‹ L'Angleterre en EgyptChapitre 3 sur 73 · MOHAMED ALY · texte numérisé non relu

MOHAMED ALY

Mohamed Aly, officier albanais et l'un des plus croyants parmi les musulmans, put à force d'énergie et de patience faire de l'Egypte, dès 1805, quand le peuple égyptien mit ses destinées entre ses mains, une force inattaquable.

Ce grand régénérateur ne trouva en Egypte, lorsqu'il monta sur le trône, ni arsenal, ni armée organisée, ni marine, ni finances, ni canaux d'irrigation, ni écoles modernes, ni législation, rien, absolument rien !

Esprit génial, Mohamed Aly, par son énergie, a pu rappeler aux Egyptiens leur gloire passée, leur puissance anéantie et remplacer l'ignorance, la pauvreté, l'anarchie et la faiblesse par la science, la prospérité, l'ordre et la force.

Ce grand réformateur a pris le pouvoir au moment où les Mamelucks, par leur cruauté, martyrisaient cruellement l'Egypte. Leurs lois étaient les plus tyranniques du monde. La justice entre leurs mains n'était devenue qu'un instrument de despotisme ou de terreur.

Mohamed Aly ressuscita une Egypte agonisante. Il créa des énergies dans l'engourdissement. Il fît des Egyptiens, si longtemps opprimés, un peuple in-vincible avec lequel nulle armée n'osa se mesurer.

D'où venait donc cette énergie ? D'où a, tout à coup, surgi cet héroïsme, qui étonnait et stupéfiait

ie monde entier, et comment ce peuple qui s'était Jaissé écraser jusqu'alors, devint-il subitement un peuple guerrier, conquérant et dominateur ?

Le secret de cette transformation instantanée vint de ce qu'il y a en Egypte des trésors enfouis de courage et d'intelligence.

Ce courage égyptien, Mohamed Aly a su le faire renaître et organiser une armée et une marine puissantes. Par l'armée égyptienne il a pu chasser les Anglais d'Aboukir et de Rosette, le 14 Septembre 1807, conquérir l'Arabie et délivrer les lieux saints de l'Islam dans la guerre des Wahabites en 1818. 11 a donné la sécurité au Soudan Egyptien en 1823, il a remporté des victoires dans la guerre Turco- Grecque en 1826-29, a vaincu l'armée ottomane en 1832-39 et a obtenu l'autonomie de l'Egypte avec son Soudan, en 1840 (Traité de Londres et les Firmans des 13 Février et 1" Juin 1841).

Avec la mise en œuvre de l'intelligence égyptienne, Mohamed Aly a créé des savants dans toutes les sciences et des artistes dans tous les arts. Les missions qu'il a envoyées en France ont provoqué l'admiration de nos professeurs.

La fortune dont les Egyptiens jouissent aujourd'hui est l'œuvre de Mohamed Aly. C'est lui qui a ressuscité la culture du coton, abandonnée durant des siècles.

En quelques années, l'Egj'pte s'est assimilé toutes les puissances de la civilisation. Grâce au courage et à l'intelligence de ses fils, joints au secours heureux de notre France, la terre des Pharaons a repris le chemin de son grand passé.

Notre œuvre, à nous Français, en Egypte à été féconde. Recherchant les inspirations de notre science et de notre art, Mohamed Aly a pu rendre à l'Egypte sa force et le prestige des temps anciens. Il a fondé sur les bords du Nil un gouvernement modèle, ayant des forces et des droits stables. Des écoles nombreuses, moyennes ou supérieures, ont été fondées par Mohamed Aly et dirigées par des Français. Les barrages, les canaux et les bassins pour l'irrigation de la terre ont été exécutés par des Français. L'organisation de l'armée, de la marine et de tout ce qui les perfectionne et les entretient est œuvre française. Les arsenaux, les grands ateliers du gouvernement ont été administrés par des Français. L'organisation des finances, l'ordre de l'administration et l'esprit de la loi, ont été dirigés par de grands Français.

Toutes les fois qu'on trouve dans l'histoire de Mohamed Aly une preuve de son énergie et de ses travaux pour la puissance durable de l'Egypte, on trouve le nom d'un Français célèbre associé au sien. Le Colonel Sèves (Soliman Pacha), Varrin, Segerra, Linant, de Cerisy, Clôt, Besson, Hussard, Larmée, Jumel, et tant d'autres, ont été les chefs de toutes les organisations vitales de l'Egypte.

Ces progrès rapides eurent à leur service deux forces associées, la force d'énergie de Mohamed Aly et la loyauté de la France. Elles firent de l'Egypte une puissance libre, et de la famille de Mohamed Aly une famille régnante héréditaire.

Notre pays durant tout le règne de ce grand réformateur, de 1805 à 1849, fut l'allié dévoué de l'Egypte.

Sur le point d'entrer en guerre avec l'Angleterre, la Russie, l'Autriche et la Prusse, qui s'étaient coalisées contre Mohamed Aly en 1840, et voulaient le chasser de son royaume et priver les Egyptiens des fruits de leur victoire contre l'empire Ottoman, la France à peine remise de la terreur révolutionnaire, épuisée par les guerres Napoléoniennes, déclara vaillamment sa résolution de soutenir l'Egypte et de défendre son souverain. Elle continuait par là son œuvre de résurrection du pays des Pharaons et restait fidèle à ses traditions historiques.

Mohamed Aly se montra reconnaissant du secours de la France à l'Egypte par une lettre, datée du 11 novembre 1840, adressée à Louis-Philippe.

Cette lettre de « Mohamed Aly P' » commence ainsi :

... Sire» je sens le besoin d'exprimer à votre Majesté la reconnaissance dont je suis pénétré. Depuis longtemps le Gouvernement du Roi m'a témoigné de l'intérêt. Aujourd'hui votre Majesté met le comble à ses bontés pour moi en déclarant aux puissances qu'elle considère mon existence politique comme indispensable à l'équilibre européen.

L'Illustre Vice-Roi ajoutait :

Enfin, quoi qu'il arrive, je prie le Roi de me permettre de lui dire que ma reconnaissance, pour lui et pour la France, sera éternelle dans mon cœur, que je la léguerai à mes enfants et à mes petits enfants comme un devoir sacré.

Mohamed Aly s'est associé, durant tout son règne, à ses fils Ibrahim, Tousson et Ismaïl.

Ibrahim Pacha, qui commandait l'armée et la marine, avait l'âme vaillante et tous ses actes furent ceux d'un héros.

Vers la fin du règne de Louis-Philippe, Mohamec^ Aly I" étant tombé gravement malade, son û}^, Ibrahim gouverna l'Egypte durant six mois. Ib mourut avant son père, dont la mort eut lieu en 1849-.

ABBAS I" et SAID

Son petit-fils Abbas I" lui succéda et fut assasjjj sine dans son Palais à Benha en 1854.

Mohamed Saïd Pacha, fils de Mohamed Aly, qni.^^^ avait fait ses études en France, devint le Vice-Roi ; d'Egypte.

Saïd Pacha aimait passionnément son pays. Sa « générosité, l'amour de son peuple, étaient sans limites. Il distribua toutes les terres cultivables que le . gouvernement égyptien possédait, à tous les Egyptiens. Il aimait aussi l'armée et se considérait com- .. me son chef. Les officier^s et les soldats égyptiens n'ont jamais joui de tant de sollicitude et de bieji- ^^ faits que sous le règne de ce Vice-Roi.

Il construisit des fortifications, des chemins de 3^. fer, relia les villes et les villages d'Egypte par des , . fils télégraphiques et codifia la loi sur les impôts, .;^ loi conservée jusqu'à cette heure en Egypte.

Pendant son règne il fit beaucoup de bien, mali^re ,^|.^ la faute grave qu'il commit en fermant les écoles-^i^'. supérieures pendant six années et en laissant uii.<: .^^^ dette de deux cent cinquante millions de francs. ^

L'œuvre la plus glorieuse de son règne, en même .--«j,, temps que la plus arbitraire, fut celle du canal <le ,; ç^ Suez.

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