‹ L'Angleterre et l'impérialisme: Avec 1 ct. en couleur hors texteChapitre 101 sur 143 · Annual Setnes^ n · texte numérisé non relu

Annual Setnes^ n

a. Annual Séries, n* 2312.

LE RAtlONALISME ALLEiMAND 293

il y a vingt ans, et qui reviendrait les étudier aujourd'hui, ou, plus simplement encore, un voyageur qui aurait visité les villes allemandes vers 1860 et qui les reverrait aujourd'hui, serait étonné des énormes changements. La plupart des villes ont été plus richement et plus artistement reconstruites; toutes ont à montrer quelque nouvelle rue, quelques nouveaux quartiers, quelques grands palais d'affaires. Allemagne du Nord et Allemagne du Sud, c'est partout la même preuve des gigantesques efforts pour aller de Tavant, partout la même ambition d'évincer les compétiteurs. La population, en moins de treize ans, a augmenté de six ou sept millions d'individus, dont quinze cent mille h peine sont allés à l'agriculture. Les champs monopolisés par les féodaux ne peuvent pas nourrir une population beaucoup plus forte et l'utilisation des machines agricoles empêche de ce côté Taugmentation de la main-d'œuvre. C'est le commerce et l'industrie qui ont nourri le surplus, soit environ 1 500 000 individus pour le commerce, et plus de quatre millions pour les industries de toutes sortes. Le mouvement des chemins de fer, les dividendes des grandes compagnies , le nombre des entreprises nouvelles , tout accuse la même marche ascendante. Un tableau des cinquante-deux sociétés sidérurgiques et houillères les plus importantes montre leurs dividendes passer de 5,45 p. 100 en 1894, à 7,59 p. 100 en 1895. à 10,68 p. 100 en 1897. La production de charbon était de 35 millions de tonnes en 1869 : elle dépasse 115 millions aujourd'hui. Celle de fonte n'était pas de 1 500 000 tonnes en 1869 ; elle dépasse neuf millions aujourd'hui. Au cours de 1897, 254 compagnies mettaient en œuvre un capital total de 380 miUions de marcs, au lieu de 182 compagnies seulement en 1896, au capital de 270 millions, et de 92 compagnies en 1894, au capital de 88 millions. Les banques allemandes syndiquées ont conquis un grand nombre de places étrangères et entrepris au dehors toute une série de grands travaux : les voyages de l'empereur Guillaume en Turquie ont tourné un grand nombre de capitaux vers les entreprises d'Asie Mineure.

Je commençais mon rapport sur l'Allemagne en 1897 en

204 l'anolbterbb et l'impArialisbie

disant que cette année avait été au plus haut point un grand succès et que a toutes cheminées fumantes » pourrait être sa devise. L*année 1898 mérite les mêmes notes, mais un peu meilleures encore. Mines, houillères, usines, bureaux, tous ont eu plus d*a(Taires que jamais. La confiance générale n'a fait qu'augmenter. Le temps est loin où, dans son rapport sur TExposition de Philadelphie (1876), le professeur Beuleaux déclarait que rAllemagne ne pouvait produire que de la mauvaise camelote à bon marché, cheap and 6ad. A coup sûr, dans le concert de louanges d'aujourd'hui, il y a de l'exagération, comme il y en avait dans le verdict du professeur Reuleaux. Mais, tout en se gardant de glorifier l'industrie allemande aux dépens de l'industrie britannique, l'Angleterre peut, sans réserves, croire au succès de l'Allemagne >;

England may unveservedly admit Germany's success. Nous avons là un témoin autorisé, désintéressé, mis en garde et mettant en garde contre toute exagération, — one ought to he on one's guard against glorifying Germany at the expense of Briiish industry : — voilà donc la réponse à noire première question. Tous les autres consuls anglais parlent de même. Celui de Berlin conclut : « Ce serait une absurdité et une duperie de croire à un arrêt du commerce allemand ou de mépriser ce rival comme un compétiteur indigne du commerce britannique *. »

Donc TAllemagne est prospère. Sa prospérité, qui peut devenir un danger pour le commerce anglais, date de vingt-cinq ans environ. Elle est postérieure à TEmpire. Elle n'a grandi que sous lui. N'a-t-elle grandi que par lui? L'Allemagne doit-elle cette pros-

Page 1