‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 115 sur 156 · CHAPITRE Mil. — DECEMBRE H96-MA · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil. — DECEMBRE H96-MA

Directoire, qui d'ailleurs n'écoutait que fort peu leurs suggestions. Berger lui-même se montrait assez réservé dans ses rapports avec Wickham; il craignait de se trop compromettre. Cependant, il n'y avait pas à tergiverser; l'Angleterre seule pouvait fournir l'indispensable. Berger se résigna à proposer à Londres, par l'entremise de Wickham, un véritable traité dont voici les principales dispositions1 :

1° Berger reconnaissait que l'argent anglais l'avait seul mis en état d'agir jusqu'alors, et que le reliquat des sommes qu'il avait reçues lui permettait de poursuivre encore le cours de ses opérations.

2° Lui et ses amis s'engageaient à servir les intérêts de Sa Majesté Britannique « sur tous les points où ils ne seraient pas en opposition ^'recteaveceeuxdeleur patrie » ; à combattre les préjugés du public contre l'Angleterre; à tout faire pour amener la paix; à rédiger au premier jour une défense en règle de la politique anglaise.

3° A l'intérieur, ils suivraient le plan pacifique déjà si profitable.

i° Le gouvernement anglais pouvait-il, oui ou non, fournir les fonds nécessaires?

En transmettant ces propositions à son gouvernement, Wickham ajoutait que Berger méritait toute confiance. Quant à lui, il n'avait pris aucun engagement, faute d'éléments d'appréciation sur les sommes dont le cabinet de Saint-James pouvait disposer, et surtout parce que la paix signée par l'Autriche modifiait sensiblement la portée de ses instructions générales.

Sur cette paix, Wickham n'avait que fort peu de renseignements. Réduit à des hypothèses, il attribua au Directoire et à l'Autriche un système qui n'était pas éloigné de la vérité, au moins dans son ensemble.

Selon lui, le Directoire avait été choqué de la récente

1 Wickham à lord Grenville, 24 mai 1797.

conduite de la Prusse à son égard: il aurait présenté la Silésie à l'Autriche comme l'équivalent des Pars-Bas ; une guerre ad internecionem entre la Prusse et l'Empereur lui paraissait nécessaire; le Rhin comme frontière, un cordon de petits Etats comme barrière : telle était son ambition ; sans préjudice de ses projets contre l'Angleterre, il se proposait d'envahir Hambourg, Brème et Lùbeck. Quant à la cession de Venise à l'Autriche, Wickham n'en parlait que pour la reprocher, non pas à la France, mais à la cour de Vienne : l'opinion publique considère la politique de cette cour comme odieuse, dit-il; sa conduite a ravivé les vieilles haines de la Suisse, car on craint quelque arrangement du même genre avec les cantons et les Grisons.

En résumé, le Directoire va démocratiser l'Europe; toutes les puissances plient tour à tour devant la révolution triomphante. Une seule branche de salut reste : c'est en France même qu'il faut la chercher, « grâce à l'heureux choix que l'on vient de faire des nouveaux députés, et de celui que l'on va faire d un nouveau directeur. Ce choix, malgré tous les efforts du Directoire, portera sur M. Barthélémy, et, vu les circonstances, il est impossible de trouver mieux. J'ai exhorté tous ceux avec qui je suis en correspondance à tout faire pour emporter ce point1. »

Les élections de mai 1797 avaient en effet donné une majorité royaliste dans les deux Conseils. La lutte allait commencer entre le pouvoir législatif et le Directoire : la conduite trèsconstitutionnelle que celui-ci avait toujours tenue jusqu'à ce jour laissait espérer que la révolution se dénouerait par des voies pacifiques, et aboutirait à une prompte restauration. Peut-être même les députés rovalistes acquerraient-ils une

1 Wickliam à lord Grenville, 24 mai 1797. — Voici comment un royaliste exalté appréciait la siluntion : « Le cri public est : Avons-nous un roi avec l.i paix? Non. répondent les républicains. Alors, tout le peuple crie: La guerre!*.. » C'était par trop prêter ses sentiments aux antres. — Comte de Clialus à Puisaye, 6 mai I7'.)7. Britisb Muséum, Mss., Add. 8010.

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