‹ L'Angleterre en EgyptChapitre 15 sur 73 · LE KHEDIVE ABBAS II · texte numérisé non relu

LE KHEDIVE ABBAS II

Abbas II succéda à son père au khédivat d'Egypte. Il était à Vienne, étudiant encore, à la mort de son père.

Il avait dix-sept ans et demi, mais déjà mûri par une activité intelligente, se préparant, s'il occupait un jour le trône, à travailler au relèvement de son pays et à sa délivrance du joug étranger, il était prêt à exercer le pouvoir.

La première parole prononcée par lui en rentrant en Egypte fut courageuse : « Je préfère mourir plutôt que de céder le moindre de mes droits. »

Le peuple entier l'adora au début de son règne.

La manifestation des étudiants, le 21 Janvier 1893, fut la preuve des espérances que la jeune génération plaçait en lui. Les étudiants traînèrent sa voiture et l'entourèrent d'acclamations enthousiastes.

Lord Cromer furieux se prépara à une lutte sans merci contre lui.

Le Khédive Abbas chargea Hussein Fakhry Pacha, en 1893, de former un ministère. Après que le Khédive eut décrété cette formation. Lord Cromer, dès le lendemain, lui présenta un télégramme du premier ministre anglais, lequel lui faisait savoir que le Khédive ne devait pas nommer le Premier égyptien sans avoir l'approbation du représentant de l'Angleterre en Egypte !

Le Khédive protesta énergiquement et chargea tous les consuls généraux de porter à la connaissance de leurs Puissances les détails de l'incident et sa protestation !

En 1894, le Khédive partit pour Wadi Halfa, dans le but d'inspecter son armée. Mécontent de plusieurs fautes commises par les soldats pendant la revue militaire, il fit quelques observations au commandant en chef, général Kitchener. Celui-ci, comme Anglais, trouva dans les observations du souverain une insulte et donna immédiatement sa démission, accompagnée et suivie de celle de tous les officiers anglais !

Au retour du Khédive au Caire, Riaz Pacha, son Premier ministre, le reçut à Fayoum, l'informant des exigences humiliantes de Lord Cromer, lequel menaçait avec \àolence le Khédive et lui imposait de remercier l'armée et de décerner des éloges non seulement à son commandement, mais à tous les officiers anglais. A ces humiliations s'ajoutait encore le renvoi du sous-secrétaire d'Etat au ministère de la guerre (Mohamed Maher Pacha).

Le Khédive répondit qu'il ne pouvait rien faire contre la vérité.

Riaz Pacha dit au Khédive : « que les conséquences de son refus seraient fatales, si cette satisfaction n'était pas donnée » et il ajouta: « Je l'ai donnée! J'ai publié les remerciements demandés. Je n'ai pu que retarder la question de Maher Pacha, jusqu'à l'arrivée de Votre Altesse au Caire ! »

On dit alors que le Khédive souffrit à tel point qu'il faillit en devenir fou !

Lord Cromer n'alla-t-il pas jusqu'à envoyer le colonel Chapman au palais khédivial en 1904, pour faire une enquête auprès du Khédive sur une accusation qui lui avait été présentée par un Arménien résidant en Egypte ?

N'a-t-on pas, sur l'ordre de ce Lord, inspecté le palais du Kédive ?

Lord Cromer n'a-t-il pas imposé au Khédive le ministère de Moustafa Pacha Fahmy, treize années durant, malgré la haine du Khédive contre ce ministère ?

Lord Cromer n'a-t-il pas publiquement insulté le Khédive dans le discours qu'il a prononcé au théâtre

de l'Opéra du Caire, le 4 mai 1907, deux jours avant son départ définitif de l'Egypte?

Et cependant, malgré de tels faits, la diplomatie anglaise a déclaré, juré, répété que l'Angleterre n'a occupé l'Egypte que pour soutenir le trône ! ! Mais ce trône avait, au début, trouvé son appui sur le cœur du peuple, et les occupants, sous le prétexte de soutenir ce trône, n'avaient cessé de travailler à le renverser.

J'ai connu les Khédives Ismaïl, Tewfik et Abbas. J'ai trouvé en eux un esprit élevé, généreux et de la reconnaissance envers la France. J'ai pris part à leurs épreuves morales, à leurs angoisses patriotiques, à la douleur de leur impuissance.

J'ai visité l'Egypte en 1904, accompagnée d'une amie filiale qui partageait tous mes sentiments et toutes mes idées, Mme Yung. J'étais invitée par le Khédive Abbas et par l'inspirateur du patriotisme égj^ptien, mon fils Moustafa Kamel.

Le Khédive, me réservait l'accueil le plus flatteur. Il avait retardé le bal officiel jusqu'à mon arrivée, pour que je puisse y assister.

J'ai passé trois mois dans le pays glorieux des Pharaons, en contact journalier avec leurs grandeurs séculaires. Dès le premier échange de mon âme avec l'âme égyptienne, j'ai pu la pénétrer, la juger et l'aimer- Lorsqu'on ne ressent pas, comme je l'ai ressentie, l'attirance du passé, on reste étranger en Egypte. On y côtoie ce que j'ai pu appeler les miracles du temps. Le peuple égyptien sait, même

sans apprendre. Il n'y a aucune différence entre son élite et la nôtre. Esprit, patriotisme, science côtoient de tout près les nôtres.

.Feus l'honneur de provoquer, de la part de Lord Cromer, une protestation dépassant l'aigreur, contre la sympathie que me témoignait le Khédive, à moi qui n'avais cessé d'attaquer la malfaisance de la politique anglaise en Egypte.

On m'affirme que le Khédive Abbas ne veut aujourd'hui que l'indépendance de son pays et qu'il ne cherche et ne cherchera jamais à remonter sur le trône. On ajoute qu'il regrette profondément de n'avoir pu servir son peuple d'une façon plus efficace.

L'histoire de Son Altesse Abbas Hilmy demanderait plusieurs volumes, car son règne a duré 23 ans, du 8 janvier 1892, jusqu'au 19 décembre 1914, jour où l'Angleterre s'est octroyée, seule, le droit de le détrôner.

Le Khédive vit à présent en Italie. L'un des interviews qu'il vient d'accorder à un journaliste français se résume ainsi :

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