L'ETAT ECONOMIQUE
Pour apprécier à quel point l'état économique de l'Egypte est en souffrance sous le régime anglais, il faut se rappeler combien il s'est maintenu brillant" dès le début du xix' siècle. Mohamed Aly, le créateur de l'Egypte moderne, l'avait dotée de toutes les sources de richesses agricoles et industrielles. Il fit planter le cotonnier et cultiver le framboisier pour nourrir les vers à soie. Il construisit des fabriques et des usines dans la Haute comme dans la Basse Egypte et bientôt 175 industries donnèrent du tra- A^ail à 165.000 Egyptiens. Le labeur national suffisait presque à tous les besoins du peuple égyptien. Les importations étrangères comptaient fort peu. Les progrès agricoles et industriels développèrent le commerce et ouvrirent de grands marchés qui augmentèrent la richesse du pays. Les successeurs de Mohamed Aly, surtout Ismaïl, continuèrent à prêter leur aide à l'agriculture et à l'industrie. Ils permirent à des centaines de milliers d'Egyptiens de trouver du travail dans les fabriques, les usines, les arsenaux, les bateaux à vapeur, les constructions.etc-
L'occupation anglaise n'a fait qu'entraver l'agriculture par de prétendues réformes dont la moindre était de négliger les drainages durant de longues
années dans la Basse Egypte, en même temps que la culture du tabac, etc.
Elle a entravé l'industrie égyptienne au bénéfice des produits de lindustrie britannique, sans se soucier de créer le chômage pour des milliers d'Egyptiens.
Elle a supprimé les missions d'études techniques, créées sous le règne de Mohamed Aly et d'Ismaïl.
Elle a vendu les bateaux, les arsenaux, les machines, les filatures, les propriétés et jusqu'au matériel qui servait à la frappe des monnaies égyptiennes. Et elle a vendu tout à vil prix aux Anglais. Supprimant ainsi la vie sociale pour des milliers de familles.
Lord Cromer, exécuteur de cette politique criminelle a été obligé de publier ces vérités dans son rapport de 1905.
Les industries que les indigènes ont dirigé longtemps tendent à disparaître.
La différence est claire pour celui qui compare l'Egypte actuelle à celle d'il y a dix ou quinze ans; les rues qui étaient encombrées de tisseurs, relieurs, selliers, etc., ont perdu leur animation.
De plus, l'occupation a complètement annulé certaines cultures comme le tabac, pour augmenter les taxes douanières sur le tabac de provenance étrangère. Le peuple égyptien a perdu de ce fait, durant les trente dernières années, plus de 2 milliards.
Il ne reste à l'Egypte, parmi les cultures les plus riches, que celle du coton, mais elle n'en recueille pas tous les fruits depuis la suppression de ses filatures. Pour anéantir la concurrence que l'Egj^pte
pourrait faire aux filatures du Lancashire, de Manchester, ou de Liverpool, le régime de l'occupation anglaise a pris soin de taxer les produits des filatures égyptiennes, des mêmes taxes qui frappent en douane, les produits des filatures étrangères !
Il avait été fondé en 1899 deux filatures, l'une au Caire et l'autre à Alexandrie.
Leurs fondateurs ont rencontré des difficultés considérables, car les occupants ont imposé à leurs produits une taxe de 8 0/0, qui. est égale à celle de l'importation étrangère.
Le coton d'Egypte exporté à l'étranger lui revient en étoffe, chargé de frais énormes et les Egyptiens sont obligés de racheter fort cher des tissus qui leur coûteraient beaucoup moins avec une production nationale.
La crise financière qui ruinait et ruine l'Egj'pte a suscité une action nationale économique.
Les patriotes égyptiens, pour rétablir l'équilibre dans la richesse de leur pays, ont compris la nécessité de fonder des banques, des sociétés coopératives et des syndicats agricoles nationaux.
A la tête de ceux-ci il y avait l'un de mes amis, patriote éclairé, mort depuis, Omar Bey Loufty, jurisconsulte éminent et avocat du Caire. Après avoir étudié, par de nombreux voyages dans les pays européens, le mécanisme des syndicats qui fonctionnent au profit des paysans et des ouvriers, Omar Bey put fonder 22 syndicats agricoles en 1909-1912, dans les agglomérations villageoises de la Haute et de la Basse Egypte, et il organisa plusieurs sociétés coopératives.
Le Prince Hussein Kamel, qui devint plus tard sultan d'Egj'pte et qui mourut depuis, vint généreusement en aide à cette œuvre bienfaisante et fructueuse.
Le gouvernement de l'occupation suscita de nombreux obstacles à ce progrès, prétendant que ces syndicats n'étaient formés que pour une action politique, et il s'est abstenu de tout concours.
Bien plus, le dit Gouvernement codifia en 1914 une loi sur les syndicats qu'on peut qualifier de destructive.
Après la guerre, par suite de la crise financière en Egypte, Mohamed Bey Talaat Harb fonda la Banque Misr (d'Egj^te), en 1920, au capital de 50 millions. Cette banque est purement ég\^ptienne.
En 1921, l'auguste Prince Youssof Kamal, à son tour, créa une œuvre, utile entre toutes, le Syndicat agricole supérieur, au capital de 15.000.000, dans le but de maintenir les prix des produits, surtout de celui du coton et de protéger les petits cultivateurs.
Les Egyptiens, par leurs terres fécondes, par leur intelligence, elle aussi féconde, peuvent arriver au point de vue économique à se créer une situation avantageuse, mais à la condition expresse d'être libres de toutes entraves à leur activité et des chaînes de l'occupation anglaise.