CONSTITUTION ET DROITS DE L'EGYPTE
« Tout le monde n'a pas oublié que l'Egypte a réclamé et obtenu, pendant la révolution de 1882, une Constitution. Mais l'Angleterre l'a annulée en promettant par la voix de Lord Dufferin de la rendre à l'Egypte quand le moment viendrait. Or il y a vingt quatre ans que nous l'attendons, cette constitution et nous constatons toujours, avec quelle amertume ! que le pouvoir absolu du représentant britannique ne fait que grandir et s'étendre,
« Rien ne peut assurer aux Egyptiens la tranquillité, la justice et la bonne marche des affaires, sinon une Constitution solide donnant au peuple le droit de contrôler les actes du gouvernement.
« L'Egypte est plus avancée que quelques états des Balkans, à qui les Puissances européennes, et l'Angleterre en tête, ont donné la liberté.
« Toutes les fortunes de la terre ne peuvent nous faire oublier notre dignité et nos droits. L'Angleterre avait un intérêt évident au progrès financier de l'Egypte, pour gagner la confiance et l'appui des créanciers de la dette égyptienne et pouvoir, avec largent de l'Egypte, conquérir et organiser le Soudan, Mais elle n'a pas tenu compte des engagements qu'elle a pris de faire le bien moral des Egyptiens.
« L'opposition des patriotes égyptiens au régime de l'occupation est donc bien légitime. Et si on trouve naturel en Angleterre et dans tous les pays civilisés, qu'il y ait un parti de l'opposition, comment peut-on s'étonner de son existence en Egypte! Et si les impérialistes anglais veulent que la domination de l'Angleterre s'étende partout, comment peut-on trouver extraordinaire que nous demandions seulement l'indépendance de notre pays?
« L'Angleterre n'a pas conquis l'Egypte. Elle y est entrée comme puissance amie, pour consolider le trône khédivial et aider le peuple égyptien à vivre de la vie des nations civilisées. C'est donc une dette qu'elle a contractée de son propre gré envers l'Egypte et envers l'humanité.
« En revendiquant sa liberté, l'Egypte ne demande pas une aumône; mais un droit reconnu et incontesté. Elle réclame son droit à la vie et à l'existence. Je suis convaincu que si vous étiez à notre place, vous auriez les mêmes sentiments que nous et que vous agiriez de même, car il n'y a qu'un seul idéal
digne de remplir la vie de l'homme : l'indépendance et la grandeur de la Patrie! »
M. John Robertson, éminent député anglais, répondit au discours de Moustafa, en approuvant tout ce qu'il avait dit.
Sir Campbell Bannerman, premier de l'Angleterre, après avoir lu le discours de Moustafa, et pesé la force de ses arguments, exprima le désir de discuter avec lui.