LE LIVRE BLANC BRITANNIQUE
{Traduction de la Revue Egyptienne) .
Du Field-Marshal Vicomte Allenby au IMarquIs Curzon d« Kedieston. — Télégramme daté du Caire, le 17 Novembre 1921, reçu le même jour au Forelgn Office.
Mon télégramme suivant contient le texte d'un Mémorandum collectif que les Conseilleis britanniques du Gouvernement Egyptien m'ont remis.
Je considère qu'il convient que vous soyez infoimé des opinions des Conseillers, car je crois savoir qu'une nouvelle conférence aura lieu très prochainement avec Adly Pacha.
Il est indiscutable que toute solution que l'Egypte n'approuverait pas rendiiui difficile, voire impossible, la continuation de l'exercice des fonctions administratives du Gouvernement.
Du Fleld-IHarshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme daté du Caire, le 17 Novembre 1821, reçu le même jour au Foreign Office.
Voici le Mémorandum auquel il est fait allusion dans mon télégramme précédent :
« Le Conseiller du Minisère de l'Intérieur, le Conseiller Financier par intérim, le Conseiller du Ministère de l'Instruction Publique et le Conseiller Judiciaire par intérim, sont unanimement d'avis qu'une décision qui n'admet pas le principe de l'indépendance égyptienne et qui maintient le Protectorat impliquera forcément des risques sérieux de révolution dans tout le pays et, en tout cas, aboutira à un chaos administratif complet, rendant le gouvernement impossible. On doit tenir compte que toute la structure du Gouvernement est égyptienne et que les fonctionnaires britanniques occupent presque exclusivement des fonctions de conseillers, d'inspecteurs ou de techniciens. 11 est conséquemment impossible d'exercer n'importe quel contrôle britannique sans une entière collaboration égyptienne dans toutes les branches de l'administration, ainsi qu'on s'en est aperçu au printemps de 1919 lorsqu'on a essayé de continuer le gouvernement du pays sans un ministère et avec la grève d'une grande partie du personnel égyptien. A moins que le Gouvernement de Sa Majesté ne soit disposé à donner une satisfaction substantielle aux espoirs légitimes que les Egyptiens ont entretenus sur la base de la politique apparente du Gouvernement de Sa Majesté durant ces deux dernières années, il sera impossible de former un Ministère quelconque. Une force militaire puissante agissant sévèrement pourra sans doute assurer une certaine mesure de sécurité pour la vie et les biens dans les grands centres, mais la tâche sera beaucoup plus difficile dans les provinces. Aucune administration militaire, cependant, n'arrivera à
remplacer la machine compliquée du gouvernement civil ou à éviter une atteinte sérieuse aux intérêts financiers et économiques. Les Conseillers ont continué leur travail pendant plus de deux ans dans la croyance qu'une politique de concessions libérales sera adoptée et ont indubitablement donné cette impression aux différents ministres et autres avec lesquels ils ont été en contact. Ils se voient donc dans l'obligation de faire remarquer que si une politique contraire est suivie, ils ne pourront pas espérer garder davantage la confiance des ministres égyptiens ou rendre des services utiles dans l'avenir. Si, d'autre part, un programme libéral est approuvé par le Gouvernement de Sa Majesté, ils sont persuadés qu'il pourra être établi sur place et un ministère constitué pour l'appliquer, lors même qu'aucun ministre égyptien ne soit disposé aujourd'hui à signer une convention officielle contenant ce programme comme une satisfaction complète aux revendications égyptiennes. »
Du Marquis Curzon de Kedieston au Ffeld-IWarshal Vicomte Allenby, au Caire. — Télégramme daté du Foreign Office, 18 Novembre 1921.
Considérant que vous étiez présent aux réunions du Cabinet lorsque les conditions à offrir à Adly Pacha avaient été décidées, nous ne pouvons nous empêcher d'être surpris que vous n'ayez pas fait remarquer aux Conseillers qu'ils agissaient dans une
ignorance complète de la situation exacte lorsqu'ils déclaraient, dans leur Mémorandum mentionné dans votre télégramme d'hier, que la décision du Gouvernement de Sa Majesté tendrait à maintenir le Protectorat et refuserait d'accepter le principe de l'indépendance égj'ptienne.
Cette erreur, que vous devrez leur expliquer immédiatement, rend en très grande partie leur argumentation sans base. Vous devrez en même temps leur faire part confidentiellement de la ligne générale des concessions que le Gouvernement de Sa Majesté non seulement est prêt à' offrir, mais a positivement offertes dans un projet de traité communiqué à Adly Pacha et que ce dernier a refusé.
Le Gouvernement de Sa Majesté propose de suivre maintenant la procédure suivante. Une copie du projet de traité ainsi que la réponse de la Délégation vous ont déjà été renvoyées par le courrier, et Adly les aura sans doute communiquées au Sultan. Dans peu de jours le texte d'une Note expliquant entièrement et défendant l'attitude du Gouvernement de Sa Majesté vous sera communiquée. Cette Note, vous l'adresserez en temps utile au Sultan, et devra, en même temps que le projet de traité et la réponse de la Délégation, être rendue publique simultanément en Angleterre et en Egypte. Entre temps, la Presse est informée ici de cette prochaine publication et que par conséquent aucun crédit ne doit être accordé d'ici là à des révélations prématurées ou partiales.
Jusqu'à ce que ces documents soient publiés nous espérons que vous profiterez d'une occasion convenable pour défendre les très généreuses concessions
que le Gouvernement de Sa Majesté était disposé à faire et pour réfuter les interprétations erronées de ses intentions.
Du Fieid-Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme daté du Caire, 6 Décembre 1921, reçu le même jour au Foreign Office.
Je n'ai pas, en ce moment, d'information précise au sujet de la possibilité soit de maintenir le ministère actuellement au pouvoir soit d'en former un nouveau sur la base de la récente déclaration du Gouvernement de Sa Majesté. Le Sultan croit, cependant que dans le cas de la démission du Cabinet Adly, il pourra constituer un nouveau Cabinet sans difficulté.
En admettant qu'il soit possible de former un Cabinet acceptant de baser sa politique sur les termes du paragraphe de la déclaration du Gouvernement de Sa Majesté commençant par ces mots « En ce qui concerne le présent immédiat » je considère que le moment présent est favorable pour que le Gouvernement de Sa Majesté adopte une forte ligne de conduite pouvant servir de base à une politique constructive aux Egyptiens qui ne refusent pas de coopérer avec nous.
Au cours de sa dernière entrevue avec votre Seigneurie, Adly Pacha avait demandé pourquoi le Gouvernement de Sa Majesté n'a pas mis en pratique, de sa propre initiative, le plan indiqué dans le projet
de traité qui avait été rejeté. Votre réponse n'a pas paru rendre impossible une pareille éventualité, pourvu qu'un Ministère égyptien pût être formé acceptant de collaborer avec nous. La récente déclaration expose une fois de plus que le plan contenu dans le projet de convention en pourra être appliqué qu'à la condition que la nation égyptienne y adhère et soit disposée à coopérer avec nous. Le dernier paragraphe déclare toutefois que le Gouvernement de Sa Majesté est disposé à prendre en considération, aussitôt que le Gouvernement égyptien le désirera, toute proposition tendant à l'application du plan en question. Durant les douze mois passés, je vous ai plus d'une fois fait part de mon opinion qu'aucun accord écrit n'est possible, à moins que le Gouvernement de Sa Majesté ne soit prêt à consentir à l'Egypte un plus grand degré d'indépendance qu'il ne paraît manifestement disposé à lui accorder, et que par conséquent il incombe au Gouvernement de Sa Majesté de préciser sa politique et de l'appliquer.
La situation que j'avais prévue existe maintenant et nous avons à en tenir compte.
Est-ce que Votre Seigneurie est disposée à me donner un pouvoir discrétionnaire, si j'estime que le moment est venu de dire au Sultan que le Gouvernement de Sa Majesté est prêt à appliquer, suivant que les circonstances le rendront nécessaire, les principales propositions contenues dans le projet de traité, et de les lui offrir comme un programme pour un nouveau Ministère ou pour le ministère actuel s'il demeure en fonction ?
Je considère que le projet de traité représente
exactement une politique qui répond à tous nos besoins en ce qui concerne l'Egypte. Cette politique confère au peuple égyptien une part substantiellement plus grande dans la conduite de ses affaires intérieures, tout en garantissant que nos intérêts vitaux seront convenablement sauvegardés. Lorsqu'elle sera appliquée il en résultera l'avantage évident qu'elle laissera aux Egyptiens la responsabilité de certaines questions dont il n'est pas juste qu'ils soient rendus responsables. Nul de ceux qui connaissent les développements qui ont eu lieu récemment dans l'administration égyptienne ne peut ne pas apprécier la grande difficulté où nous nous trouvons, (the great handicap we are under) par suite du système actuel de responsabilité dualiste grâce à quoi le ministère peut rejeter sur les autorités britanniques le blâme pour les erreurs commises et, en même temps revendiquer le mérite de tous les succès administratifs réalisés en Egypte.
Cette difficulté sera, je pense, en graiide partie aplanie par les dispositions du projet, tandis que les concessions qu'il contient n'affaibliront et ne diminueront pas la part ultime d'influence qu'il nous appartient de retenir.
Je comprends fort bien que la méthode que je préconise obligera le Gouvernement de Sa Majesté à mettre fin au Protectorat par une déclaration unilatérale de sa part. Vous vous rappelerez cependant qu'une pareille démarche avait déjà été suggérée, et je ne vois pas pourquoi elle ne serait pas réalisée.
Le principal argument pour insister sur le mot « Protectorat » c'est sa valeur en ce qui concerne
les négociations avec les Puissances Etrangères. A part cela, le mot signifie très peu de chose en ce moment, tandis qu'il implique une situation qui répugne fortement aux Egyptiens. En ce qui concerne l'Egypte, certains aspects de la situation politique ont rendu impossible, de différentes manières, l'application d'une politique de protectorat, même dans le sens le moins étroit de ce terme. Actuellement, les Egyptiens ne sont pas considérés comme des sujets britanniques, et l'on étudie la promulgation d'une loi sur la nationalité égyptienne. Toute nouvelle application des conventions internationales relatives à l'Egypte en tant que faisant partie de l'Empire britannique a été suspendue. Lorsqu'on tient compte que la procédure à laquelle nous devons nous conformer exige que toutes mesures relatives à de telles questions doivent recevoir l'approbation du Conseil des Ministres égyptiens, on s'aperçoit qu'il y a fort peu de chance pour nous, maintenant ou plus tard, d'obtenir que ces questions vitales ou d'autres semblables soient solutionnées d'une façon satisfaisante sur la base du Protectorat.
Cet état de chose tend forcément à diminuer notre prestige et l'on ne doit pas permettre qu'il continue.
La déclaration du Gouvernement de Sa Majesté au Sultan équivaut à la déclaration d'une doctrine britannique de Monroe sur l'Egj^te. Il s'ensuit qu'aucune Puissance étrangère ne peut s'intéresser plus longtemps à la question de savoir en quels termes il nous plaira de définir nos relations avec i'Egj'^pte. Du point de vue international notre politique est parfaitement claire, et notre position par rapport aux
pays étrangers, doit demeurer intacte si nous jugeons bon de remplacer le protectorat proclamé en 1914 par la reconnaissance de l'Egypte comme un Etat souverain, comme il est dit dans le projet de traité.
C'est seulement après un examen attentif de toutes les questions en cause que j'ai décidé de recommander l'adoption des propositions ci-dessus, approuvées par mes conseillers locaux que jai consultés sur ce sujet.
Du Field-Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de de Kedieston. — Télégramme daté du Caire, le 7 Décembre 1921, reçu le même Jour au Foreign Office.
Adly Pacha est venu me voir cet après-midi et m'a dit qu'il allait voir le Sultan demain, et que probablement il allait lui présenter sa démission qu'il a déjà discutée avec Sa Hautesse.
Dans ce cas le Sultan offrira probablement la Présidence à Saroit. Mais Saroit est embarrassé au sujet du programme d'après lequel il pourra accepter le pouvoir et former le Ministère. Adly pense que Saroit viendra me voir pour me demander conseil.
Adly m'a assuré que personnellement il continuera à appuyer le Gouvernement du Sultan et les forces de la loi et de l'ordre.
II a ajouté que, quoique déçu à la suite de son échec, il ne désespère pas de l'avenir.
Du Marquis Curzon de Kedieston au Fleld-MIarshal Vicomte Alienby, au Caire. — Extrait d'un télégramme daté du Foreign Office, 8 Décembre 1921.
Une déclaration précise a été faite par le Premier Ministre le 27 octobre, en réponse à une question à la Chambre des Communes, disant que les relations entre ce pays et l'Egypte ne seront pas modifiées avant que le Parlement ait eu l'occasion de discuter la question. Par suite de cet engagement il sera manifestement impossible, comme le suggère votre télégramme du 6 décembre, d'établir le nouveau régime qu'impliquera le retrait du Protectorat. Nous serons dans une meilleure situation pour apprécier jusqu'à quel point l'opinion publique approuvera notre politique lorsque le Parlement se sera réuni l'année prochaine et aura discuté les documents qui lui ont été soumis.
Du Field-IWarshal Vicomte Alienby au Marquis Curzon de Kedieston. — Extrait d'un télégramme daté du Caire, 11 Décembre 1921, reçu le même jour au Foreign Office.
Je prie Votre Seigneurie et le Gouvernement de Sa Majesté de me croire lorsque j'affirme le fait qu'aucun Egyptien, quelles que soient ses opinions personnelles, ne peut signer n'importe quel instrument qui, à son avis, serait incompatible avec l'indépendance complète. Conséquemment, il est nécessaire d'abandonner définitivement l'idée que la ques-
tion égyptienne pourrait être résolu par le moyen d'un traité.
Le Gouvernement de Sa Majesté doit donc abandonner l'espoir d'obtenir les avantages qui découleraient d'un traité en compensation de concessions qu'il pourrait faire aux Egyptiens. La situation de la Grande-Bretagne envers l'Egypte aujourd'hui, ressemble à celle de la Turquie avant la guerre et, lorsque, dans le passé, des concessions étaient faites par la Turquie à l'Egypte, la procédure qu'elle suivait avait un caractère unilatéral. Ce fut ainsi, par exemple, que certains droits ont été conférés aux Khédives d'Egypte par une série de firmans entre les années 1840 et 1892. De ces concessions, la plus importante fut celle de 1873, accordant certains droits relativement à la conduite des relations extérieures. L'action de la Grande-Bretagne en retirant aujourd'hui à l'Egypte ce que la Turquie lui avait concédé est ressentie plus que tout autre chose.
La concession qui, aux termes du projet de traité, accordait à l'Egypte la conduite de ses propres affaires étrangères, est, du point de vue du Gouvernement de Sa Majesté, entourée de sauvegardes sur tous les points essentiels. En ce qui concerne les Puissances étrangères, il appartiendra à la Grande- Bretagne en dernier ressort de soutenir la validité de la position exceptionnelle qu'elle revendique, tandis qu'il m'appartiendra de m'assurer que les dites sauvegardes sont respectées par les Egyptiens. Il serait impossible pour n'importe quelle Puissance étrangère, sans enfreindre les termes de ma lettre au Sultan, de se livrer à des intrigues en Egypte. Il
est clair que les termes de cette lettre visent davantage des Puissances étrangères que l'Egypte, de telle sorte que si cette question particulière vient à être soulevée, elle devra être résolue par une pression diplomatique convenable à laquelle nous serions en mesure de recourir plutôt que par des engagements que nous aurions réussi à obtenir de l'Egj^pte.
J'ai l'impression qu'on n'a pas accordé une considération, suffisante aux difficultés dans lesquelles l'administration britannique travaille dans ce pays, en conséquence de la politique du Protectorat, et une nouvelle base sur laquelle nous établirions notre politique est aussi essentielle de notre point de vue qu'elle est désirable du point de vue des Egj'ptiens. Presque le principal but de la politique britannique a été de gagner l'amitié de l'Egypte, et, à moins que nous ne soyons disposés à prouver par notre action que nous avons confiance en les Egj'ptiens, il me semble improbable que nous arri\'ions à les convaincre de collaborer avec nous.
La démission d'Adly Pacha est rapportée dans les journaux et je m'en vais voir le Sultan aujourd'hui, n'ayant pas été informé officiellement de cet événement.
j Field-Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de ^ C
Kedieston. — Télégramme daté du Caire, 12 Décembre
1921, reçu le même jour au Foreign Office.
J'ai vu le Sultan hier matin, 11 décembre. Sa Hautesse m'a confirmé le fait qu'Adly Pacha a démissionné mais Elle a dit qu'aucune décision n'a
été prise en ce qui concerne la formation d'un nouveau ministère. Elle verra Saroit Pacha cet aprèsmidi. Plus tard, dans la journée, Saroit Pacha est venu me voir, sur les instructions du Sultan, et m'a soumis un programme sur lequel il s'est déclaré prêt à assumer le pouvoir.
Voici les points essentiels de son projet de déclaration politique :
1. — Prenant acte, dans le Mémorandum du 10 novembre remis à la Délégation Egyptienne, uniquement de la promesse du Gouvernement Britannique de mettre fin au Protectorat et de reconnaître l'Egypte comme un Etat souverain, et quoique n'étant pas en mesure d'accepter ce Mémorandum ou d'en recommander l'acceptation au pays, le ministère se consacrera désormais — et, ce faisant, il sera soutenu par l'attitude du pays — à démontrer à la Grande-Bretagne qu'elle n'a nullement besoin d'une augmentation ou d'une accumulation de garanties, en voyant que la bonne foi de l'Egypte et son intérêt à respecter les promesses faites constituent la meilleure et la plus effective des sauvegardes des intérêts britanniques et étrangers.
2. — A ces fins, le ministère compte, non seulement sur la justice de la cause nationale, mais aussi sur l'esprit d'équité de la nation britannique et sus une juste appréciation des intérêts réciproques deideux pays.
3. — Le ministère est persuadée qu'il n'y auri pas d'obstacles, dans un avenir prochain, à restaurer un régime normal en Egj'pte permettant d'accorder au pays une Constitution qui permettra une coopé-
ration sérieuse et effective entre le gouvernement et les représentants élus du pays.
Le ministère fortifié par l'approbation de Votre Hautesse, entend désormais préparer un projet de réforme constitutionnelle, afin que, dans sa tâche politique, il puisse s'appuyer sur une véritable représentation nationale et mener à bonne fin toute une série de réformes urgentes qu'exige le progrès moral et économique du pays.
4. — Le Cabinet considère que le moment est venu de rétablir les fonctions du ministère des Affaires Etrangères, que les circonstances de la guerre avaient provisoirement suspendues.
5. — Enfin, se rendant compte de la responsabilité de sa tâche, le ministère se consacrera à assumer la charge et à diriger les affaires du pays uniquement dans l'intérêt national.
6. — Le ministère, connaissant les intentions de Votre Hautesse pour le bien du pays, ne doute pas qu'il trouvera en Votre Hautesse l'appui nécessaire pour réaliser son programme. Il compte aussi sur la confiance du pays pour entreprendre une tâche dont il sent toutes les difficultés.
Du Field-Marshal Vicomte Alienby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme daté du Caire, 12 Décembre 1921, reçu le même Jour au Foreign Office.
Saroit a expliqué au sujet du premier point de mon précédent télégramme de ce jour, qu'il espère
que le Gouvernement de Sa Majesté trouvera moyen d'abolir le Protectorat dans un avenir prochain, quoiqu'il ne s'attende pas à ce que ce soit fait immédiatement.
L'idée qui est à la base du quatrième point du programme de Saroit, est que l'Egypte doit retourner aux conditions qui prévalaient, en 1914, avant la déclaration du Protectorat.
Il n'a pas d'objection à la nomination de quelqu'un pour succéder à M. Greg, au Ministère des Affaires Etrangères, et il souhaite que les relations entre le Gouvernement Egyptien et le représentant du Gouvernement de Sa Majesté prennent la forme de celles qui existaient avec les agents britanniques au temps d'avant-guerre.
Il a la conviction qu'il peut constituer un ministère sur la base de ce programme, mais il insiste pour qu'il soit au préalable approuvé par le Gouvernement de Sa Majesté. Je pense qu'on peut avoir confiance dans la parole de Saroit, et il est courageux de sa part de s'avancer lorsqu'il sait que la tâche qui attend tout ministère sera nécessairement difficile, eu égard à la déception, causée à tous les partis et à l'hostilité qu'elle a fait naître à l'égard de la récente déclaration du Gouvernement de Sa Majesté.
Je serais reconnaissant à Votre Seigneurie si elle pouvait m'informer, sans retard, de son attitude à. l'égard de ce programme que je recommande instamment l'approbation.
Du Marquis Curzon de Kedieston au Field-Marshal Vicomte Aiienby au Caire. — Télégramme daté du Foreign Office le 16 Décembre 1921.
Vous pouvez généralement souscrire au programme suggéré par Saroit Pacha, tel qu'il est exposé dans votre second télégramme du 12 et. Toutefois, en ce qui concerne le premier point, il est nécessaire, afin d'obvier à tout malentendu, de rappeler qu'aucun « engagement » n'a été donné par le Gouvernement de Sa Majesté d'abolir le Protectorat et de reconnaître l'Egypte comme un Etat souverain. Le Gouvernement de Sa Majesté a seulement offert d'adopter cette attitude comme faisant partie d'une transaction qui a été rejetée par l'autre partie.
Je ne désire donner lieu à aucune suspiscion quant à notre bonne foi ou de nature à rendre votre tâche plus difficile, mais il vous sera facile d'obtenir la substitution au mot « offre » le mot « engagement » dans le programme proposé par Saroit.
Du Field-Marsiial Vicomte Aiienby au Marquis Curzon de Kedieston. — Téiégi^amme daté du Caire le 20 Décembre 1921, reçu le même jour au Foreign Office.
Saroit Pacha n'a pas encore pu constituer un Ministère, bien que son programme ait été approuvé. Je ne le presse pas inutilement, et je fais tout ce que je peux pour persuader des membres du Parti
Adly de se joindre au Gouvernement, parce que je sens que le parti tombera nécessairement en pièces s'il ne parvient pas à aller de l'avant maintenant. Zaghloul serait alors le seul gagnant de ce qui équivaudrait à une capitulation de la part du parti précité,
Zaghloul a annoncé qu'un meeting aura lieu vendredi prochain. Je l'ai interdit hier dans l'intérêt de la sécurité publique.
Je suis tout à fait décidé à prendre l'action nécessaire à l'égard de Zaghloul s'il cause du trouble, tandis que s'il ne proteste pas j'aurais atteint mon but. S'il devient nécessaire de le déporter, jespère que des dispositions pourront être prises à son sujet pour qu'il soit détenu dans quelque possession britannique d'outre-mer, car il ne devra pas lui être permis de se rendre n'importe où en Europe.
Du Field-Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme daté du Caire, le 21 Décembre 1921, reçu le même Jour au Foreign Office.
Mon télégramme du 20 Décembre.
Zaghloul a publié dans la presse une protestation contre mon ordre interdisant son meeting de vendredi. Il qualifie ce veto comme étant une première étape de la nouvelle politique britannique, et fait appel aux Egyptiens pour faire preuve d'une résolution égale.
Le Caire a été, hier la scène de quelque désordre
à l'occasion du retour du professeur Makram, l'agent de Zaghloul à Londres. Zaghloul l'a reçu à la gare et a été l'objet des applaudissements de la foule stationnée le long des rues ; on a entendu des cris antianglais. Dans la soirée, deux soldats, l'un du King's Régiment et l'autre de l'East Surrey Régiment, ont reçu des coups de feu dans les rues d'un bas quartier du Caire. L'un fut tué, l'autre blesse. Les assassins se sont échappés.
Je donne ordre aujourd'hui, sous le régime de la loi martiale, interdisant désormais la participation de Zaghloul à la politique. Sa presse est également avertie d'avoir à éviter toute nouvelle agitation. Ses adhérents les plus en vue : Atif Barakat Bey, Fathallah Barakat Pacha, Moustafa El-Nahas Bey, Sinnot Hanna Bey Amin Iz El-Arab Efifendi, Gaafar Fakhry Bey et William Makram Obeid Efifendi, ont reçu l'ordre de garder leurs domiciles sous la surveillance de la Police, et de s'abstenir de toute activité politique.
Du Field-Marshai Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme expédié le 23 Décembre 1921, reçu le même jour au Foreign Office.
Le dernier paragraphe de mon télégramme du 20 décembre et mon télégramme du 21 décembre.
J'ai reçu la réponse de Zaghloul aux instructions que je lui avais données de se rendre à sa résidence de campagne et de ne plus participer à la politique. Le texte en est contenu dans mon télégramme sui-
vant. J'ai également reçu des lettres de ses adhérents dont les noms suivent et qui se solidarisent avec lui : William Makram, Sinnot Hanna et Moustafa El Nahas.
Les autres qui avaient également été avertis n'ont pas encore répondu, sauf Sadek Henein. Son nom avait été ajouté ultérieurement à la liste et il a obéi.
J'ai donné, la nuit dernière, les directives pour l'arrestation de Zaghloul et de ses trois adhérents précités. L'arrestation de Zaghloul a eu lieu ce matin sans incident. Je l'ai envoyé à Suez, où il attendra, dans le camp de transit indien, sa déportation.
Je serais heureux de recevoir par télégramme votre autorisation de le déporter ainsi que ses associés, ce que je ferai ensuite aussitôt que possible. Il est très important que cela soit fait sans délai.
Ceylan serait, à mon avis, la destination la plus convenable, car on se le rappelle comme ayant été le lieu de captivité d'Arabi, et le nom de cette localité produirait conséquemment un effet considérable.
Je vous ferait savoir plus tard, par le télégraphe, ce que je considère comme étant l'effet produit ici par les mesures que je viens de prendre.
Du Fleld-Marshal Vicomto Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme expédié du Caire le 23 Décembre 1921, reçu îs même jour au Foreign Office.
Voici le message, mentionné dans mon télégramme précédent, adressé par Zaghloul au Conseiller du Ministère de l'Intérieur.
« J'ai l'honneur de vous informer que j'ai reçu votre lettre en date de ce jour par laquelle vous me communiquez l'ordre du Field-Marshai Allenby m'interdisant de m'occuper de politique et m'obligoant de me rendre à ma ferme sans délai pour y vivre sous la surveillance du Moudir. C'est là un ordre tyrannique, contre lequel je proteste de toute mes forces parce qu'il n'est pas justifié.
« Ayant reçu mandat de la Nation Egyptienne pour lutter pour son indépendance, nul autre n'a le droit de me dégager de ce devoir sacré. En conséquence, je demeurerai à mon poste, fidèle à mon devoir : la force pourra faire de nous ce qu'elle voudra, individuellement et collectivement, car nous sommes tous disposés à accueillir ce qui peut nous frapper, d'un cœur fort et avec une conscience calme, sachant que n'importe quelles mesures qui seraient prises contre nos efforts, ne feraient qu'aider le pays à réaliser ses aspirations de complète indépendance. »
Du Field-Kiarshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Expédié du Caire le 23 Décembre 1921, reçu le même jour au Foreing Office.
Mon télégramme précédent.
Il y a eu, la nuit dernière, des démonstrations près de la maison de Zaghloul. Les manifestants ont été dispersés par la Police. Il y a eu deux émeutiers tués et neuf blessés.
Sinnot Hanna, Moustafa El-Nahas et Makram ainsi que les deux Barakat, ont été arrêtés cet après-
midi, parce qu'ils avaient refusé d'obéir à mes instructions. Ils ont été dirigés sur Suez. La mesure prise a provoqué une surexcitation considérable et l'état de la ville du Caire est demeuré troublé durant la journée. Il y a eu un sabotage considérable et des déprédations. A 10 heures du matin les autorités militaires arrêtées antérieurement. Jusqu'à présent, on ne peut pas dire que les troubles soient considérables, bien qu'ils soient étendus. Les troupes ont dû faire feu, et autant qu'on a pu s'en assurer jusqu'à présent, il y a eu deux Egyptiens tués et un blessé. L'un d'eux était à la tête d'une faction en train d'élever une barricade pour empêcher l'avance des troupes, l'autre a été tué après qu'un coup de revolver ait été tiré sur un camion rempli de soldats.
Zaghloul est arrivé à Suez ; il est logé dans le camp de transit indien .
Il y a eu des démonstrations à Alexandrie ; elles ont été dispersées. Un nombre considérable de pamphlets séditieux ont été distribués.
Le seul rapport reçu des provinces dit qu'à Tantah il y a eu des démonstrations, mais des troupes britanniques ont été envoyées là aujourd'hui et l'on est maître de la situation.
Du Marquis Curzon de Kedieston au Field-Marshal Vicomte Ailenby, au Caire. — Télégramme expédié du Foreign Office, le 23 Décembre 1921.
Il n'y a pas d'objection, en ce qui concerne le Colonial Office, à ce que vous déportiez Zaghloul et ses adhérents à Ceylan à la première occasion, ainsi
que vous le suggérez dans votre télégramme du 23 décembre. Des instructions en conséquence ont été envoyées au Gouverneur de Ceylan, mais si, pour des considérations locales, il était impossible de les déporter là, ils pourraient être envoyés aux îles Seychelles. On sait que les arrangements nécessaires (en vue de leur installation) peuvent être obtenus aux Seychelles.
Des détails complets au sujet de la date d'embarquement de Suez et de la composition du groupe devront être câblés directement au Gouverneur de Ceylan.
Du Field-Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme expédié du Caire, le 24 Décembre 1921, reçu le 25 au Foreign Office.
J'apprécie vivement votre télégramme du 23 et.
Il peut être utile à Votre Seigneurie que je lui fasse connaître les récents événements qui ont abouti à la déportation de Zaghloul et de ses principaux associés.
Le projet de traité et, spécialement, ma lettre au Sultan ont été accueillis avec un grand mécontentement, qui s'est traduit notamment par des démonstrations de nuit dans les rues du Caire. Il n'y a pas de doute que c'était là l'œuvre de l'organisation zaghlouliste préparant la voie à l'entrée en scène de Zaghloul lui-même. Il y a une semaine le Commandant de la Police a déclaré que ses hommes étaient mis à une rude épreuve, car ils étaient lapidés la Huit. L« 19 décembre, ainsi qu« je l'ai dit dans mon
télégramme du 20 décembre, j'ai interdit un meeting convoqué par Zaghloul et qui devait aboutir à de» désordre. Zaghloul a répondu par un manifeste, dans lequel il déclarait que cette interdiction marquait le commencement d'une nouvelle politique britannique de despotisme absolu.
Entre temps, eurent lieu les élections du Conseil de l'Ordre du Barreau Indigène ; seuls des zaghloulistes ont été élus. Des résolutions antérieures en faveur du Cabinet Adly ont été abrogées et une grève de cinq jours a été déclarée. Cela fut généralement et à juste titre considéré comme un succès pour Zaghloul et comme le début d'une ère de grève intense. Il me sera permis de rappeler que l'année dernière, en Grèce, des élections analogues ont été les signes précurseurs de la chute de Venizelos.
Le 20 Décembre, William Makram, le principal agent de Zaghloul en Angleterre, est arrivé à Alexandrie. Il a fait là un discours provocateur puis est rentré au Caire. Il a été reçu par des ovations dans les gares, le 21 Décembre. Il a été reçu par Zaghloul. Il sont montés en voiture ensemble et le long des rues de la ville le cri de « A bas Allenby » a été ajouté aux cris habituels en faveur de l'indépendance.
Cette nuit-là, deux soldats britanniques ont reçu des coups de feu dans les rues du Caire et l'un d'eux en est mort. Le 22 Décembre j'ai ordonné à Zaghloul de se rendre à sa maison de campagne et de ne plus faire de la politique. J'ai également donné ordre a ses principaux associés de se retirer dans leurs maisons de campagne.
Du Field-Marshal Vicomte Ailenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme expédié du Caire, le 24 Décembre 1921, reçu le 25 au Foreign Office.
Mon troisième télégramme du 23 et.
La liste revisée des pertes au Caire s'établit comme suit : aucun Britannique tué ni blessé ; Egyptiens : trois tués, quatorze blessés.
Quant aux neuf personnes auxquelles j'ai ordonné de s'abstenir de toute activité politique, voici leur situation actuelle : six sont en ce moment à Suez attendant leur embarquement pour Ceylan le 28 décembre ; les trois autres : Sadek Henein, Aminé Iz El-Arab et Gaafar Fakhry ont obéi à mon ordre et se trouvent sous la surveillance de la Police.
Au Caire. — La Ville est encore troublée ; des démonstrations sporadiques, accompagnées de sabotage, ont été signalées le long de la journée. Le chemin de fer de Hélouan a été endommagé durant la nuit et un train a déraillé ce matin. Personne n'a été blessé. Des tentatives de mettre le feu aux ateliers de Bculac et aux dépôts du Ministère de l'Instruction Publique ont été empêchées ce matin.
Ce matin, la présence des fonctionnaires de l'Etat dans les Ministères n'était pas satisfaisante. Aux Finances et à l'Intérieur, c'était normal ; mauvais aux Travaux Publics et à l'Instruction Publique ; assez bien pour le reste. Des tentatives sont faites pour intimider les fonctionnaires. Les écoles sont généralement en grève.
Alexanduie. — Il y a eu de petites démonstrations et quelque sabotage. Les Ecoles sont en grève.
Provinces. — La Haute-Egypte est calme, quoique une certaine appréhension soit signalée à Assiout.
La Basse-Egypte n'est pas tranquille. La situation à Tanjtah s'est améliorée depuis l'arrivée des troupes britanniques. Le chemin de fer et le télégraphe entre Zagazig et Ismaïlieh ont été coupés et réparés. Des démonstrations ont eu lieu à Zagazig. A Damanhour des démonstrations ont créé une situation menaçante. La foule a réussi à faire abandonner leur travail aux employés du chemin de fer du Delta, mais la Police a ensuite rétabli l'ordre. Des détachements de troupes égyptiennes ont été envoyés dans tous les chefs-lieux de Moudirieh à travers le pays. Deux aéroplanes se trouvent à Assiout et un troisième se dirige vers Assouan. Le Caire et le Delta «ont patrouilles par des avions. Huit bateaux du Nil, armés de mitrailleuses, partiront le 26 décembre pour la Haute-Egypte sous le commandement d'officiers navals.
Du Field-Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme daté du Caire le 25 Décembre 1921, reçu le 26 au Foreign Office.
Mon second télégramme du 24 et.
La démission du Cabinet Adly Pacha a été acceptée hier par le Sultan.
Au Caire. — H y a eu moins d'agitation, mais la situation demeure troublée. Une école gouvernementale de filles a été attaquée ce matin et il y a eu de grands dégâts.
Toutes les écoles sont en grève. La grève des fonctionnaires de l'Etat est maintenant générale. Elle a été déclarée pour une durée de trois jours et elle est exécutée par voie d'intimidation ; Je prends des dispositions en vue de protéger ceux qui désirent travailler.
Le nombre des Egj'ptiens tués au Caire s'élève à onze. Un Européen — un homme excentrique vivant dans un quartier pauvre — a été assassiné par la racaille le 23 et. Une dame anglaise, passant dans une voiture ouverte a été attaquée à coups de pierres par des voyous, le Vendredi, dans le quartier de Boulac. Elle s'est épargné de sérieuses blessures en se servant de son ombrelle comme d'un bouclier. L'ombrelle fut brisée par les pierres. C'est la première fois qu'une dame est attaquée depuis trois ans. Le nombre des arrestations s'élève jusqu'à présent à 180,
Alexandrie. — Pas de changement. La situation est maîtrisée. Total des arrestations à ce jour : 389, dont 223 des enfants. Les navires britanniques Cérès et Senator sont arrivés.
Zone du Canal : Port-Saïd. — Des démonstrations persistantes ont eu lieu ce matin. Finalement la ville a été consignée aux autorités militaires qui ont été obligés de faire feu sur la foule qui n'avait pas voulu se disperser après un avertissement.
Pertes : un Egyptien tué et trois blessés. Les forces militaires sont appuyées par 90 marins d'un navire de garde.
IsMAÏLiA. — Le navire britannique Sparawhowk arrive demain.
Suez. — La ville a été consignée aujourd'hui aux autorités militaires qui ont été obligées de faire feu sur les démonstrations qui avaient refusé de se disperser après les avertissements données par les offficiers égyptiens et britanniques. Pertes : un Egyptien tué, trois blessés. Le navire britannique Sikh arrive demain matin.
Haute-Egypte. — Pas de désordre. On a arrêté des agitateurs bien connus, venus du Caire, dont Kamel Hussein, l'avocat du mouvement syndicaliste en ce pays.
Basse-Egypte. — Pas de désordre, sauf une démonstration à Zagazig, dispersée par le Camel Corps égj'ptien. La propagande est faite par les étudiants.
Du Fieid-'Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Téiégramme expédié au Caire, le 26 Décembre 1921, reçu au Foreign Office.
Mon télégramme du 25 et.
Au Caire. — La présence des fonctionnaires de l'Etat dans les Ministères s'est améliorée aujourd'hui.
Les Ecoles sont encore en grève. Il a eu quelques démonstrations dans les quartiers pauvres de la ville. Une foule a attaqué ce matin le Caracol de Darb El Ahmar. De légères autos blindées qui étaient allées au secours de la police ont été lapidées. Elles ont tiré et se sont livrées à des représailles sur la foule, tuant quatre personnes et en blessant cinq.
Dans l'après-midi, la foule a érigé des barricades. Des camions militaires ont été dépêchés pour les démolir. Ils ont rencontré de la résistance et ont dû tirer sur la foule lui infligeant des pertes. Il y a eu des meetings politiques à El-Azhar.
Alexandrie. — La situation est calme.
Zone du Canal : Port-Saïd. — Situation toujours troublée. Les démonstrations accompagnées de sabotage continuent dans les quartiers indigènes. Les troubles sont causés par voie d'intimidation.
Suez. — Il n'y a plus eu d'agitation.
Haute-Egypte. — Pas d'agitation, sauf à Guirgueh où la Police a été obligée de faire feu sur des démonstrations hostiles, infligeant des pertes (aux manifestants). Il y a eu aujourd'hui une grève générale de trois heures des opérateurs du Télégraphe.
Basse-Egypte.— A Tantah, où se trouve en ce moment un bataillon britannique complet, il y a grève générale, à l'exception des fonctionnaires de la Moudirieh. A Zifta, la foule ayant attaqué le local du Markaz a été repoussée par l'armée égptienne qui a
fait feu et infligé des pertes : un tué et deux blessés. Des patrouilles de soldats britanniques ont été envoyées sur les lieux.
Du Fleid-Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme expédié au Caire le 27 Décembre 1821, reçu le 28 au Foreign Office.
Mon télégramme du 26 et.
La situation dans le pays s'est améliorée durant les dernières 24 heures. Le travail a été pratiquement repris dans tous les bureaux du Gouvernement d'une façon normale.
Les écoles sont encore en grève et ont reçu avis de fermer leurs portes.
On ne signale pas d'incidents sérieux dans les grandes villes, bien qu'au Caire, à Damanhour et à Minieh il y ait eu de petites démonstrations dont on a eu raison sans difficulté. La situation à Port-Saïd s'est considérablement améliorée.
Du FleEd-Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme expédié du Caire, le 12 Janvier 1922, reçu le même Jour au Foreign Office.
Voici la liste mentionnée dans mon télégramme suivant : Abdel Khalek Saroit Pacha, ex-Ministre ; Ismail Sidky Pacha, éx-Ministre ;
Ibrahim Fathy Pacha, ex-Ministre ; Gaafar Wali Pacha, ex-Ministre ; Moustafa Fathy Pacha, Procureur Général ; Moustafa Maher Pacha, ex-fonctionnaire des
Wakfs et vice-Président du Syndicat Agricole
Général ; Mohamed Choukry Pacha, ex - Sous - Secrétaire
d'Etat au Ministère de la Justice ; Wassif Simeika Bey, Conseiller à la Cour d'Appel
Indigène.
Du Fleld-Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme expédié du Caire le 12 Janvier 1922, reçu le même jour au Foreign Office.
Votre télégramme du 15 Décembre passé.
Je propose, avec l'approbation de Votre Seigneurie d'adresser au Sultan une lettre, dont le texte est donné dans mon télégramme suivant, et, en même temps, d'annoncer qu'un Ministère a été formé sous la présidence de Saroit Pacha et composé des personnalités dont les noms ont été transmis dans mon télégramme. Cette liste m'a été remise ce soir par Saroit Pacha et constitue un Ministère puissant et représentatif. Il n'y a pas de doute que Saroit Pacha a réussi à gagner les éléments les plus solides en Egypte. Les politiciens dont il s'agit ont définitivement adopté la politique de mon projet de lettre au Sultan et accepté le pouvoir sous la présidence de Saroit.
Le but des quatre premiers paragraphes de mon projet de lettre à Sa Hautesse et de faire disparaître les appréhensions erronées nées de la lettre que, sur vos instructions, j'avais adressée à Sa Hautesse le 3 Décembre. Les articles du projet de traité, qui n'ont pas été mal interprétés, sont traités au paragraphe 5 .Le motif de la déportation de Zaghloul et de ses associés est expliqué au paragraphe 7. La bonne volonté du Gouvernement de Sa Majesté est mise en relief dans les paragraphes 8 et 9 et, dans les deux paragraphes suivants, j'adhère aux principes du programme de Saroit. Les questions ayant fait partie du projet de traité, mais qui ne sont pas mentionnées dans le programme de Saroit ont été déclarées, au paragraphe 13, comme réservées en vue d'une discussion ultérieure. La question de la compensation des fonctionnaires britanniques n'a pas été mentionnée, mais les idées de Saroit sont très raisonnables sur ce point qui pourra être résolu séparément dès que le Gouvernement égyptien le désirera.
La question des troupes britanniques en Eg\'pte est couverte par la réserve A. Les articles 6, 11 et 14 du projet de traité sont couverts par la réserve B. Les articles 9, 12, 13, 15, 16, 18, et les articles 23 et 26 sont couverts par la réserve C.
Cependant, le paragraphe 10 du projet de lettre, comme vous le remarquerez, fait une concession au sujet du Protectorat ce qui est, ainsi que je l'ai dit dans mon télégramme du 12 Décembre, plus que Saroit n'envisageait au début.
Il avait été dit, au dernier paragraphe de la précédente lettre au Sultan, que le Gouvernement de Sa Majesté était disposé a considérer toutes méthodes qui pourraient être suggérées en vue de l'application de la substance de ses propositions. Cette méthode est exposée dans le projet actuellement mis en avant (cf. mon télégramme suivant, paragraphe 13).
Les désordres qui ont suivi la déportation de Zaghloul ont été de plus courte durée et moins sérieux qu'on aurait bien pu le prévoir. Beaucoup d'Egj^ptiens l'ont considérée avec raison, non pas comme un acte tyrannique de répression, mais comme le prélude nécessaire d'un effort final tendant à créer des relations amicales entre les deux pays, relations sûrement désirées par le Gouvernement de Sa Majesté et que les Egyptiens désirent également, bien que leurs espoirs n'aient pas encore été réalisés. Ils ont conséquemment estimé que les déportations étaient à la fois nécessaires et désirables. Cette promesse d'abolir le Protectorat est, j'en suis convaincu, le seul moyen de s'assurer la bonne volonté des éléments politiques égyptiens qui ont honnêtement travaillé avec nous et nous ont donné leur appui dans des moments où il était assez difficile de le faire. Par ce moyen aussi, nous diminuerons l'inimitié des éléments hostiles.
Il me semble également certain que le moment actuel est celui qui convient le mieux à cette concession. Nous ne pouvons espérer que l'atmosphère d'attente calme existant actuellement continue si
nous ne donnons pas une preuve frappante de notre attitude conciliante. Si les espoirs de l'Egypte sont de nouveau déçus, non seulement il sera impossible d'avoir un Gouvernement égyptien, mais je désespérerai aussi de l'avenir du pays qui retombera dans un état successif de révoltes et de répressions, aussi nuisible à l'Egypte et à la Grande-Bretagne et que j'ai déjà assez vu. La fin serait ou l'annexion d'un pays violemment hostile qui exigerait d'être gouverné par la force, ou une capitulation complète de la part du Gouvernement de Sa Majesté. Nous avons été habitués à voir le monde en admiration devant notre œuvre en Egypte. Je n'en puis concevoir une fin plus déplorable. Mes propositions ont été faites après de laborieuses négociations avec Saroit et ses adhérents immédiats, qui ont été en contact avec un public plus grand, et avec Adly Pacha dont le concours a été désintéressé et précieux. J'ai l'appui ferme et très cordial de mes conseillers, qui ne se séparent de moi sur aucun point. Je dois conséquemment insister très vivement auprès de Votre Seigneurie pour presser le Gouvernement de Sa Majesté de m'autoriser à présenter le projet de lettre au Sultan sans délai et sans modification.
Je vous serai reconnaissant de me répondre télégraphiquement.
Ce télégramme contient la lettre adressée par le Maréchal Allenby, avec les déclarations du Gouvernement anglais à l'Egypte, le 28 Février 1922.
Du FleM-Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieaton. — Télégramme expédié du Caire, le 12 Janvier 1922, reçu le même jour au Foreign Office.
Une scission est survenue au sein du Wafd nouvellement reconstitué. Abdel Aziz Bey Fahmy a donné sa démission hier, et l'on s'attend à ce que six autres membres annoncent leur séparation demain.
8ir E. Crowe au Field-Marshal Vicomte Allenby, au Caire. — Télégramme expédié du Foreign Office le 13 Janvier 1922.
Aucun effort ne sera épargné pour obtenir une prompte décision au sujet des questions soulevées dans vos télégrammes du 12 et. Vous comprendrez cependant qu'une réponse immédiate relativement à un aussi grand problème ne peut être envoyé en l'absence du Premier Ministre et de Lord Curzon à Cannes.
Ou Marquis Curzon de Kedieston au Field-Marshal Vicomte Allenby. — Télégramme daté de Cannes, le 14 Janvier 1922
Le premier Ministre et mes autres collègues ont déjà quitté Cannes, de telle sorte que je ne puis examiner immédiatement la question soulevée dans vos télégrammes du 12 et. qui devront être soumis au
Cabinet. Je serai de retour à Londres au début de la semaine prochaine, et je ne perdrai pas de temps à mettre vos propositions en avant et à vous faire connaître la décision du Gouvernement de Sa Majesté.
Du n/!arquis Curzon de Kedieston au Fieid-Marshal Vicomte Ailenby, au Caire. — Télégramme daté du Foreign Office, le 18 Janvier 1922.
Vos télégrammes du 12 janvier : formation d'un nouveau Gouvernement Egyptien.
Avant d'arriver à une décision définitive au sujet de vos propositions, le Gouvernement de Sa Majesté désire avoir les renseignements les plus complets au sujet de la situation présente en Egypte, et voudrait entendre personnellement les autorités les plus capables de lui donner des conseils sur la question. Je suggère que vous envoyez en Angleterre, dans le plus bref délai possible, Amos et Clayton, si vous pensez qu'ils répondent à cette description.
Du Field-Marshal Vicomte Ailenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme daté du Caire, le 20 Janvier 1922, reçu le même Jour au Foreign Office.
Sir G. Clayton, M. Amos, M. Patterson et M. Dawson sont complètement d'accord avec moi et n'ont rien à ajouter aux vues qu'ils ont déjà exprimées.
Si je devais envoj^er les deux Conseillers, comme vous le suggérez dans votre télégramme du 18 et., cela rainerait considérabement ma situation, et tous signes prolongés d'hésitation de la part du Gouvernement de Sa Majesté auraient le même résultat. Des conseils de conciliation et de modération, basés sur des espoirs en vue d'un avenir prochain, prévalent en ce moment, mais cette situation ne peut pas durer. En conséquence, ne pas perdre du temps est d'une importance vitale.
M. Selby arrivera probablement à Londres dimanche et pourra vous donner un compte rendu exact et à jour de toute la situation politique ici. Vous ne pourrez pas avoir un meilleur informateur. En plus, je pourrai naturellement vous télégraphier les renseignements les plus complets sur n'importe quel point déterminé.
Les points suivants n'ont peut-être pas été suffisamment expliqués :
a) Ma prochaine action sera interprêtée comme la
vraie explication de la mesure prise en déportant Zaghloul. J'ai désiré cette mesure comme un prélude essentiel à une politique de conciliation et elle fut interprétée ainsi beaucoup plus qu'on ne s'y attendait.
b) Je dois insister auprès du Gouvernement de Sa
Majesté qu'il doit abandoner l'espoir de trouver n'importe quel groupe d'Egyptiens de quelque classe parti ou religion qu'ils soient qui voudront collaborer avec nous, si la politique que je recommande est rejetée. L'espoir d'arriver à
un modus vivendi analogue, m'a permis non seulement de fortifier pour le moment les éléments qui désirent honnêtement une solution, mais aussi de mettre de notre côté un ou deux membres influents du Parti Zaghloul et d'affaiblir grandement son influence.
c) La question n'est pas de savoir si nous pouvons
ou nous ne pouvons pas avoir un Gouvernement Egyptien, mais si nous allons réussir ou échouer dans la tâche de ramener l'Egypte à un Gouvernement par les méthodes légales et constitutionnelles.
d) C'est l'introduction des institutions parlementai-
res et non pas l'abolition formelle du Protectorat qui sera principalement responsable de n'importe quel accroissement de la force de résistance à nos vues que les Ministres Egyptiens pourront acquérir en vertu des arrangements préconisés, comparativement avec la force de résistance que leurs prédécesseurs possédaient avant la guerre. Je ne pense cependant pas que le Gouvernement de Sa Majesté veuille s'opposer à la création de semblables institutions jusqu'à la conclusion d'un traité avec l'Egypte. Une telle politique serait évidemment difficile à défendre par des arguments d'ordre général. D'autre part, il y a lieu de noter que durant ces dernières années la pression de l'opinion publique, s'exprimant par la presse et par des voies moins recommandables, a amené une indépendance indiscutablement plus grande des Ministres vis-à-vis des autorités britanniques.
L'administration de l'Egypte avait été menée, dans le passé, par des Egyptiens aidés et conseillés par un très petit groupe d'Anglais, et cela fut seulement possible grâce au maintien de bonnes relations entre ces derniers et leurs collègues égj'ptiens. La grande majorité des postes administratifs ont toujours été occupés par des Egyptiens et l'on ne doit pas s'imaginer que, même aux époques les plus calmes et les plus normales, les Anglais aient jamais essayé de gouverner l'Egypte autrement que comme un petit levain comptant sur la plus grande mesure possible de collaboration indigène.
Votre Seigneurie peut être assurée qu'aucun désir opportuniste de paix immédiate n'a inspiré mes propositions qui sont basés sur ce que je crois sincèrement être le meilleur intérêt commun de l'Egypte et de la Grande-Bretagne.
C'est là l'opinion finale et réfléchie que je me suis faite après une discussion prolongée avec ceux qui sont le mieux indiqués pour donner un avis sûr. Les Egyptiens responsables ont également été consultés en grand nombre et ils appuient unanimement mon point de vue.
Si mes propositions sont acceptées sans délai, je suis persuadé qu'elles aboutiront à une solution permanente de la question égyptienne ; si elles sont re jetées, la seule alternative que je prévoie ce sera des mesures répressives qui nous obligeront finalement à annexer l'Egypte. Aucun problème de gouvernement ne serait résolu de cette façon, les difficultés de la Grande-Bretagne en auront, par contre été grandement augmentées.
Du Field-Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme daté du Caire, le 23 Janvier 1922, reçu le même jour au Foreign Office.
Le Wafd, à l'exception des membres dissidents, a publié ce soir un manifeste faisant appel à tous les Egyptiens pour refuser de collaborer de n'importe quelle manière avec les Anglais et de boycotter toutes les marchandises britanniques, le commerce, etc. Le manifeste est rédigé en termes véhéments et constitue un défi direct à mon autorité.
J'ai ordonné la suspension de tous les journaux qui l'ont pubié et prévenu son insertion dans les autres.
J'ai ordonné l'arrestation des signataires dont voici les noms : Hamad El-Bassel, Wissa Wassef, Aly Maher, Georges Khayat, Wacyf Ghali, Morcos Hanna, Eloui El-Gazzar, Mourad El Chiréi. Les trois derniers sont des membres nouvellement élus.
L'agent de Reuter télégraphie le texte complet du manifeste à Londres.
Du Marquis Curzon de Kedieston au Fieid-Marsiiai Vicomte Allenby, au Caire. — Extrait d'un télégramme daté du Foreign Office, le 21 Janvier 1922.
Votre télégramme du 20 janvier.
Le Gouvernement est très anxieux d'obtenir une solution pacifique de la présente difficulté en ins-
tallant un Ministère Egyptien sous la présidence d'un Ministre aussi patriote et capable que Saroit Pacha. Il ne pense pas que cela soit impossible si toutes les parties agissent avec une appréciation exacte des sentiments et des convictions d'autrui et avec le ferme désir de trouver une solution également honorable pour l'Egypte et la Grande-Bretagne.
Tout en accordant pleine considération à vos explications et aux assurances que vous avez reçues, le Cabinet a très fortement l'impression qu'en acceptant votre manière de voir, le Gouvernement de Sa Majesté abandonnerait une position qu'il considère vitale pour l'empire. Si ces assurances sont données sincèrement et si elles doivent avoir la valeur d'un engagement, il ne devrait pas y avoir de difficulté insurmontable à leur donner une forme acceptable et tangible. Dans leur forme actuelle elles impliquent une obligation qui pourrait par la suite être discutée, voire même répudiée, et exposer ainsi le Gouvernement de Sa Majesté à la juste accusation d'avoir abandonné notre principale position sans sauvegardes pour l'avenir. En effet, si l'abolition du Protectorat et la reconnaissance de l'Egypte comme un Etat souverain sont concédées sans aucun engagement précis quant aux conséquences, nous pourrions nous trouver en face de conditions que ni le Gouvernement de Sa Majesté, ni le Parlement ne seraient ensuite disposés à ratifier, et aboutirions ainsi à un échec encore plus désastreux que celui envisagé par vous. Dans ce cas, la sanction de la présence des troupes britanniques dans le pays, bien
que constituant une garantie effective contre des troubles formidables, pourrait être impuissante à nous assurer la solution pacifique que nous désirons tous.
Le Gouvernement de Sa Majesté est parfaitement désireux que les questions réservées fournissent la base d'une discussion libre et amicale entre les deux parties. Mais cela devra être subordonné à un accord clair sur les points auxquels vous avez avec raison attaché toute l'importance voulue dans vos conversations avec les hommes d'Etat égyptien, mais qui devraient admettre sans peine une définition plus concrète.
Du m&rquis Curzon de Kedieston au Field-Marshal Vicomte Allenby, au Caire. — Extrait d'un télégramme daté du Foreign Office, 28 Janvier 1922.
Le Gouvernement de Sa Majesté serait heureux si vous vouliez bien venir en Angleterre de suite pour le mettre au courant de vos vues. Entre temps, comme il paraît désirable qu'aucune appréhension erronée ne soit entrevue au sujet de la situation présente et de la politique du Gouvernement de Sa Majesté, ou bien au sujet des circonstances en lesquelles vous avez été invité de venir les discuter à Londres, nous nous proposons de publier ici, lundi 30 janvier, et serions heureux si vous vouliez bien publier en même temps en Egypte, un bref résumé de la situation dont le texte est contenu dans mon télésframme suivant :
Du Marquis Curzon de Kedieston au Field-Marshal Vicomta Ailenby, au Caire. — Télégramme daté du Foreign Office, ie 23 Janvier 1922.
Voici le résumé de la situation à publier lundi auquel il est fait allusion dans mon précédent télégramme :
« Le Haut-Commissaire a été appelé à Londres pour fournir au Gouvernement de Sa Majesté les plus amples renseignements et conseils relativement à la situation actuelle en Egypte et aux communications qu'il a échangées avec des anciens Ministres égyptiens au sujet du gouvernement du pays à l'avenir.
« Il semble exister dans certains milieux une impression que la Grande-Bretagne a renoncé, ou est sur le point de renoncer, à son attitude libérale visà-vis des aspirations égyptiennes, et qu'elle désire se prévaloir de sa situation spéciale en Egypte pour y maintenir un système politique et administratif ne s'accordant pas avec la liberté qu'elle s'est déclarée prête à reconnaître.
« Tel n'est pas le cas. La politique du Gouvernement de Sa Majesté tant pendant qu'après la visite à Londres de la Mission de S. E. Adly Yeghen Pacha, a été basée sur les principes suivants :
« Tandis qu'il n'a aucune intention de concéder au désordre et à la violence ce qu'il est toujours
disposé à concéder en considération de ses mérites intrinsèques, le Gouvernement de Sa Majesté Britannique a explicitement déclaré qu'il est prêt à inviter le Parlement britaninque à mettre fin au Protectorat établi en 1914, à reconnaître ^Eg^'pte comme un Etat souverain, et à consentir à la constitution d'un Parlement égyptien et au rétablissement d'un Ministère Egyptien des Affaires Etrangères, et cela dès qu'il sera satisfait quant aux conditions suivantes, qu'il considère vitales aux intérêts de l'Egypte, aussi bien qu'à ceux de l'Empire, à savoir :
« 1. - — Que les voies de communications impériales, auxquelles l'Egypte est essentielle, soient sauvegardées ;
« 2. — Que la Grande-Bretagne retienne le droit et le pouvoir de fournir aux comm.unautés étrangères en Egypte la protection à laquelle les Gouvernements auxquels ces communautés ressortissent s'attendent de sa part dans les conditions actuelles ;
« 3. — Que l'Egypte soit sauvegardée contre toute agression ou ingérence étrangère, directe ou indirecte.
« Dès qu'un accord répondant à ces conditions aura été conclu entre un Gouvernement égyptien et le Gouvernement britannique, celui-ci n'hésilera pas à y inviter la sanction du Parlement britannique. »
Du Field-Marshal Vicomte Allenby au Marquis Curzon de Kedieston. — Télégramme daté du Caire, le 29 Janvier 1922, reçu le 30 au Foreign Office.
Conformément aux instructions contenues dans votre premier télégramme du 28 et., j'arriverai à Londres, le mercredi 8 février via Trieste, quittant Alexandrie vendredi prochain. Sir G. Clayton et M. Amos m'accompagneront.
Demain à midi je publierai la déclaration contenue dans votre second télégramme du 28 et.
Du Marquis Curzon de Kedieston au Field-Marshal Vicomte Allenby.
Foreign Office, le 21 février 1922.
My Lord,
Je vous transmets inclus copies des documents suivants :
a) Une déclaration, que le Gouvernement de sa Majesté invitera le Parlement à approuver, mettant fin au Protectorat sur l'Egypte.
b) Une lettre que Votre Seigneurie devra adresser au Sultan en communiquant à Sa Hautesse la déclaration ci-dessus.
Le Gouvernement de Sa Majesté est convaincu que le peuple égj^ptien se montrera digne de l'indépen-
dance qu'il s'est maintenant assurée et prouvera par l'emploi qu'il en fera, que la confiance mise en lui n'a pas été mal placée.
Je suis, etc..
CURZON OF KeDLESTON.
Du Secrétaire du Cabinet au Sous«Secrétalre d'Etat Permanent aux Affaires Etrangères.
Le Secrétaire du Cabinet présente ses compliments au Sous-Secrétaire d'Etat Permanent aux Affaires Etrangères et lui transmet, inclus, copie d'un télégrame qui a été adressé aux Premiers Ministres des Dominions.
Le 27 février 1922.
Annexe au N" 36.
Télégramme du Secrétaire d'Etat aux Colonies au Gouverneur Général du Canada, au Commonweaith d'Australie, à la Nouvelle Zélande, et à l'Union de l'Afrique du Sud, daté de Downing Street, 27 Février 1922.
Ce qui suit du Premier Ministre à votre Premier Ministre.
« Je suis heureux de vous informer que le Gouvernement de Sa Majesté a maintenant, en complet accord avec Lord AUenby, pris une décision au sujet d'une Déclaration à l'Egypte qui termine le Protectorat tout en maintenant pleinement le statu quo en ce qui concerne les intérêts spéciaux de l'Empire
Britannique en Egypte. Cette Déclaration a été rédigée en étroite concordance avec les vues exprimées à la Conférence Impériale et met à exécution les principes qui ont été posés.
« Les termes de l'accord offert par le Gouvernement de Sa Majesté en Novembre ainsi que les documents publiés en Décembre, vous ont été communiqués en leur temps. Comme conséquence de l'échec des négociations, le ministère a démissionné et des troubles peu importants ont eu lieu dans plusieurs villes, et ont été facilement réprimés. Il y a eu quelques meurtres politiques et les tentatives ont été faites pour organiser le boycottage commercial et la grève générale des employés de l'Etat, mais avec peu de succès. Juste après la Noël, Zaghloul Pacha, le chef de l'agitation nationaliste ayant refusé de renoncer, dans l'avenir, à toute activité politique, fut exilé, sous le régime de la loi martiale, avec cinq de ses principaux lieutenants.
Ils sont, en ce moment en route pour les Seychelles.
« Entre temps, des négociations furent poursuivies par Lord Allenby pour la formation d'un ministère et, en Janvier, il a soumis des propositions dans ce but, à ce Gouvernement. Le point principal de ces propositions était que la Grande-Bretagne devrait mètre immédiatement fin au Protectorat et reconanître l'Egypte comme un Etat souverain indépendant, réservant, pour des discussions et un accord ultérieurs, les mesures nécessaires à la protection des intérêts spéciaux de l'Empire Britannique en Egypte. Nous avons considéré ces proposi-
lions comme inadmissibles, par ce que la forme proposée, pour les réserves nous était apparue inadéquate aux garanties de nos intérêts spéciaux qui, à l'abolition du Protectorat, seraient demeurés sans base juridique et conséquemment auraient dépendu seulement de tels accords que les ministres égyptiens seraient disposés ultérieurement à négocier. Nous avons, par suite, suggéré une procédure difïérente, en vertu de laquelle nous déclarerions être prêts à recommander au Parlement de mettre fin au Protectorat aussitôt que les ministres égyptiens auraient conclu avec nous des accords sauvegardant suffisamment les intérêts britanniques. Lord Allenby a déclaré que cette proposition serait incompatible avec ses propres engagements envers les hommes d'Etat égyptiens et qu'il ne pouvait entretenir aucun espoir de constituer un ministère égyptien sur cette base. A la suite de quoi, nous lui avons demandé de venir en Angleterre pour une consultation, qui a abouti à des résultats très satisfaisants. « Comme toutes les récentes négociations sont demeurées sans résultats, il a été décidé de procéder à l'abolition du Protectorat par une déclaration unilatérale, dont le texte vous est câblé avec la présente. Cette déclaration tout en reconnaissant l'Egypte comme un état souverain indépendant, expose la position que nous revendiquons en Egypte vis-à-vis de toutes les autres Puissances, et énumère les questions où le maintien de notre position spéciale est vitale pour la sécurité de l'Empire. Dans toutes ces questions, le « statu quo » est maintenu, mais nous déclarons notre acceptation de négocier des accords
spécifiiques à leur sujet avec le Gouvernement Egyptien, à telle date ultérieure qu'il désirera et que les circonstances en promettront le succès. Entretemps, les Egyptiens seront libres de développer leurs institutions nationales en conformité de leurs aspirations.
« En communiquant la substance de cette Déclaration aux Puissances Etrangères, nous nous proposons d'annoncer que la fin du Protectorat britannique sur l'Egypte n'implique aucun changement dans le « statu quo » concernant la situation des autres Puissances en Egypte. Nous nous proposons de déclarer que le bien-être et l'intégrité de l'Egypte sont nécessaires à la paix et à la sécurité de l'Elmpire Britannique qui, en conséquence maintiendra toujours, comme un intérêt britannique essentiel, les relations spéciales entre lui et l'Egj'pte, depuis longtemps reconnues par les autres gouvernements. En appelant l'attention sur ces relations spéciales telles qu'elles sont définies dans la Déclaration reconnaissant l'indépendance de l'Egypte, nous nous proposons de déclarer que nous n'admettrons pas qu'elles soient mises en cause ou discutées par aucune autre Puissance ; que nous considérerons toute agression contre le territoire égyptien comme un acte devant être repoussé par tous les moyens en notre pouvoir.
« La Déclaration doit être remise par Lord Allenby au Sultan le 28 février. Elle sera soumise au Parlement ici dans la même après-midi. Son texte suit dans une autre dépêche.
« Lloyd George ».