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LE CANAL DE SUEZ

Le projet d'unir la Mer Rouge à la Méditerrannée est un projet très ancien. Les Pharaons, les Arabes et les Turcs ont cherché plusieurs fois à le réaliser par l'intermédiaire du Nil.

Lorsque Napoléon Bonaparte occupait l'Egypte, l'un de ses ingénieurs. Le Père, après avoir examiné le projet, affirma que le percement d'un canal entre les deux mers serait impossible ; la Mer Rouge étant de dix mètres plus élevée que la Méditerranée. Il ajouta même que le percement d'un canal provoquerait le naufrage de la terre égyptienne.

Sous le règne de Mohamed Aly, M. Ferdinand de Lesseps, Consul de France en Egypte, convoqua les plus grands ingénieurs français pour examiner le projet ; M. Linant, Ingénieur en Chef français du gouvernement égyptien, fut associé à cet examen,

Mohamed Aly, selon le rapport du projet, quoiqu'il fût convaincu qu'on pouvait percer le canal sans aucun danger, refusa cependant d'autoriser ce percement.

Lorsque Saïd devint Vice-Roi d'Egypte en 1854, M. de Lesseps, qui était son ami intime, put obtenir de lui l'autorisation de former une Compagnie inter-

nationale pour percer et exploiter ce canal, avec les stipulations suivantes :

La Compagnie du Canal jouit du droit de l'exploitation pendant 99 ans à partir de la date du trafic. (Le trafic au canal commença en 1870. Le contrat de la Compagnie actuelle finira eu 1968).. Il est ainsi conçu : La Compagnie creuse une branche du Nil, du Caire à l'Ismailieh (tout près de Port-Saïd).

L'Egypte donne à la Compagnie tous les terrains que le travail et les édifices exigent, gratuitement et sans impôts.

La Compagnie aura plein droit de vendre les eaux de cette branche à ses voisins.

La Compagnie a le droit d'exploiter gratuitement toutes les mines et les carrières du gouvernement égyptien sans paiement et sans impôt.

La Compagnie- sera exemptée de tous les frais de douane sur ses importations matérielles.

Le projet doit être achevé en six années s'il n'y a pas d'obstacles causés par une force majeure.

Les quatre cinquièmes des ouvriers qui travailleront au percement du canal doivent être des paysans égyptiens.

Après avoir donné 5 % aux actionnaires comme intérêt annuel et 5 % comme fond de réserve, l'Egypte prend 15 % du solde des intérêts.

Après l'expiration des 99 années stipulées pour le monopole du canal par la Compagnie, toutes les propriétés de la Compagnie concernant ce canal, machines, bâtiments, bateaux, etc.. seront la propriété du Gouvernement égyptien.

Le canal et les ports en dépendant, ouverts à toujours, comme passages neutres, à tous navires de commerce traversant d'une mer à l'autre, sans aucune distinction, exclusion, ni différence de personnes, ou nationalités, moyennant le paiement des droits et l'exécution des règlements établie par la Compagnie universelle concessionnaire, pour l'usage dudit canal et de ses dépendances.

La Compagnie universelle concessionnaire ne pourra, dans aucun cas, accorder à aucun navire, compagnie ou parti-

culier, aucuns avantages ou faveurs qui ne soient accordés à tous autres navires, compagnies ou particuliers, dans les mêmes conditions >

Malgré l'opposition préliminaire de la Turquie et celle de l'Angleterre, laquelle avait peur pour l'Inde, de la France, M. de Lesseps put avoir l'approbation de la Sublime Porte en 1856-

M. de Lesseps ouvrit alors la souscription pour l'achat des actions, dont le nombre était de 400.000 à 500 chacune et le prix total de 200.000.000 ir.

Un mois après la date de l'émission, M. de Lesseps avait pu réunir le capital nécessaire.

La plupart des actionnaires étaient des Français.

L'Egypte, elle seule, avait acheté 176.602 actions. L'Angleterre n'en avait acheté aucune, convaincue que le travail ne réussirait pas, et que s'il réussissait, il serait toujours temps, quel que fût leur prix, d'en acheter à l'avenir, sans courir le risque d'une impossibilité.

En 1859 le travail de percement commença, lentement d'abord, par suite des entraves que la Compagnie rencontrait.

Les ouvriers n'ayant pas été exercés, leur nombre était insuffisant. En outre, l'eau douce avant le creusement de la branche du Nil ne pouvait être apportée qu'avec de grandes difficultés.

Malgré le nombre des ouvriers égyptiens limité par le contrat, le Vice-Roi d'Egypte en donna dix milliers de plus ; mais ce fut grâce au système arbitraire de la corvée qu'un tel travail fut exécuté sous un soleil brûlant.

Le nombre des ouvriers devint au minimum de 25.000 et au maximum de 40.000.

Un grand nombre de ces ouvriers moururent, écrasés par le fardeau si lourd de cette corvée, et cela sans que leurs familles fussent indemnisées par la Compagnie ou par le Gouvernement égyptien.

LE KHEDIVE ISMAÏL

Ce système arbitraire continua en 1863, époque à laquelle Saïd Pacha mourut.

Son neveu Ismaïl, fils d'Ibrahim, lui succéda.

Voyant que les stipulations étaient plus qu'injustes à l'égard de l'Egypte, le Khédive Ismaïl chercha le moyen de les modifier, en se refusant à subir les conditions concernant rengagement de l'Egypte de fournir la main-d'œuvre gratuite à la Compagnie et en reprenant tous les terrains que îe Gouvernement égyptien avait donnés à la Compagnie.

Ismaïl demanda à la Porte d'intervenir pour mettre fin à tant d'injustices, l'Egypte tout entière étant sur le point de se révolter et menaçant de destruction le travail déjà fait.

Le monde entier d'ailleurs protestait contre une oppression aussi cruelle. Le travail, d'autre part, était sur le point d'être interrompu, le capital de la Compagnie ne pouvant suffire à payer les ouvriers, M. de Lesseps ayant compté pour achever le percement du canal sur la main-d'œuvre gratuite fournie par l'Egypte.

L'amitié qui unissait Napoléon III et le Khédive Ismaïl put seule triompher de cet obstacle. Le juge-

ment sur les différends survenus entre le Gouvernement égyptien et la Compagnie du canal fut doue soumis à l'Empereur français. Celui-ci nomma un comité pour juger l'affaire. Une sentence arbitrale fut rendue en ces termes :

1" L'Egypte doit payer 39.000.000 comme amende contre le refus d'Dffrir gratuitement la main-d'œuvre à la Compagnie ;

2° L'Egypte paie à la Compagnie la somme de 30.000.000 comme indemnité pour les terrains qu'elle a remis à l'Etat et en laissant à la Compagnie 200 mètres de chaque côté du canal ;

3<* L'Egypte paie 14.000.000 comme indemnité pour le creusement de la branche du Nil à l'Ismailieh.

Ismaïl accepta tous les termes de cette sentence et paya les indemnités.

Le rapport de M. Cave, de mars 1876, établit que: « Le montant total des sommes engagées dans le canal de Suez par le Gouvernement égyptien était de 402.000.000 de francs ».

En ajoutant cette somme colossale, qui dépasse les 9/10 des dépenses faites par la Compagnie ellemême au nombre des Egyptiens (plus de 200.000) qui moururent pour l'exécution de cette œuvre mondiale, il est attristant de penser que c'est l'Angleterre presque seule, laquelle n'y a rien sacrifié, qui en a le plus profité.

Le Sultan Abdul Médjid approuva la continuation du travail au percement du canal, en octroyant un autre firman, adressé au Khédive, le 19 mars 1866, ainsi conçu :

La réalisation du grand œuvre destiné à donner de

nouvelles facilités au commerce et à la navigation par le

percement d'uu canal entre la Méditerranée et la mer Rouge, étant l'un des événement les plus désirables de ce siècle de science et de progrès, des conférences ont eu lieu depuis un certain temps avec la Compagnie qui demande à exécuter ce travail, et elles viennent d'aboutir d'une façon conforme, pour le présent et pour l'avenir, aux droits de la Porte, comme à ceux du Gouvernement Egyptien.

Le contrat, dont ci-après la teneur des articles en traduction, a été adressé et signé par le Gouvernement Egyptien conjointement avec le représentant de la Compagnie ; il a été soumis à notre sanction impériale et, après l'avoir lu, nous lui avons donné notre acceptation.

Le présent firman, émane de notre Divan impérial, est rendu, à cet effet, que nous donnons notre autorisation souveraine à l'exécution du Canal par la dite Compagnie, aux conditions stipulées dans ce contrat, comme aussi au règlement et aux actes et conventions, y inscrites et désignés qui en font partie intégrante

Ce contrat visé par le firman est celui qu'Ismaïl fît avec M. de Lesseps après la sentence arbitrale rendue par Napoléon III.

Par ce contrat approuvé par le firman du Sultan, la neutralité du canal fut proclamée.

L'article 17 de ce contrat est ainsi conçu :

Tous les actes antérieurs, concessions, conventions et statuts, sont maintenus dans toutes celles de leurs dispositions qui ne sont point en contradiction avec la présente convention.

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