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CONVERSATION POLITIQUE AVEC LE PREMIER ANGLAIS

Moustafa Kamel le vit à Downing Street et la conversation suivante eut lieu entre eux:

Sir Campbell Bannerman à Moustafa Kamel Pacha :

— J'ai lu tout ce que vous avez écrit ou dit.

— Je souhaite que vous soj^ez maintenant convaincu que vos agents en Egypte y ont blessé l'honneur de l'Angleterre en profanant la justice.

— Oui, l'accident de Denchawaï est un fait regrettable.

— L'Egypte doit être libre et indépendante.

— Mais vous n'avez pas d'hommes capables de remplir les fonctions de ministres.

— Pardon, l'Egypte possède des hommes aussi capables que les européens d'être ministres.

— Lord Cromer assure qu'il n'y a pas de ministres capables en Egypte.

— Permettez-moi de vous dire que Lord Cromer agit en Egypte au seul profit de l'Angleterre, Il gouverne avec le ministère Moustafa Pacha Fahmy depuis onze ans et trouve en lui l'ami dévoué de l'Angleterre. Ce ministère est détesté de tous les Egyptiens fidèles à leur pays et à la justice.

Est-ce qu'on peut croire, après une occupation de vingt quatre ans, que l'Egypte ne peut fournir un ministère ou un ministre de l'instruction publique. Ce ministère est sans ministre personnel depuis plus de onze ans.

— Pouvez-vous me donner quelques noms parmi les Egyptiens qui sont capables d'être ministres?

— Avec plaisir.

— Acceptez- vous de former un ministère?

— Mon patriotisme exige que je n'accepte aucun poste dans le gouvernement de mon pays tant que l'occupation y existe. Permettez que nous parlions de la question de l'évacuation, ajouta Moustafa.

— C'est une question qui a besoin tout d'abord qu'on prépare l'esprit égyptien à la forme parlementaire, et je vous assure que si je constate que cette préparation est réelle, peu de temps après vos vœux d'indépendance se réaliseront.

Moustafa répliqua:

— Nous avons toujours été dignes d'une indépendance complète.

— Vous acceptez donc de vous séparer de la Turquie?

— Notre pays aspire à jouir d'une souveraineté complète à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur.

Moustafa Karael m'écrivit durant son séjour à Londres tout ce qu'il réalisait de ses projets et m'envoya chaque jour le texte de ses conversations, de ses interviews, de ses articles, de ses discours, que je fis publier dans la presse française.

Moustafa fit remettre à Sir Bannerman une liste contenant 32 noms de ses amis et partisans, capables chacun de diriger un ministère national, les Latif Selim, les Ibrahim Naguib, les Ismaïl Sabry, les Mohamed Saïd, les Saad Zaghloul, les Hassan Assem^ les Kassim Aminé, les Hussein Rouchdy, les Ismaïl Sirry, les Hussein Wassif, les Mohamed Farid, les Aly Fahmy Kamel, les Ismaïl Sidky, les Abdul Khalek Sarouat, les Yehia Ibrahim, les Mahmoud Salem, les Fouad Selim, les Adly Yeken, les Saleh Sabet, les Wissa Wassif, les Elias Awad, les Omar Loufty, les Aziz Ezzat, les Ismaïl Hassanein, les Labib Batanoni, les Moustafa Fathy, les Ahmed Loufty, les Aly Aboul Fetouh, les Ismaïl Chimy, les Ahmed Fayek» les M. Aboul Nasr, les M. Aly Delavor, étaient tous capables de faire partie d'un gouvernement parlementaire.

Rentré en France après avoir fait des prodiges d'activité et de propagande patriotique à Londres, Moustafa Kamel vint à l'Abbaye prendre un repos de quel,ques jours auprès de moi.

Il avait, j'en eus la crainte, dépassé la mesure de

ses forces à Londres et dépensé une énergie qu'on pouvait dire surhumaine.

Il reçut des milliers de lettres et de télégrammes de reconnaissance de l'Egj'pte entière.

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