‹ L'Angleterre et l'impérialisme: Avec 1 ct. en couleur hors texteChapitre 102 sur 143 · Anniial Séries, n · texte numérisé non relu

Anniial Séries, n

LE RATIONALISME ALLÈMAN1> 29S

périié à TEmpire, c*esi-à-dire à Funité, à Torganisation militaire et à la protection? Car ce sont là, pour les impérialistes anglais, les trois caractères essentiels de l'Empire, Impérial Fédération^ Impérial Defence^ Pair Irade^ Fédération constitutionnelle, Contribution militaire, ZoUverein protecteur. L'attaché commercial à Berlin, M. J.-A. Crowe, disait devant la grande Commission d'enquête en 1885 * :

Quand rAUemagne, en 1866, devint une nation confédérée, elle prit conscience qu'elle était une nation, et elle sembla prendre aussi la résolution de faire bien les choses qu'elle n'avait pas encore faites. Elle voulut fonder des usines. Elle voulut avoir sa voix dans le monde commercial aussi bien que politique. 1870 grandit encore ces sentiments, qui depuis n'ont jamais cessé. La politique coloniale aile* mande n'est qu'un résultat de ce même sentiment national, qui veut prouver au monde que l'Allemagne est bien une grande nation capable de fabriquer et d'exporter.

L'unité nationale a certainement amené la prospé* rite allemande. Du moins, elle l'a rendue possible, d'abord en permettant au peuple d'y songer : tant que le peuple allemand n'eut pas son Empire, il fut incapable d'autre souci. De 1804 à 1866, l'unité nationale pendant soixante ans occupa toutes ses pensées. Il ne put rêver et combiner que préparatifs politiques ou militaires. En 1870, l'Empire réalisé rendit leur place à d'autres ambitions qu'avait connues l'Allemagne d'autrefois : l'Allemagne hanséatique et des villes libres, l'Allemagne trafiquante reparut derrière l'Allemagne impérialiste. C'est indubitablement parce que l'Empire ne hantait plus ses jours et ses nuits, qu'elle put se remettre aux affaires, -^ première leçon

l. Blue Blook, G-4621, p. 65.

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que pourraient méditer les impérialistes anglais... Et TAUemagne hanséatique ne reparut qu'aux dépens de TAllemagne impérialiste. Car TEmpire pangermanique n*est pas encore réalisé : tous les peuples de langue et de race allemandes ne sont pas enclos dans les frontières impériales. L'Allemagne actuelle songet-elle sérieusement à les incorporer? Qui formule aujourd'hui les revendications pangermanisles de la « Plus Grande » Allemagne? De temps à autre, quelque vieil unitaire de 1848, quelque docteur-professeur attardé aux conceptions moyenâgeuses ou romaines. Mais TAllemagne traGquante s'en est détournée, comme si la vie d'un peuple ne pouvait contenir à la fois le Commerce et TEmpire. Alors, que signifient les belles formules de J. Chamberlain : « L'Empire, c'est le commerce. Empire is Commerce » ? L'unité nationale fut, il est vrai, d'un autre secours pour la prospérité matérielle. Les succès nationaux, les victoires sur l'Autriche et sur la France, réveillèrent dans le peuple l'orgueil de race, la confiance en la valeur de tous et de chacun, le sûr espoir que désormais tout leur était possible, et la volonté de faire des choses que l'Allemagne émiettée ne faisait pas ou ne faisait plus. Industriels ou commerciaux, pour tous les succès de ce monde, un peu de confiance en soi est nécessaire, et les Allemands de 1860 en manquaient vraiment trop. Mais l'Angleterre de 1900 en a-t-elle aussi sûrement besoin? L'affaire du Transvaal ne prouverait-elle pas que.trop de confiance est également fatal? Ne voit-on pas qu'en somme, tout ce que l'unité a valu aux Allemands, les Anglo- Saxons le possèdent déjà en surabondance? L'unité, d'ailleurs, n'a pas causé vraiment la prospérité germanique : elle n'a fait que la rendre possible.

Serait-ce dans la force militaire, autre forme du rêve impérial, qu'il faudrait chercher cette vraie cause?

L'Angleterre commerçante a contre le militarisme une méfiance qui lui rendra longtemps encore inacceptable le service obligatoire. Si cette méfiance pouvait être calmée par les prédications de lord Rosebery * et des docteurs en jingoisme, il devrait suffire aux travailleurs anglais de méditer l'exemple d'un autre voisin : ils peuvent, sans grands renforts de statistiques, constater le dépérissement continu du commerce français, depuis trente ans que, pour assurer la défense quotidienne et l'avenir de la vie nationale, nous avons dû endosser le fardeau des charges militaires. Ce commerce fut autrefois énergique et répandu : qu'en restera-t-il avant peu, si des mesures ne sont prises pour concilier ses intérêts avec les nécessités de la défense? L'Empire allemand, depuis 1870, a subi sans doute la nécessité de rester armé et de défendre sa vie; mais il n'a pas donné toutes ses pensées et toutes ses ambitions aux préparatifs et aux rêves de guerre. Il a songé à maintenir aussi les effectifs des armées de la paix : il a toujours été le premier à diminuer l'étendue et la durée du service effectif. Ici encore, l'Allemagne des affaires a fait entendre sa voix : elle a, gagnant befiucoup d'argent, consenti à payer tout ce que son armée exigeait ; mais elle a strictement limité les forces, les initiatives, les volontés et, surtout, les années employées au service des armes. Publiquement, la guerrière d'autrefois a répudié tout désir de conquête. Elle a proclamé ses désirs dé paix. Ses intentions pacifiques, elle a pu ne pas les imposer encore à la créance européenne; elle

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