‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 136 sur 156 · CHAPITRE X. — DECEMBRE 1797-DECEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — DECEMBRE 1797-DECEMBRE

douté par Lyon que ce plan s'exécuterait. La Russie avait appelé l'attention du cabinet de Saint-James sur certaines négociations secrètes entamées avec le directeur Barras; tout en indiquant son peu de foi dans l'emploi de semblables moyens, Grenville laissait à Wickham le soin de décider s'il y avait lieu de suivre l'affaire et de quelle manière '.

Plus tard, Wickham ayant été chargé de lever des troupes suisses aux frais de l'Angleterre, lord Grenville lui envoya un officier anglais pour commander ces troupes, laissant entrevoir qu'à cet officier succéderait peut-être un jour le comte d'Artois lui-même, que Ton maintiendrait d'ailleurs sous les ordres de Souwarow 2.

On voit par ces quelques exemples le nouveau plan de l'Angleterre : il se réduisait à ne se servir des royalistes qu'après que le succès des alliés aurait été assuré; alors, mais alors seulement, on travaillerait ouvertement avec les princes à la restauration monarcbique. On ne peut donc reprocher au gouvernement britannique d'avoir cherché à écarter les royalistes dans un intérêt mesquin et personnel; à une certaine époque, il avait agi sans les princes, mais pour eux; maintenant, il étendait ce principe de conduite à tout le parti. Disposé à le faire profiter des résultats de la campagne, il voulait être seul avec ses alliés à préparer le succès; mais il n'hésitait pas un instant dans le choix du roi qu'il destinait à la France : Louis XVIII seul avait ses faveurs.

Celte nouvelle politique resta dans le domaine de la théorie. La victoire de Masséna à Zurich enleva encore une fois à la coalition tout espoir d'envahir la France; les papiers de Korsakow, parmi lesquels se trouvaient la correspondance de Pichegru et les pièces de la négociation Barras, tombèrent aux mains des républicains 3.

1 Sur cette négociation très-obscure, on peut consulter Faucue-Bopel Mémoires, II, p. 218-239 et 253-334.

* 23 août 1799. 3 Wickham à lord Grenville, 2 octobre 1799.

La France put porter des renforts en Hollande et força Far niée anglo-russe à quitter le continent '. Le 22 octobre, Whitworth écrivait à lord Grenville que le Gzar était trèsabattu par les revers de son armée et qu'il se défiait de l'Autriche; le 27, Alexandre Ier retira en effet son concours à cette puissance; le 28 novembre, il renonça à toute participation à la coalition; le 3 décembre, il revint sur cette détermination; Je 24, il changea de nouveau d'avis, voulant se retirer définitivement.

Grâce à toutes ces fluctuations du cabinet de Saint-Pétersbourg, l'Angleterre se retrouvait dans la situation où elle avait été de 1705 à 1797 : elle ne pouvait plus compter sur l'armée russe pour tenii en respect Vienne et Berlin ; rejetée entre les bras de l'Autriche, un retour aux anciens errements dan» ses rapports avec les royalistes était tout indiqué. Si la situation générale de l'Europe avait été profondément modifiée par la bataille de Zurich, le coup d Etat du 18 brumaire venait encore de changer radicalement les conditions dans lesquelles pouvait s'opérer une restauration monarchique ; à un gouvernement trop faible, trop soucieux peut-être de la légalité pour une époque révolutionnaire, avait succédé une autorité militaire et despotique contre laquelle on était amené à employer les mêmes armes qui avaient servi contre la Convention.

Il v eut d'abord un instant d'hésitation. Bonaparte serait-il un Cromwell <>u un Monck? On ne tarda pas à discerner sa véritable ambition, mais on crut à Londres que le 18 brumaire n'avait pasrencontré l'approbation des provinces, encore moins celle de larmée; d'après tous les renseignements reçus de Paris, le nouveau parti dirigeant craignait surtout Masséna, dont la gloire, si récemment et si justement établie à Zurich, pou vait s'effaroucher de se voir si tôt éclipsée. La pensée vint donc au cabinet britannique de sonder ce général; lord Gren-

1 L"iil Grenville I Whitworth, 15 octobre 1799. — Le 23 juin, le Czar ava t consenti a envoyer 20,090 hommes en Hollande.

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