CHAPITRE XI
Projets d'insurrection dans le Midi. — Hésitations de l'Autriche. — L'armée de Condé passe à la solde de l'Angleterre. — Paix de Lunéville. — Fin de la mission de Wickham.
(Décembre J799 —juin 1801.)
Malgré la bataille de Zurich, Wickham réussit à renouer ses relations avec les royalistes de l'intérieur ; l'archiduc Charles favorisait cette correspondance et y prenait le plus grand intérêt1. Dans le Midi, les agents furent principalement invités à encourager la désertion des soldats républicains d'Italie et à former les transfuges en compagnies prêtes à se rassembler au premier jour. Le général Willot se mettrait à leur tête; il s'établirait à Turin en février 1800, serait à Marseille le 1er mars, et se déclarerait du 15 au 20. Déjà l'on envoyait un à un les officiers nécessaires au soulèvement.
A Lyon, mêmes dispositions, mais avec moins d'effet : le gouvernement s'y montrait très-défiant, et bon nombre d'émigrés étaient peu sûrs. Toutefois, les points de concentration avaient été fixés à Mende dans le Yivarais, et au sud de Moulins; Précy devait prendre le commandement.
En Franche-Comté enfin, rien ne put être fait, les derniers événements ayant terrifié tous ceux qui avaient promis leur concours à Pichegru ; le pays était occupé par les troupes républicaines, et il était impossible de trouver un lieu de réunion convenable. Aussi pensa-t-onà constituer un corps de dé- -f i leurs derrière l'armée autrichienne; mais Thugut s'y refusa,
1 Wickham à lord Grenville, 25 décembre 1799.
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alléguant que ce mélange de troupes étrangères altérerait la discipline et la perfection des corps impériaux1. En réalité, il craignait de voir sa liberté entravée, si Ton pénétrait en France, car il avait été question de donner le commandement des déserteurs au comte d'Artois. Wickham renonça donc à ce plan pour ne pas offenser la cour de Vienne clans un moment où l'union était si indispensable. 11 ne pouvait plus que réunir quelques groupes en Savoie. On y envoya effectivement des officiers, mais il était impossible de se trouver prêt à temps. Par la faute de l'Autriche, l'un des deux points où l'on devait faire diversion à l'action principale engagée par Willot était donc absolument abandonné. En vue de compenser cette faute. Willot demanda l'appui de la flotte anglaise de la Méditerranée; et, comme il était possible que les corps suisses entrassent en France, il se joignit à Picbegru pour réclamer que la direction de ces corps et celle des royalistes du Midi fût confiée au comte d'Artois.
Alors se posa une question bien souvent discutée et toujours laissée sans solution : quel genre de proclamation conviendraitil d'adresser à la France? Mieux valait laisser la question de la restauration dans l'ombre et n'insister que sur le désintéressement des puissances :
« En ce qui concerne le manifeste qu'il conviendrait de faire faire par les alliés à leur entrée sur le territoire français, ces officiers [Précy, Pichegru, Willot] croient qu'il n'est pas nécessaire, quoique cela soit certainement désirable, de parler an premier moment du Roi et de la restauration de la monarchie, pourvu qu'ils soient autorisés à assurer à leurs partisans que, le jour où une province ou quelque vaste étendue du pays sera entièrement aux mains de l'armée royaliste avec un prince du sang à sa tête, les alliés traiteront avec cette province comme faisant partie de la monarchie et reconnaîtront le souverain légitime.
« Us désirent que le manifeste, renonçant clairement à toute idée de conquête, expose que les intentions des alliés se bornent
1 Lord Minto à Wickham, Vienne, 14 décembre 1790.
iJSO L'ANGLETERRE ET L'EMIGRATION FRANÇAISE.
à vouloir si' garantir contre l'agression injuste d'un gouvernement ambitieux et turbulent, à rendre la paix à l'Europe, et à donner au peuple français le moyen de faire connaître ses véritables sentiments sur le compte des usurpateurs actuels1 n
La proclamation offrirait protection aux habitants; dans chaque ville, on publierait que l'occupation cesserait à la paix.
« Très-heureusement, il ne se rencontre rien dans ce manifeste à quoi M. Tbugut objecte maintenant, et... je n'hésite pas à déclarer qu'il est probable de lui voir produire l'effet désiré avant la conquête d'une province française, mieux que ne le ferait une déclaration ouverte eu faveur de la royauté, déclaration qui aurait toujours plus ou moins l'apparence de dicter à la France la forme de gouvernement qu'elle devra adopter* »
Il suffit de comparer ce canevas de proclamation au manifeste du duc de Brunswick pour voir combien l'esprit du parti royaliste s'était peu à peu modifié à son insu. On voulait maintenant éviter jusqu'à la moindre apparence d'imposer la royauté à la France : c'était reconnaître implicitement que le peuple avait le droit de choisir son gouvernement, puisque le droit du souverain légitime ne lui était pas tellement supérieur qu'il excusât l'emploi d'une force étrangère pour s'affirmer.
Le rapport de Wickham sur les préparatifs accomplis en France ne parvint à Londres que le 27 janvier 1800. Dans le courant de ce même mois de janvier, le Premier Consul fit à deux reprises des offres de paix à l'Angleterre, qui deux fois les déclina. Le 1 1 février, lord Grenville adressa à Wickham ses dernières instructions.
Le cabinet britannique approuvait dans toutes ses parties la conduite de son ambassadeur. Il allait donner l'ordre à la flotte d'appuyer Wil lot : un corps de débarquement de 15,000 à
1 Wickham à lord Grenville, Aogsbourg, 25 décembre 1799. — lieçu à Londres le 27 janvier ISOf).
* \\ ic kli.im .'i lord Grenville, Augsbourg, 2.*) décembre 1799. — Reçu à "Londre* le 27 janvier 1800.