès que l'Angleterre eut occupé l'Egypte, honorée dans la plus vieille histoire et considérée comme pays international, elle déclara à la face du monde entier que son occupation devait être provisoire et tout prochain le jour de l'évacuation.
Ses déclarations pour évacuer l'Egj^pte ont dépassé jusqu'à cette heure 66 déclarations, dont je citerai quelques-unes :
Déclarations britanniques :
Sir Eward Malet, consul général au Caire, a déclaré au Sultan, le 21 septembre 1881 {Blue Book, 9 septembre-4 octobre 1881), que : « Le Gouvernement de Sa Majesté n'a en vue que le maintien de l'autorité souveraine de la Porte et des pouvoirs du Khédive. Il ne désire ni occuper ni annexer l'Egypte. »
Dépêche de Lord Granville, Foreign Secretary, à Si»
Edward Malet, du 4 novembre 1881 (Blue Book et Journal Officiel Egyptien, du 15 novembre 1881) : « La politique du Gouvernement de Sa Majesté n'a d'autre but que la prospérité et la pleine jouissance de cette liberté que le Khédive a obtenue de divers firmans. Notre désir est de maintenir l'Egypte dans l'indépendance administrative qui lui a été garantie par le Sultan. Le Gouvernement de Sa Majesté agirait à rencontre des plus chères traditions de son histoire nationale, s'il avait le désir de diminuer cette liberté. Le lien qui unit l'Egypte à la Porte est une importante sauvegarde contre une intervention étrangère. Si ce lien venait à se rompre, l'Egypte pourrait, dans un avenir rapproché, se trouver exposée elle-même au danger d'ambitions rivales. »
Déclaration de Lord Granville, Foreign Secretary, à Musuros Pacha, le 4 octobre 1881 (Elue Book, 1881) : En dépit de tous les bruits et de tous les soupçons, nous n'avons aucun désir de travailler à une occupation ou à une annexion de l'Egypte par l'Angleterre. Ce que nous désirons, c'est le maintien du statu quo et celui des droits du Sultan. »
Déclaration de Lord Granville à l'ambassadeur de Russie à Londres, du 19 octobre 1881 (Blue Book, 1881) : Le Gouvernement de Sa Majesté n'a aucune visée personnelle. Son intention est le maintien du statu quo. »
Déclaration de Lord Dufferin, ambassadeur à Constantinople, au Sultan, le 4 novembre 1881 (Blue Book, 1881) : « J'ai déclaré au Sultan que, bien loin d'avoir des vues sur l'Egypte, notre seul désir était d'y maintenir le statu quo et que l'opinion publique en Angleterre était unanime sur ce point. J'ai ajouté que je n'ignorais pas que le Sultan suspectât nos intentions, mais que c'était un grand dommage qu'il se livrât à des craintes aussi fantastiques. »
Discours du Trône de Sa Majesté la Reine Victoria, du 7 février 1882 (Le Times) : « J'userai de toute mon influence pour maintenir dans un sens favorable à une bonne administration du pays et à un sage développement de ses insti. tutions, les droits établis, soit par les firmans, soit par les différentes conventions internationales. »
Lord Grandville, à M. Tissot, le 20 mars 1882 {Livre Jaune, 1882) : « Le Gouvernement de Sa Majesté est d'accord avec le Gouvernement français pour éviter la nécessité d'une intervention active ou d'une occupation militaire en Egypte. ')
Circulaire de Lord Granville aux Puissances, envoyée le 10 juillet 1882 (Blue Book, 1882) : « L'action de l'amiral Seymour sera restreinte à la défense légitime, sans aucune arrière-pensée de la part du Gouvernement britannique. »
Dépêche de Lord Granville à Lord Dufferin, le 11 juillet 1882 {Blue Book, 1882) : « L'Angleterre ne poursuit en Egypte ni un but intéressé, b.ut qui ne s'accorderait pas avec les intérêts de l'Europe, ni un but contraire aux intérêts du peuple égyptien. »
Déclaration de Sir Charles Dilke, Foreign Under Secretary, à M. Tissot, le 18 juillet 1882 {Livre Jaune, 1882) : « La Grande-Bretagne n'a aucune visée ambitieuse en Egypte. Elle n'y envoie des troupes que pour y maintenir l'ordre et rendre au Khédive l'autorité qu'il a perdue. Elle a l'intention formelle de soumettre au concert européen le règlement définitif de la question d'Egypte. »
Déclaration de M. Gladstone, à la Chambre des Communes, le 16 août 1882 {Livre Jaune, 1882, p. 31) : « Nous ne nous occuperons jamais de l'Egypte qu'avec le désir d'y favoriser le développement d'institutions qui lui donneraient, en tenant compte des divers droits existants, internationaux ou autres, tous les avantages d'un self-government local. Dès que l'ordre sera rétabli, nous soumettrons la question d'Egypte à l'Europe. La conférence pourra et devra reprendre ses séances dès que les événements lui auront suffisamment préparé la besogne. »
Déclaration de M. Gladstone, à la Chambre des Communes faite le 14 novembre 1882 (Le Times ) : « Les effectifs des troupes britanniques ont été réduits, depuis le 4 novembre, à 12.000 hommes. L'occupation n'est que provisoire et le Gouvernement de Sa Majesté en déterminera prochainement les conditions d'accord avec le Gouvernement égyptien. »
Discours de M. Chamberlain, président of the Board of
Trade, fait à Asthon under Lyne, le 19 décembre 1882 (Le Times) : <> Je ne perdrai pas mon temps à démentir l'intention qu'on prête au Gouvernement de vouloir maintenir un protectorat perpétuel en Egypte. Ce serait préparer d'amers regrets à nos descendants que d'aller créer une nouvelle Irlande en Orient. Une fois l'ordre établi, nous nous retirerons. L'acquisition de Chypre, il est vrai, est de date trop récente pour ne pas éveiller quelques doutes sur notre désintéressement. Mais tout ce qui tend à séparer la France de l'Angleterre est un malheur pour les deux pays et nous devons tout faire pour satisfaire notre grand voisin. Ce que nous désirons, c'est assurer à l'Egypte l'ordre, la prospérité et l'indépendance. »
Discours du Trône de Sa Majesté la Reine Victoria, du 15 février 1883 (Le Times) : « Toutes les obligations inter, nationales seront respectées en Egypte. »
Déclai-ation à la Chambre des Communes, faite par M. Gladstone, le 5 mars 1883 (Le Times) : " Nous ne prolongerons pas notre occupation au delà de la période durant laquelle la présence des troupes y sera absolument nécessaire. D'autres nations ont des droits et des intérêts aussi grands que ceux de l'Angleterre en Egypte et le Gouvernement de Sa Majesté ne connaît pas d'intérêts anglais qui soient séparés des intérêts généraux des nations civilisées ou qui doivent être poursuivis dans un but égoïste et étroit. »
Déclaration faite à la Chambre des Communes par Sir Charles Dilke, Foreign Under Secretary, le 9 août 1883 (Le Times) : « Le Gouvernement de Sa Majesté est opposé à l'annexion de l'Egypte et à tout ce qui y ressemblerait, tant par fidélité à ses promesses solennelles que par souci des intérêts de l'Angleterre. »
Discours fait par Sir William Harcourt, Hom.e Secretary. à Derby, le 15 avril 1884 (Le Times) : " L'Angleterre n'a nulle intention d'annexer l'Egypte et ne se reconnaît aucun droit de le faire. Ce serait une mesure impolitique. L'annexion de Chypre a été regrettable. Ni annexion, ni protectorat. Nous évacuerons l'Egypte dès que la sécurité et la tranquillité y seront assurées. »
Lord Granville avait écrit à M. Waddington, ambassadeur de France, dans sa lettre du 16 juin 1884 : " Le Gouvernement de Sa Majesté proposera, à la fin de l'occupation anglaise, ou avant, aux Puissances et à la Porte, un projet de neutralisation de l'Egjrpte sur la base des principes appliqués à la Belgique. »
Déclaration faite à la Chambre des Lords, par Lord Granville, le 23 juin 1884 (Le Times) : déclaration identique à celle faite à la Chambre des Communes par Gladstone, le 23 juin 1884.
Déciaration faite par Lord Granville, à Hassan Fahmi Pacha, le 8 février 1895 (Bine Book, 1895) : « Le Gouvernement de Sa Majesté a l'intention formelle de se retirer de l'Egypte pour des raisons politiques et financières. »
Déclaration faite par M. Gladstone, à la Chambre des Communes, le 15 février 1895 (Le Times) : « Le Gouvernement est résolu à ne pas rester au Soudan un jour de plus qu'il ne sera nécessaire. ».
Manifeste électoral de M. Gladstone, fait le 18 septembre 1895 (Le Times) : « L'Angleterre doit se retirer de l'Egj-pte aussitôt que l'honneur britannique le permettra. Nons n'admettrons jamais qu'il puisse être question d'annexion, de protectorat ou même de prolongation indéfinie de l'occupation anglaise» et nous répudions toute idée de compensation quelconque pour les efforts et les sacrifices que nous avons faits jusqu'à ce jour. La politique anglaise en Egypte est fondée sur une erreur et ce qu'il y a de mieux à faire en un tel cas. c'est de mettre promptement fin à une pareille intervention. »
Déclaration faite par Lord Salisburj% Premier ministre, à M. Waddington, le 3 novembre 1886 (Livre Jaune, 1886) : « On se trompe grandement chez nous lorsqu'on croit que nous voulons rester indéfiniment en Egypte. Nous ne cherchons qu'à en sortir honorablement. Nous sommes décidés à l'évacuer. »
Discours fait par Lord Salisbury. Premier ministre, au banquet du Lord.Maire, le 9 novembre 1886 (Le Times) : " De l'aveu de tous les ministres qui se sont succédé depuis
quati'e ans, l.'occupation anglaise du Delta est destinée à prendre fin et les paroles dont l'Europe prend acte ont pour effet d'empêcher la prescription de s'établir. »
Déclaration faite par Lord Salisbury, Premier ministre, à la Chambre des Lords, le 10 juin 1887 (Le Times) « Le Gouvernement de Sa Majesté, en vertu de ses engagements antérieurs et des règles du droit des gens, ne croit pas pouvoir placer l'Egypte sous son protectorat. Son rôle doit se borner à s'entendre avec la Porte pour défendre les états du Khédive contre les calamités politiques et pour maintenir le statu quo dans la vallée du Nil. Une convention a été conclue à cet effet avec la Turquie. Elle dispose que l'occupation anglaise cessera dans trois ans. »
Déclaration faite par Sir Henry Drummond Wolff, envoyé extraordinaire à Constantinople, au Grand Vizir, en 1887 (Le Times) : « Le Gouvernement de Sa Majesté a démenti toute intention d'annexer l'Egypte ou d'y établir un protectorat. Plus d'une fois on a suggéré l'idée que l'Angleterre devait occuper l'Egypte à titre permanent, mais cela eût été la violation de la politique traditionnelle de l'Angleterre, la violation de ses engagements envers le Sultan et la violation du Droit international. »
Déclaration faite par W.-H. Smith, First Lord of Treasury, à la Chambre des Communes, le l" décembre 1888 (Le Times) : « Nous pouvons entrevoir, dans un avenir très prochain, l'évacuation de la vallée du Nil tout entière. »
Déclaration faite par Lord Salisbury, Premier ministre, à la Chambre des Lords, le 12 août 1889 (Le Times) : « Nous ne pouvons proclamer notre protectorat sur l'Egypte ni notre intention d'une occupation effective et perpétuelle. Ce serait manquer aux engagements internationaux souscrits par l'Angleterre. »
Discours fait par Lord Salisbury, au banquet du Lord- Maire, le 9 novembre 1891 (Le Times) : « Notre but principal est-il de couper le lien qui unit l'Egypte à l'Empire ottoman? loin de là; nous désirons maintenir l'Egypte dans sa position légale actuelle, dans sa position vis-à-vis de l'Empire ottoman définie par les traités et les firmans. Nous
avançons vers ce but. Nous espérons vivement l'atteindre bientôt. »
Discours fait par Charles Dilke, Ex-Foreign Under Secretary, à Sydney, le 11 janvier 1892 (Le Times) : " L'Angleterre a pris l'engagement d'évacuer l'Egypte aussitôt qu'un Gouvernement stable s'y serait établi. Aujourd'hui le moment est venu d'évacuer, non seulement parce que nous l'avons promis, mais parce que c'est notre intérêt de le faire. C'est l'occupation de l'Egypte qui a conduit le Gouvernement à céder Héligoland, à trahir les Hovas à Madagascar et à sacrifier les droits de ses colons à Terre-Neuve. »
Déclaration de Lord Dufferin, ambassadeur à Paris, faite à M. Waddington, le 25 janvier 1893 (. Blue Book) : « L'augmentation de la garnison anglaise en Egypte n'implique aucune modification des assurances qu'a données» à diverses reprises, le Gouvernement de Sa Majesté au sujet de l'évacuation de l'Egj'pte, ni aucun changement politique. »
Déclaration faite par Lord Rosebery, Foreign Secretary, à M. Waddington, le 25 janvier 1893 (Blue Book) : déclaration identique à la précédente.
Déclaration faite par Lord Kimberly, Secretary for India, à la Chambre des Lords, le 31 janvier 1893 (Le Times) : « L'envoi des renforts en Egypte ne modifie nullement la position de l'Angleterre à l'égard de ce pays. »
Conférence faite par Sir Charles Dilke, Ex,Foreign Under Secretary, à l'Institut de Markham Square, le 14 octobre 1895 (Le Tim.es) : « L'occupation de l'Egypte est une source de faiblesse pour l'Angleterre. Commei nous n'avons aucun intérêt pour nous y maintenir, il n'y a aucune raison pour ne pas évacuer le pays. »
Déclaration faite par Lord Salisbury, Premier Ministre» à M. de Courcel, le 12 octobre 1898 (Livre Jaune, 1898) : « La vallée du Nil a appartenu et appartiendra toujours à l'Egypte. »
Lettre de M. Gladstone à Moustafa Kamel, le 14 janvier 1896 (Voir Egyptiens et Anglais) : « Autant que je puisse m'en rendre compte, le moment de l'évacuation est arrivé ijl y a quelques années. »