‹ L'Angleterre et l'emigration française de 1794 à 1801Chapitre 140 sur 156 · CHAPITRE XI — DÉCEMBRE I1H9-JUIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI — DÉCEMBRE I1H9-JUIN

40,000 hommes, commandé par le lieutenant général Stuart, serait envoyé sans retard. Quant au comte d'Artois, il hésitait à partir pour le Midi :

« Le désir du comte d'Artois étaitde se rendre dans les provinces de l'Ouest, si l'état des affaires nous avait permis de donner à l'insurrection quelque consistance en lui adjoignant un corps régulier. Mais, malgré tous ses efforts et ceux du gouvernement de Sa Majesté, le mouvement a éclaté à l'époque la plus défavorable à un secours de cette espèce, et il y a trop de raisons de craindre que les forces des insurgés seront dispersées, et leur courage, sinon détruit, du moins considérablement refroidi, avant l'ouverture de la campagne du Rhin. Si l'occasion se présente de renouveler la tentative quand les armées républicaines seront occupées autre part, aucun effort ne sera négligé pour en profiter' »

Si cependant Monsieur se décidait à rejoindre Willot, le duc de Berry irait en Bretagne. Pour la proclamation, elle devait s'inspirer autant que possible du langage tenu par Sa Majesté Britannique dans sa réponse à la lettre du Premier Consul. Toutes les places seraient prises et gardées au nom du seul roi de France. Enfin, lord Grenville ouvrait à Wickham un crédit de 12,500,000 francs et lui donnait, ainsi qu'à lord Minto, ambassadeur à Vienne, de pleins pouvoirs pour traiter avec l'Empire et avec tout prince ou État de l'Empire prêt à fournir des troupes et à travailler contre l'ennemi commun2.

Ces instructions, dont l'application entraînait une reprise générale des hostilités, n'arrivèrent à Wickham que le 24 mars. Si le plan primitif avait été exécuté, l'insurrection eût dû régner à celte époque dans les provinces du Sud et de l'Est; mais de nombreux retards s'étaient produits.

Avant même d'avoir reçu les dernières ordres de lord Grenville, Wickham avait mis à la disposition des agents de Louis XVIII, de Précy et de Willot une somme de 2,500,000 fr.

1 Lord Grenville à Wickham, 11 février 1800.

' Wickham négocia dans ce sens avec la Bavière, le Wurtemberg et l'électorat de Mayence.

Mais l'effet salutaire que Fou pouvait attendre de l'ouverture de ce crédit fut paralysé : les Russes battirent définitivement en retraite; trois chefs des insurgés de l'Ouest, Scépeaux, d'Andigné et d'Autichamp, conclurent la paix (janvier 1800).

Ces deux événements firent très-mauvaise impression sur les rovalistes du Midi. Wickham ne changea cependant rien à son plan. Il manquait en effet de renseignements exacts sur la situation des provinces de l'Ouest comme sur les intentions de sa cour à leur égard; et, si on laissait échapper l'occasion présente sur de simples rumeurs, il serait difficile de remettre les choses en l'état dans le cours de la campagne. Le corps de Willot servirait en tout cas décentre de ralliement soit aux Piémontais, soit aux royalistes : le conseil aulique avait donné au général commandant en Italie l'ordre de l'appuyer de tout son pouvoir; on obtiendrait donc ainsi une diversion qui profiterait tant à l'armée autrichienne d'Italie qu'à celle d'^AIlemagne, contre laquelle de nombreux renforts républicains avaient été envoyés. Willot reçut de Wickham l'ordre de partir pour Turin1.

Mais déjà le caractère de l'entreprise est totalement modifié. Il n'est plus question de reconstituer un parti puissant dans le Midi. On a espéré un instant d'unir Willot aux insurgés de l'Ouest en soulevant tout le pays de Bordeaux à Toulouse; tout était prêt, et Pichegru eût pris le commandement. Désormais, on n'y doit plus guère songer, et si Pichegru en parle encore, c'est pour combiner ce soulèvement avec une descente anglaise sur Bordeaux; en attendant, il se contentera de rejoindre Willot. En Franche-Comté, rien à faire. Quant à Lyon, on y prépare les choses, mais seulement pour le cas où Willot réussira à s'établir dans les montagnes de Provence et du Dauphiné. Le vaste système d'insurrection que l'on a rêvé se réduit donc, avant même que rien soit commencé, à un mouvement tout local, à une diversion partielle,

1 Wickham à lord Grenville, 28 février 1800.

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