‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 137 sur 156 · CHAPITRE X. — DECEMBRE 1797-DÉCEMBRE 17!>9. STÔ · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — DECEMBRE 1797-DÉCEMBRE 17!>9. STÔ

ville autorisa Wickham « à prendre tous engagements pour toutes sommes quelconques en vue de s'assurer 1rs services

de Masséna soit pour rétablir la royauté, soit même sur toute autre base qu'il se montrerait disposé à accepter » . En même temps, lord Grenville envoyait à Wickham la copie d'une lettre que Monsieur avait été autorisé à écrire au\ royalistes de l'Ouest, en se déclarant prêt à étendre les avantages promis aux chouans à toutes les provinces de l'Est et du Sud. Le gouvernement anglais s'était engagé à fournir les fonds nécessaires à la solde de 70,000 royalistes de l'Ouest pendant quatre mois, sur le même pied que les troupes du Directoire, à foire plus encore, si besoin était1.

L'Angleterre préparait donc une guerre à outrance. Rien en effet ne faisait croire que la paix dût être prochaine. On attribuait aux Consuls l'intention de ne traiter qu'à des conditions hors de proportion avec les récentes défaites de la France en Italie : ils voulaient, disait-on, rétablir la république cisalpine, et confirmer le traité de Campo-Formio en sacrifiant le territoire compris entre le Mincio et l'Adda. Quant à l'Autriche, le langage tenu au quartier général de l'archiduc Charles était très-satisfaisant : on n'y croyait pas à la paix, et l'on attribuait au gouvernement consulaire des visées aussi belliqueuses que celles du Directoire :

« Le nom de Bonaparte a d'abord produit l'effet qu'on en pouvait attendre dans les circonstances actuelles (particulièrement le départ des Russes et la crainte qu'ont les Autrichiens d'être chassés de Souabe). Mais quelques jours de réflexion, les premières mesures prises par le gouvernement consulaire, et peut-être surtout les très-faibles efforts faits par l'ennemi pour pénétrer en Souabe (ce qui est une preuve convaincante de sa réelle faiblesse), ont

produit un changement total, dont le premier résultat a été

la proclamation de Son Altesse Royale aux Etats de l'Empire le 4 décembre. Son Altesse Royale a en outre déclaré fréquemment

1 Lord Grenville à Wickham, 29 novembre 1799, et Instructions de Monsieur au commissaire du Roi, 9 novembre 1799.

et ouvertement, à sa table et dans ses conversations avec ses officiers les plus intimes, qui n'ont pas manqué de répéter ses paroles, u que u la dernière révolution de Paris ne devait donner aucun espoir de « paix, que toutes les factions ont successivement parlé de paix, tout « en ne songeant qu'à la guerre, dans bespoir de captiver l'opinion; « que les nouveaux gouvernants sont absolument aussi révolutiona naires, aussi ambitieux et aussi insolents que les anciens et ne doiu vent pas inspirer plus de confiance; qu'ils doivent leur pouvoir (i à la continuation de la guerre, et que le désir de poursuivre les « bostilités apparaît déjà dans tous leurs écrits et discours, ainsi « que dans les mesures qu'ils prennent, malgré leurs efforts pour « le cacber ' »

Wickham peinait que le Consulat aurait plus de ressources pécuniaires que le Directoire, sans cependant en avoir jamais beaucoup; en fait d'hommes, il y en avait 220,000 sous les drapeaux, et Ton arriverait peut-être à en réunir 300,000. A n'en pas douter, les alliés pourraient aisément triompher de la France. Résumant la situation créée par le 18 brumaire, Wickham considérait les Consuls comme condamnés à perdre leur popularité, soit en échouant dans les négociations de paix, soit en recourant à des mesures révolutionnaires pour se procurer les ressources nécessaires à la lutte :

« Il semble possible que la guerre soit conduite avec plus de talent et d'énergie... et que l'on obtienne de nouvelles ressources et en hommes et en argent,... que les consuls aient, pour un temps donné, une grande part de la confiance publique et par conséquent de la force publique; mais cette révolution n'est en fait que la substitution d'une faction à une autre avec les mêmes principes que celle, qu'elle a remplacée; il sera difficile, sinon impossible, au généra] Bonaparte de gouverner entre les royalistes et les Jacobins; la crainte des premiers l'amènera à prendre des mesures qui, ayant l'apparence de protéger les seconds, détruiront sa popularité; le même résultat se produira sises efforts pour obtenir la paix ne réussissent pas, et il ne saurait continuer la guerre sans avoir

1 Wi< kli.-ini à lord Grenville, Au<jsbourg, 13 décembre 1799. — Reçu à Londres le 27 janvier 1800.

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