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LA CONSTITUTION EGYPTIENNE

Mohamed Aly avait un conseil privé et un conseil général.

Le premier était une sorte de ministère, le second ressemblait à une Assemblée Nationale.

Le Khédive IsmaU dota l'Egypte d'une loi organique qui prenait son appui sur le ministère et sur la Chambre des Notables.

Cette Chambre fut organisée en 1866. Quoique ses décisions fussent seulement consultatives, le gouvernement les approuvait souvent.

Le Khédive Tewfik fonda en 1881 le Parlement égyptien qui jouissait d'un plein pouvoir ; mais les occupants anglais l'ont supprimé en 1883 et l'ont remplacé par un conseil législatif et par une Assemblée Générale qui ont fonctionné jusqu'en 1913.

Le Conseil Législatif se composait de 30 membres dont 14 choisis par le gouvernement. Ce Conseil ne possédait aucun pouvoir, tandis que l'Assemblée Générale, qui se réunissait ordinairement tous les deux ans jouissait d'un seul droit, celui de fixer les impôts.

Ces deux institutions ont été remplacées par une Assemblée législative sans aucun pouvoir parlementaire, et qui d'ailleurs ne s'est pas réunie depuis huit ans.

Dès le commencement de l'occupation de l'Egypte par l'Angleterre, les égyptiens et à leur tête Moustafa Kamel et Mohamed Farid, n'ont pas cessé un seul jour de protester contre cette suppression de tout contrôle et de réclamer la Constitution.

Le mouvement en faveur du Parlement égyptien s'est accru après l'armistice.

L'Angleterre comprenait que l'existence d'un Parlement égyptien, jouissant de tout pouvoir, devenait en soi une reconnaissance de la capacité de l'Egypte

à se gouverner elle-même, reconnaissance qui imposait l'évacuation de la vallée du Nil.

Ces jours derniers, l'Angleterre en reconnaissant l'indépendance de l'Egypte était forcée de lui rendre sa Constitution.

Le Sultan d'Egj^te, Fouad 1", avant qu'il fut roi, avait adressé un rescrit au premier ministre Saroit Pacha dans lequel il lui disait:

«•.. L'un de nos vœux les plus chers étant de voir le pays doté d'un régime constitutionnel établissant une collaboration entre le gouvernement et la nation.

« L'élaboration d'un projet de Constitution sera au nombre des premiers devoirs du ministère... »

Le peuple égyptien tout entier accueillit cette déclaration avec une légitime satisfaction et attendit son exécution.

L'opinion publique, en insistant pour qu'une Assemblée Nationale fût élue pour codifier la loi organique et la loi électorale sur les bases les plus modernes.

Cette opinion insistait pour que les élections fussent assurées d'une liberté complète.

Malgré cet appel du peuple égyptien, le ministère organisa un comité constituant avec de telles réserves, que plusieurs hommes de loi éminents refusèrent de prendre part aux délibérations de ce comité hostile à la volonté du peuple.

On se demande pourquoi le gouvernement égyptien n'agit pas selon les règles suivies par tous les gouvernements constitutionnels qui considèrent la volonté de leurs peuples comme souveraine?

Pourquoi le peuple égyptien ne peut-il donner mandat à une assemblée composée d'hommes savants et patriotes pour voter ses lois fondamentales?

La réponse est très claire. L'Angleterre, malgré sa soi-disant reconnaissance de l'indépendance de l'Egypte comme état souverain, jouit toujours exclusivement de tout pouvoir dans la vallée du Nil, ne respectant d'aucune façon la parole donnée, méprisant l'opinion européenne vis-à-vis de laquelle elle a déclaré donner l'indépendance à l'Egypte.

Ni le roi d'Egypte, ni le ministère égyptien, n'ont pu jusqu'à cette heure jouir d'une indépendance de fait.

Le peuple égyptien, qui le comprend, est profondément blessé, il considère cette indépendance promise et non donnée, comme une sorte de défi à ses droits imprescriptibles.

Le peuple égyptien a raison de qualifier en ces termes la situation blessante que l'Angleterre lui impose aux yeux du monde entier.

Si, dès la première heure, l'Angleterre avait été sincère, elle aurait dû, en déclarant l'indépendance de l'Egj'pte, supprimer l'état de siège, laisser le gouvernement égyptien libre dans tous ses actes. Ceuxci eussent été, sur l'heure, tout d'abord de donner aux déportés, aux expulsés, le droit au retour dans leur pays.

Il s'agissait loyalement pour l'Angle' erre de cesser toute intervention dans l'administration de l'Egypte, de réaliser son droit à l'indépendance.

Les égyptiens, qui se savent parfaitement capables d'administrer leur Egypte, n'admettront jamais

une liberté contrôlée dans toutes les branches de son administration.

Ils ont subi l'occupation, ils aspirent à s'en délivrer; ils ne peuvent mettre leurs lois constitutionnelles sous l'inspiration de l'occupant de la veille.

Les égyptiens aspirent à retrouver une liberté dont ils sont dignes et qui leur a été escamotée plus que conquise.

Conscients de leurs droits, les égyptiens les réclament et l'Angleterre les leur doit.

Un parlement inspirateur et réalisateur de toute réforme est nécessaire à l'Egj'^pte.

Pour obtenir les réformes nécessaires, il faut fixer trois points essentiels:

1° Eloigner les questions d'intérêt de l'élection des députés, de manière que tous les égyptiens, riches ou pauvres, soient égaux devant l'urne électorale;

2° Chaque député doit représenter le plus petit nombre possible d'électeurs;

3° Eloigner la question des minorités qui deviennent des questions de castes et de chisme.

Je suis convaincue que le peuple égyptien est résolu à ne pas courir le risque de tomber dans l'erreur en suivant un autre système.

Le député turc représente 50.000 citoyens, le député serbe en représente 20.000 et le député grec 25.000.

Le député égyptien doit, à son tour, représenter au plus 40.000 égyptiens, le nombre de la population étant aujourd'hui plus nombreux que la Tur-

quie, que la Serbie et que la Grèce (20 millions avec son Soudan).

La richesse en elle-même est une force électorale, il ne faut donc pas donner un privilège à son droit d'élection.

La minorité n'existe pas en Egypte, car les coptes (les égyptiens chrétiens) sont de vrais et sincères patriotes. Je suis certaine que les égyptiens musulmans ont élu plus d'une fois des coptes dans toutes les institutions.

Pourquoi l'éminent avocat du Caire, Morkos Bey Hanna, fut-il élu, par la majorité musulmane, comme bâtonnier du barreau égyptien? C'est parce que les égyptiens, comme nous, estiment que la capacité personnelle est seule en cause dans une question électorale.

Jamais, dans l'histoire politique des peuples, on n'a constaté un accord aussi absolu entre des religions différentes, comme l'accord admirable qui existe aujourd'hui entre les musulmans et les coptes d'Egypte. N'y a-t-il pas, parmi les déportés aux îles de Séchelles, deux coptes patriotes, Senot Bey Hanna et Makram Bey Obeid ?

N'y a-t-il pas des coptes qui ont sacrifié dans les derniers événements leur situation, comme Salama Bey Michel qui était juge aux tribunaux et Sadek Bey Henein, l'un des chefs du ministère de l'Agriculture? N'y a-t-il pas des membres coptes dans la délégation égyptienne, comme Wassif Bey Ghali, que les lettrés français connaissent et admirent pour l'élégance de sa plume française? Citons encore Wissa Bey qui est un élève de St-Cloud et de la

Faculté de droit de Paris? Et enfin, n'y a-t-il pas des victimes des balles anglaises parmi les coptes morts pour l'amour de l'Egypte? Martyrs dont les tombeaux, comme ceux de leurs frères les musulmans, sont devenus pour tous les égyptiens l'autel sacré que le drapeau national vient saluer chaque année.

Oui, les coptes et les musulmans d'Egypte sont frères. Le même sang coule dans leurs veines: le sang des Mena, Khofo, Thotmès et Ramsès.

Comme l'a dit le Sultan Hussein Kamel: « Ni musulmans, ni copte, ni soudanais, ni arabe, ni turc. Il n'y a dans la vallée du Nil, de sa source jusqu'à son embouchure, qu'une seule nation, une seule race, un seul patriotisme, un seul but: la iberté et l'indépendance... »

Ces mots m'ont été aussi répétés par Moustafa Kamel et sont aujourd'hui redits par toute la nation égyptienne

Je puis ajouter que si la loi organique et la loi électorale ne sont pas conformes aux principes nationaux égyptiens et aux régimes constitutionnels modernes, le peuple égyptien s'abstiendra de prendre part à des élections qui seraient impuissantes à réaliser ses vœux et à affirmer ses droits légitimes.

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