National Review, avril
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Laboratoire, atelier ou bibliothèque, plume, microscope ou marteau, chacun à sa place et avec son outil concourt à Toeuvre commune, au développement pacifique do toutes les richesses nationales. A cette con- ![uête scientifique de la fortune, TAllemagne apporte es mêmes qualités de consciencieuse précision, de minutieuse recherche, de désintéressement individuel et de travail jamais découragé, que jadis ses docteurs en us apportaient à Tétude du moyen âge ou de l'antiquité : « Il n'y a pas de détails, si insignifiants qu'ils soient, que Ton n'étudie pour atteindre un but proposé. 11 n'y a pas de peine, si grande soit-elle, que l'on ne prenne pour se rendre maître des moindres minuties. Dans toutes les branches de commerce ou d'industrie accaparées par eux, c'est toujours quelque découverte scientifique qui a fait leur succès; mais ce n'est pas la chance du hasard, ce ne sont même pas les trouvailles du génie qui les conduisent à ces découvertes. Car aucune de leurs inventions n'a été ni géniale ni énorme. C'est une masse de toutes petites innovations, beaucoup plus qu'une grande révolution, qu'ils ont apportées aussi bien dans la production que dans la distribution de leurs articles*. » La seule méthode scientifique, c'est-à-dire la patiente expérience et la rationnelle généralisation, a tout fait.
Si pour l'industrie on voulait trois exemples typi-
1. Miscellaneous Séries, n° 490 : Tfiere is no doubt whatever that in compeliny rvith other nations it fias been rather in conséquence of a mass of small innovations than hy great changes that they hâve succeeded; — cf. Annual Séries^ n* 1828 : Germany^s graduai lise in the industrial world and the foreign commeive is due not so much to any great changes, improvements or altérations, but io a mass of small variations, innovations and modifications in their methods of dealing mth industrial and commercial questions.
ques, on n'aurait qu'à étudier comment ils ont procédé pour le sucre, la houille et Tacier. Ils ont toujours commencé par se mettre à Técole chez les meilleurs spécialistes. La France, ayant inventé le sucre de betterave, était devenue la première puissance sucrière du monde : en 1870 elle détenait encore le 'monopole. L'Allemagne alors se met à l'œuvre. Elle constate, après examen et comparaison des cultures françaises, qu'elle possède, comme la France du Nord, un sol et un climat favorables dans le voisinage de ses houillères. Mais son sol est moins fertile; son climat est sensiblement plus rude. La lutte contre les Français va donc être très inégale. Dès 1882 pourtant, les sucriers français commencent à crier misère: les sucres allemands pénètrent jusque sur le marché français. L'enquête ouverte par le parlement français établit quels procédés ont donné aux Allemands cet4,e rapide victoire : la betterave allemande rend en sucre 12 0/0 de son poids; les planteurs français déclarent ne pouvoir dépasser 7 0/0. C'est que, depuis dix ans, les Allemands ont scientifiquement transformé toute l'agriculture :
Le fermier allemand a eu contre lui la même crise agricole que ses confrères du Continent ou du Royaume-Uni. Mais grâce à sa parfaite éducation, by means of his thorough éducation (c'est le mot qui revient à toutes les pages de ces rapports consulaires : thorough, thoroughness), appuyé sur la science, il est toujours allé de Tavant. Il a appris à augmenter ses récoltes et ses revenus à mesure que les prix baissaient. C'est la science qui, dans toutes les branches de Tagriculture, est venue à son aide : la science lui a enseigné à nourrir son bétail, à nourrir ses plantes, à combiner ses engrais chimiques, à choisir ses assolements, etc. Une des plus sages mesures pour les progrès de cette science agricole a été la fondation d'enseignements agri-
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coles dans toutes les yieilles universités. Le succès des Allemands, ici comme ailleurs, est toujours dû à un entraînement parfait et à un enseignement élevé, to a thorough training and high-^clnss teaching ^
Les Allemands ont donc appliqué à la betterave les méthodes scientifiques. Par une culture rationnelle et par une sélection continue, ils ont éliminé les espèces qui rendaient peu en sucre. Double et triple économie dans le travail : sol moins épuisé d'une part, — car sa fatigue est en raison du poids brut produit et non de la teneur sucrière; — diminution de main-d*œuvre, d'autre part, aussi bien pour la culture et Tarrachage que pour la manutention indus* trielle. Ajoutez un emploi scientifique d'engrais chimiques très reconstituants et un établissement rationnel d'assolements convenables : la betterave en est encore améliorée et, malgré la culture intensive, le sol ne s'épuise jamais. Ajoutez un très simple calcul : les parties inférieures de la racine valent seules la peine d'être traitées pour le sucre; le reste doit aller à l'alambic pour l'alcool. Ajoutez enfin un procédé scientifique d'épuiser les mélasses... Après douze ans à peine de concurrence allemande, la France, inventrice de la betterave, est dépouillée du bénéfice de son invention. Sa loi de 1884 sur les sucres lui est dictée par l'Allemagne scientifique, reine désormais du sucre et reine, par surcroît, de l'alcool. Car la betterave est allée, pour une part, à l'alambic et elle a demandé comme meilleure compagne d'assolement la pomme de terre, que l'Allemagne des laboratoires s'est mise aussi à distiller.
Paut-il exposer comment cet alcool à son tour