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LE SOUDAN ÉGYPTIEN

Depuis l'antiquité, le Soudan, qui est situé au sud de l'Egypte lui appartient et forme avec elle une seule nation.

Les anciens historiens, comme Hérodote et ses successeurs, ont trouvé dans leurs recherches et dans l'étude des monuments, la preuve de rorrjine nubienne des Egyptiens.

Le premier Roi égyptien qui conquit la Nubie était Asserkaf de la 5* dynastie pharaonique(en 2750 avant J.-C).

Pepi, Roi de la 6" dynastie, put mobiliser en 2590 avant J.-C. une armée nubienne qui lui permit de vaincre les Princes de la Basse Egypte.

Marnarâ, Roi de la même dynastie, soumit une grande partie de la Nubie, ouvrit une voie dans les cataractes du Nil pour le trafic du commerce et pût découvrir les mines d'or qui enrichirent toute l'Egypte.

Son fils Pepi II envoya une expédition dans la Haute Nubie, sous le commandement du Prince Harhouf, qui put conquérir les régions de Sengrou.

Usartassen I", Roi de la même dynastie construisit en 2445 avant J.-C. un temple près de Wadi- Halfa où les noms de ses pères qui conquirent la Nubie furent gravés sur les murs.

Usartassen III, Roi de la 12'' dynastie s'empara de la 3* cataracte et construisit deux forteresses.

En 1830 avant J.-C. Amenemhât III construisit à Semna une échelle pour mesurer l'élévation des eaux du Nil.

Thotmès I", fondateur de la 18' dynastie organisa, en 1540, avant l'ère chrétienne, l'administration dans toute la Nubie et se mit en contact avec les tribus du Soudan entier. Dès cette époque, les Egyptiens et les Soudanais entrèrent en relations et des mariages eurent lieu entre eux.

La célèbre impératrice Hatchebsot de la 18'' dynastie, développa les relations avec les Soudanais et conquit pacifiquement les régions de la 4' cataracte. Cette Impératrice conquit l'amitié de toutes les tribus lorsqu'elle fit son voyage en 1490 avant J.-C. Quant elle rentra en Egypte, tous les chefs des tribus soudanaises, vinrent de tous côtés lui rendre hommage et lui offrir des cadeaux précieux, pour l'assurer de leur dévouement.

Cette impératrice, pendant son règne, put étendre son influence dominatrice sur l'Abyssinie et l'Est du Soudan.

Amenhotb III, Empereur de la 18'" dynastie expédia une armée égyptienne par le Nil Bleu contre l'Abyssinie, qui se soumit à sa domination et devint la protégée de l'Egj'pte.

Depuis lors, le Soudan sous les Perses, les Grecs, les Ptolémés, les Romains, les Arabes et les Turcs, ne fût jamais séparé de l'Egypte.

Nos officiers français poursuivirent eux-mêmes les

Mamelucks en Nubie, pendant l'expédition de Napoléon en Egypte.

Mohamed Aly I" envoya à Sennar son fils Ismaïl, lequel à son retour fût assassiné à Metammeh.

Mohamed Aly I" et ses fils Ibrahim et Saïd, se rendirent au Soudan et y firent de nombreuses réformes.

Quand le Sultan Abdul Madjid reconnut l'autonomie de l'Egypte en 1841, il n'oublia pas de mentionner aussi le Soudan comme faisant partie intégrante de l'Egypte.

Le Khédive Ismaïl Pacha fit de nombreuses réformes au Soudan et choisit la Ville de Khartoum comme troisième capitale de la Vallée du Nil.

Les Officiers d'état-major, pendant le règne de ce khédive et par l'ordre de son fils, le Prince Hussein Kamel, Ministre de la Guerre, parcourirent le Soudan jusqu'aux grands lacs et firent des cartes géographiques.

Des arsenaux, des fabriques et des machines ont été construits sur les deux rives du Haut Nil au Soudan, par le gouvernement Egyptien.

.lamais le Soudan, durant plusieurs siècles, ne s'est révolté contre l'Egypte, mais à la fin du règne du khédive Ismaïl, l'Angleterre par ses intrigues, parvint à faire nommer quelques gouverneurs anglais au Soudan, sous prétexte d'empêcher le commerce des esclaves.

Parmi ces gouverneurs anglais, il y eut le héros. Général Gordon, qui fut victime des ambitions de la diplomatie anglaise et assassiné à Khartoum en

Les Egyptiens qui périrent au Soudan se comptent par centaines de milliers, militaires et civils. Des milliards y ont été dépensés et payés par les Egyptiens.

Mais ayant apprécié et compris l'importance du Soudan, l'Angleterre ordonna au Gouvernement égyptien de l'abandonner le 8 janvier 1884.

Le ministère de Chérif Pacha refusa d'obéir à une si stupéfiante injonction et donna sa démission en la motivant dans une lettre ainsi conçue :

«... Le Gouvernement de Sa Majesté britannique exige que nous abandonnions le Soudan. Nous n'avons pas le droit de consentir à cet abandon, parce que ce pays qui appartient à la Porte ainsi qu'à la Nation Egyptienne a été confié à notre garde. Le Gouvernement de la Reine nous dit que l'Egypte doit suivre ses conseils sans les discuter. C'est là une violation du rescrit du 23 août 1878, suivant lequel le Khédive gouverne avec et par ses Ministres. Nous démissionnons parce que nous sommes empêchés de gouverner selon la Constitution... »

Cette lettre, d'une grande noblesse de ton et d'une stricte justice, n'a nul besoin de commentaires.

Quelques années plus tard, le 13 Mars 1896, l'Angleterre ordonna au gouvernement égyptien de décréter la conquête de ce même Soudan !

Après cette stupéfiante conquête, l'Angleterre ordonna au dit Gouvernement de signer avec elle un acte d'association à l'administration du Soudan. Cet acte fût signé le 19 Janvier 1899 par Lord Cromer, en sa qualité de représentant de l'Angleterre, et par Boutros Pacha Ghali, comme représentant du gouvernement égyptien.

Voici le texte de cet acte :

Article Premier

L'expression (Soudan) en raison de la présente convention, s'applique à tous les territoires situés au sud du 22* parallèle de latitude qui :

1° N'ont jamais été évacués par les troupes égyptiennes depuis l'année 1882 ; ou

2° Qui, ayant été, avant la dernière révolte au Soudan, administrés par le Gouvernement de Son Altesse le Khédive, ont été temporairement séparés de l'Egypte, et ont été reconquis par le Gouvernement de Sa Majesté et le Gouvernement égyptien agissant de concert ; ou

3° Qui pourraient être dorénavant reconquis par les deux Gouvernements agissant de concert.

Article 2.

Il sera fait usage simultanément des drapeaux britannique et égyptien sur terre et dans les eaux de tous le Soudan, excepté dans la ville de Souakim, où il sera fait usage du seul drapeau égyptien.

Article 3.

Le commandement suprême, militaire et civil, sera remis à un fonctionnaire dénommé « Gouverneur Général du Soudan ». Il sera nommé par décret khédivial sur la recommandation du Gouvernement de Sa Majesté Britannique et ne pourra être relevé de ses fonctions que par décret khédivial, et avec le consentement de Sa Majesté Britannique.

Article 4.

Les lois ainsi que les règlements et ordonnances ayant force de loi pour un bon Gouvernement du Soudan, ainsi que pour déterminer la forme dans laquelle il sera pris possession, disposé ou fait dévolution des propriétés de toutes sortes situées dans le territoire, pourront être, en temps nécessaire, modifiés ou abrogés par une proclamation du Gouverneur Général.

Les lois, ordonnances et règlements susdits pourront s'appliquer à tout ou à partie des territoires dénommés et pourront, soit explicitement, soit implicitement, modifier ou abroger toute loi et tous règlements existants. Toutes proclamations de ce genre devront être immédiatement notifiées à l'agent et Consul Général de S, M. britannique au Caire, et au Président du Conseil des Ministres de S. A. le Khédive.

Article 5.

Aucune loi, aucun décret, arrêté ministériel, ou aucun acte pouvant être décidé et promulgé par le Gouvernement égyptien, ne pourra être appliqué au Soudan, ni à aucune de ses parties à moins que le même acte ne fasse l'objet d'une proclamation du Gouvernement général dans la forme déterminée cidessus.

Article 6.

En raison de la proclamation des conditions sous lesquelles les Européens de toutes nationalités seront libres de trafiquer avec le Soudan ou d'y résider, ou

d'y acquérir des propriétés, aucun privilège spécial ne pourra être accordé à aucun sujet d'une ou plusieurs Puissances.

Article 7.

Les droits d'importation à l'entrée au Soudan ne seront pas applicables aux marchandises venant du territoire égyptien. Ces droits, toutefois, le seront aux marchandises provenant de tous autres territoires. Mais dans le cas de marchandises entrant par Souakim ou tout autre port de la mer Rouge, ces droits ne pourront excéder les droits correspondants, applicables au même moment, aux marchandises entrant en Egypte par une autre voie. Des droits à la sortie peuvent être imposés sur les marchandises partant du Soudan, à des tarifs qui seront en temps voulu fixés par proclamation.

Article 8.

La juridiction des Tribunaux Mixtes ne sera étendue ni reconnue, pour quelque raison que ce soit, dans aucun point du Soudan, excepté dans la ville de Souakim.

Article 9.

Jusqu'à ce qu'intervienne la proclamation prévue ci-dessus, le Soudan, à l'exception de Souakim, restera soumis à la loi martiale.

Article 10.

Aucun consul, vice-consul ou agent consulaire ne pourra être accrédité, ni autorisé à résider au Sou-

dan, sans le consentement préalable du Gouvernement de S. M. britannique.

Article 11.

L'importation et l'exportation des esclaves sont absolument prohibés au Soudan. Des mesures seront prises par proclamation pour donner plus de force à ce règlement.

Article 12.

Il est convenu entre les deux Gouvernements qu'il sera porté une attention spéciale à l'observation des stipulations de l'acte de Bruxelles du 2 Juillet 1890, concernant l'importation, la vente et la fabrication des armes à feu et de leurs munitions, ainsi que des liqueurs distillées et des spiritueux.

Signé : Boutros Ghali.

Cromer.

Si l'Angleterre n'occupait pas rEgyjîte et prenait le gouvernement égyptien sous sa tutelle, pourraitelle lui ordonner d'abandonner le Soudan ?

Pourrait-elle s'associer par un acte aussi arbitraire avec rEg3'pte à l'administration de ce Soudan?

Non, c'est la présence de l'Angeterre en Egypte comme usurpatrice qui a pu seule lui créer cette situation.

L'Angleterre s'est appuyée sur les forces qu'elle accordait à l'Egypte en envoyant un régiment de

ses troupes pour prendre part avec l'armée égyptienne à l'expédition du Soudan !

L'Angleterre n'est-elle pas en Egypte pour y assurer la sécurité ? Le Soudan n'est-il pas une partie de l'Egypte qui demande cette sécurité ?

Les frais de l'armée de l'occupation anglaise en Egypte ne sont-ils pas payés annuellement par cette Egypte ? Ne peut-on considérer l'armée anglaise comme armée louée par l'Egypte pour maintenir la sécurité dans toutes ses parties et ses possessions !

L'Angleterre s'appuie aussi sur le concours financier qu'elle a donné à l'Egypte, sur les 700.000 livres prêtées pour justifier son association à l'administration du Soudan !

Peut-on admettre que donner une pareille somme ait la valeur d'une vente de l'administration d'un grand pays comme le Soudan ?

Est-ce que l'Angleterre n'a pas bénéficié en Egypte d'une somme mille fois plus forte ? Est-ce que l'Egypte n'a pas fait cadeau de trois millions de livres à l'Angleterre pendant la dernière guerre européenne ?

Cette somme n'est-elle pas quatre fois plus forte que sa médiocre donation pour le Soudan ?

L'Angleterre occupe l'Egypte ; par conséquent elle occupe aussi le Soudan qui est, sans aucun doute, une partie de l'Egypte.

Au nom de cette occupation, l'Angleterre a pu convaincre la France dans l'émouvante affaire de Fachoda, que le Soudan est une possession égyptienne et non une terre sans possesseur.

Lord Salisbary lui-même, au nom du Gouverne-

ment anglais, fit à la Chambre des Communes, le 12 Octobre 1898, après l'entrée de l'armée égyptienne à Khartoum, une déclaration dont voici les termes :

J'ai appuyé d'une manière générale l'idée que la Vallée du Nil avait appartenu et appartient toujours à l'Egypte...

Oui, tout le Nil et ses terres appartiennent à l'Egypte, depuis cinquante siècles, et l'Angleterre n'est dans le Soudan que l'usurpatrice d'un droit incontestable !

L'Egypte donne à l'administration anglaise au Soudan, l'armée et l'argent.

Peut-on croire en vérité qu'un pays sacrifie son sang et son argent pour aider un autre pays à bénéficier de ses sacrifices ?

Peut-on croire que l'Egypte, un état souverain, soit incapable d'administrer seule son Soudan ?

L'Angleterre déclarait ces jours derniers qu'elle ne tarderait pas à donner les eaux du Soudan, nécessaires à l'Egypte !

Les termes de cette plaisanterie dépassent quelque peu la mesure que l'Angleterre emploie en parlant du Soudan, termes d'une dominatrice !

D'où lui vient ce droit ? Depuis quand, et par quelles raisons s'octroie-t-elle cette situation au Soudan ?

La seule, l'unique propriétaire du Soudan est la nation égyptienne ! Ni le décret de l'abandon du Soudan en 1884, ni l'acte criminel de 1899, ni les déclarations britanniques illégales, ni la force brutale même, rien ne peut prouver que le Soudan n'est pas une partie intégrante de l'Egypte et que l'Angle-

terre n'est pas une usurpatrice violant la justice et le droit !

Le peuple égyptien, s'il avait encore son Parlement, se dresserait tout entier, dans la personne de ses représentants, contre cet acte illégal, contre tout essai arbitraire et coupable de prise de possession de son Soudan. Mais hélas ! le Parlement égyptien a été dissous par l'Angleterre.

Le peuple égyptien n'a cessé et ne cessera de protester chaque année à la date fatale du 19 Janvier, contre l'acte inqualifiable de violence, contre un attentat inoubliable à la liberté d'un peuple.

Le nouveau Parlement égyptien qui sera prochainement réuni, doit avoir parmi ses membres des députés soudanais, qui représentent librement tout le Soudan ! Il le faut !

Les capitulations étrangères que l'Angleterre a violées au Soudan doivent y revenir.

L'Egypte ne pourra se voir arracher le Soudan et le Soudan ne peut se détacher de l'Egypte. Tous deux forment un seul pays, dont les intérêts sont communs dans tous les éléments d'une vitalité unique.

La vitalité du peuple égyptien et du peuple soudanais exige une communauté d'intérêts complémentaire et unique.

Après avoir écrit ces lignes pour le Soudan, j'ai reçu du Caire la lettre suivante :

Madame, J'ai à vous donner des nouvelles très intéressantes sur le Soudan Egyptien.

« Vous savez que les Anglais après l'armistice, ont cherché à dénaturer la question du Soudan en groupant quelques-uns de leurs partisans pour organiser une délégation soudanaise qui s'est rendue à Londres. Cette délégation était présidée par Sayed Aly El. Marghani, grand partisan de l'Angleterre au Soudan.

« Cette délégation fut naturellement bien accueillie à Londres par le Gouvernement anglais et même par S. M. le Roi d'Angleterre.

« Le peuple égyptien uni au peuple soudanais, s'est indigné et a déclaré publiquement que cette délégation ne représentait qu'elle-même !

« Ces derniers jours, Lord Allenby s'est rendu au Soudan, comme Haut-Commissaire de l'Angleterre. De grandes cérémonies ont eu lieu et naturellement c'est Sayed Aly El-Marghani qui y a joué le grand rôle au profit de l'Angleterre au Soudan !

« Dans la grande cérémonie officielle qui a eu lieu en l'honneur du représentant de l'Angleterre, ce dit Sir Sayed Aly a pris la parole et a remercié Sa Seigneurie le Haut-Commissaire des assurances qu'il venait donner aux indigènes du Soudan assemblés. Il affirma qu'il se rendait pleinement compte que le gouvernement général comprenait et représentait entièrement leurs vues auprès de qui de droit. Il était néanmoins heureux de saisir cette occasion d'exprimer directement au haut commissaire ses sentiments et ceux de l'Assemblée sur la situation politique ; à savoir que le Soudan est un pays et une nationalité d'existence distincte qui doivent poursui-

vre seuls leur évolution (naturellement en dehors de l'Egypte à tous les points de vue ! ! !)

« Il exprima l'espoir que l'on reconnaîtrait la légitimité de cette conception, et que les progrès si remarquables, réalisés sous l'administration britannique continueraient à l'avenir... Il ajoute : s'il lui fût permis une disgression dans les détails, afin d'exprimer tout particulièrement l'espoir que rien ne s'opposerait à la continuation des travaux du Barrage de Makwar (barrage qui privera l'Egypte d'une quantité d'eaux nécessaires pour son agriculture ! !) et des projets d'irrigation, d'importance vitale pour la prospérité future du pays ! »

« En lisant ces déclarations stupéfiantes et ces manœuvres britanniques, le peuple égyptien tout entier s'est indigné et a protesté énergiquement. »

Hussein Ruchdy Pacha, Ex-Premier Ministre et actuellement président de la commission, chargée par le Gouvernement Egyptien de préparer le projet de Constitution, a proposé, à cette commission, un projet de convention pour le Soudan, dont le but est de limiter les frontières et les possessions de l'Egypte dans la loi organique, projet dont voici les termes :

« 1° La reconnaissance de la suzeraineté de l'Egypte sur le Soudan !

2" L'Egypte nommerait un gouverneur général, dont le choix serait approuvé par la Grande Bretagne !

3° Ce gouverneur agirait en consultation avec les Gouvernements britannique et égyptien !

4° Ce gouverneur serait assisté d'un conseil composé d'Egyptiens !

5" Il n'y aurait aucune barrière entre l'Egypte et le Soudan !

6* L'Egypte pourrait continuer à recruter dans le Soudan des volontaires pour ses troupes !

7° L'Egypte pourrait maintenir une garnison dans le Soudan et avoir le droit d'établir des aérodromes et des stations de radiotélégraphie !

8" Le Gouvernement du Soudan ne pourrait pas constituer d'armée soudanaise sans l'autorisation de l'Egypte, et, si cette autorisation était donnée, le Roi d'Egypte serait le chef suprême de cette armée 1

9° L'Egypte pourrait entretenir une armée pour sa défense propre, dans les limites compatibles avec la sécurité du Soudan !

10° Le Gouvernement du Soudan ne pourrait pas contracter d'emprunt sans le consentement de l'Egypte !

11° Le budget du Soudan devrait être soumis au Gouvernement égyptien !

12° Le Soudan ne pourrait pas établir sur le Nil des travaux de nature à priver l'Egypte, à l'heure actuelle et dans l'avenir, de l'eau qui lui est nécessaire ! »

« Après lecture de ce projet par Rouchdi Pacha à la Commission Constituante, la Presse locale, sans

exception, a protesté contre l'imprécision de quelques passages de ce projet. Et, quoique ce projet ne puisse satisfaire personne. Lord Allenby de son côté a adressé une lettre au premier ministre égyptien, Saroit Pacha, en déclarant que la Commission Constituante n'a aucun droit de s'occuper de la question du Soudan, tant qu'elle fera partie des conditions que le gouvernement britannique a réservées pour la discussion finale de l'Entente entre les deux pays.

« Cette manœuvre anglaise a irrité l'Egypte entière- Les partis, les Instituts et à leur tête les Princes égyptiens ont énergiquement protesté contre l'intervention de l'Angleterre au Soudan, qui est la vie même de l'Egypte.

« Pour vous faire savoir la valeur de la protestation égyptienne contre cette agression criminelle, je vous cite ici la lettre que S. A. le Prince Omar Tousson a adressé à Rouchdy Pacha en sa qualité de Président de comité constitutionnel dont voici les termes :

« Excellence,

« L'objet de la Commission que vous présidez devrait répondre aux vœux de la Nation. La question du Soudan est une des questions qui préoccupe l'opinion publique, et le premier devoir du Ministère actuel était d'obtenir l'abrogation de l'accord du Soudan de 1899 et de considérer cette question comme une condition à la formation du ministère. Mais, fait très regrettable, si cette question a échappé au ministère, il ne convient pas qu'elle vous échappe à

vous et aux membres de la Commission. C'est pourquoi je rappelle à Votre Excellence la nécessité d'incorporer le Soudan dans les frontières de l'Egypte, comme il en était avant l'occupation, et de former un parlement, composé de représentants égyptiens et soudanais, pour qu'y siègent côte à côte nos frères, les habitants du Soudan Egyptien et leurs collègues de la Haute et de la Basse Egypte et collaborer tous à l'Œuvre Commune pour la sauvegarde des intérêts identiques de l'Egypte et du Soudan. »

« Devant ces complications que l'Angleterre crée à chaque instant, tous les Européens habitant l'Egypte se demandent comment l'Egypte pourra vivre sans le Soudan et comment l'Angleterre, qui n'a occupé le Soudan que parce qu'elle occupe l'Egypte, pourra y avoir un droit légitime au moment où elle a déclaré l'indépendance de l'Egypte comme pays d'Etat Souverain ?

« En réalité, tous les Européens craignent que le peuple égyptien se révolte de nouveau, ce qui ne sera dans l'intérêt de personne.

« Dans l'espoir que la diplomatie anglaise verra la vérité de la situation, nous ajoutons nos vœux à ceux de l'Egypte libre et hospitalière.

« Tous mes respectueux hommeges...

La jeunesse soudanaise, à son tour, a protesté en déclarant que le Soudan et l'Egypte sont deux jumeaux et que le Soudanais qui admet l'administration anglaise est un traître à la cause nationale.

Plusieurs pétitions dans ce sens, ont été présentées au Roi d'Egypte, au Premier Ministre et aux représentants des Puissances.

Il est impossible que l'Egypte cède sur ce point de vitalité suprême ; impossible que le Soudan se détache de la Mère Patrie ; impossible que l'Angleterre s'y crée un seul droit !

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