‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 114 sur 156 · CHAPITRE VIII. — DÉCEMBRE I796-MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — DÉCEMBRE I796-MAI

dont il était le confident de n'avoir aucune communication avec les ministres de Louis XVIII. A rapproche des élections, l'union de toutes les forces rovalistes étant indispensable, Berger consentit à correspondre avec Despommelles, mais avec lui seul, et non avec un comité.

On sait qu'à cette attitude de conciliation la cour de Blankenburg répondit par la création d'un conseil royal, « comme si Paris et le reste du royaume se fussent trouvés dans un é*nt de paix et de tranquillité, et que le Roi eût été sur son trône1» . Mais il semble qu'en prenant cette détermination, Louis XVII I ait éprouvé quelque scrupule de conscience : il ordonna au courrier porteur de l'édit de se rendre avant tout à Lausanne, auprès de l'abbé Delamarre, agent intermédiaire entre Paris et Blankenburg, que l'on autorisa à garder les papiers, s'il croyait la mesure prématurée. Le courrier, connaissant ces instructions et obéissant à quelque influence secrète, alla directement à Paris sans voir Delamarre. Mais celui-ci, dès qu'il apprit la formation du conseil, se concerta avec d'André, que ses relations avec Wickham et sa qualité de détenteur des fonds anglais rendaient influent; ils obtinrent de faire ajourner l'installation des «ministres » nommés par le roi*.

Le rapprochement de Berger et de Despommelles, malgré cet incident, fut très-avantageux à la cause royaliste. Sur l'invitation de Wickham, on calma le ton général de la polémique, pour éviter que le Directoire n'eût recours à des mesures violentes qui, par leur coïncidence avec les préliminaires de Léoben, auraient pu être funestes. Berger laissa simplement l'opinion suivre le courant qui la portait vers les modérés.

Pendant ce temps, Dumas et ses amis, n'écoutant que leur intérêt personnel et craignant un retour vers le régime terroriste à la suite des succès remportés en Italie par Bonaparte,

1 Wickbam à lord Grenville, 24 mai 1797.

2 Chevalier de Mézière à Puisaye, \\ novembre 1825. — British Muséum, Mss., Add. 8035. — Wickham à lord Grenville, 30 juin 1797.

passaient au Directoire, et lui promettaient leur appui moyennant certaines conditions : le gouvernement respecterait invariablement la Constitution; il rapporterait toutes les lois révolutionnaires; il renverrait les ministres Truguet, Merlin et Delacroix , et nommerait dans l'administration des créatures du comité Dumas. On avait parlé aussi de négocier la mise en liberté de La Fayette; mais on ne savait si le Directoire avait consenti ce point1.

La défection du groupe Dumas aurait pu amener un échec : elle privait le parti royaliste d'un appoint considérable dans les deux Conseils. Cette défection fut néanmoins plutôt utile que nuisible : l'espoir de l'alliance avec Dumas, entretenu par Carnot au sein du Directoire, empêcha celui-ci d'employer des moyens de répression que l'attitude de certains royalistes aurait justifiés. En outre, une petite fraction du comité, dans laquelle se trouvaient notamment Dumolard et Cadroy, restait attachée aux royalistes et décidée à les appuyer à la première occasion. Enfin, les déserteurs [eux-mêmes, et Dumas à leur tête, n'entendaient soutenir le Directoire que s'il était fidèle à ses engagements; or le Directoire était prêta exécuter le traité en ce qui concernait le rappel des lois révolutionnaires, mais non pas dans ses autres parties, et il s'efforçait déjà de jeter le ridicule sur Dumas, qu'il prétendait avoir complètement exploité. A la faveur de ces diverses circonstances, la vénalité des membres des Conseils permettait de former une faction puissante.

Mais une difficulté grave se présentait : il fallait de l'argent beaucoup d'argent, environ 250,000 francs par mois, cinq fois autant à un moment donné, soudainement peut-être. A qui demander ces sommes? A l'Angleterre? Le parti constitutionnel était plein de préventions contre elle : il cherchait à réunir contre la Grande-Bretagne toutes les puissances maritimes; Lameth, Dumas conseillaient ouvertement cette politique au

1 Wickliam à lord Grenvillc, 20 mai 1707.

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