‹ L'Angleterre et l'impérialisme: Avec 1 ct. en couleur hors texteChapitre 123 sur 143 · Miscellaneous Séries, n · texte numérisé non relu

Miscellaneous Séries, n

qu'il n*a pas à leur fournir ce qu'ils désirent. A moins que nous nous préparions à lutter contre nos rivaux avec leurs propres armes, avec la même méthode, avec le même esprit d'entreprise et d'inlassable persévérance, à moins que nous ne mettions une bonne fois de côté la pensée que nous sommes supérieurs à tous, j'ai bien peur que nos fils n'aient à payer chèrement notre manque d'efforts et nos courtes

vues

Consul de Cherbourg. — On m'envoie des prospectus en anglais et rien qu'en anglais. Il est à peiné croyable — c'est pourtant un fait — que je voie arriver ici des commis voyageurs pour machines agricoles, qui par conséquent doivent s'adresser à la classe paysanne et qui pourtant ne parlent et ne comprennent pas uu mot de français. N'est-ce pas à notre déplorable négligence des langues étrangères, à notre manque de culture scientifique que les clerks allemands ont dû tout leur succès ?

Consul de Naples. — C'est une pitié de voir nos représentants de commerce remorqués le long des rues par un interprète, alors que leurs confrères allemands parlent couramment l'italien, et, pis encore, de voir toutes nos marchandises cataloguées en mesures et en monnaies anglaises : c'est du sanscrit pour nos Italiens...

Consul de Lourenzo Marques. — Les Allemands envoient ici et au Transvaal, outre de nombreux représentants parlant portugais et hollandais, des catalogues en hollandais et en portugais. Le commerce anglais, dans cette colonie portugaise, envoie des catalogues en espagnol, et ces catalogues n'arrivent encore que par la grâce de la poste, plus forte en géographie que l'envoyeur; car ces catalogues portent, comme seule adresse, Lourenzo Marques, Portugal..,

Consul de San Francisco, — Voici un bel exemple de l'indolence britannique. 11 y dix ans, tout le ciment pour ]a côte Pacifique venait d'Angleterre. Quand parurent les ciments belge et allemand, les correspondants anglais d'ici prévinrent leurs maisons du danger : les maisons répondirent que jamais les ciments étrangers ne pourraient rivaliser avec les

i. Annual Séries, n»« 2013, 2119, 1815.

cimenls anglais, et elles maintinrent leurs prix et leurs vieux errements. Aujourd'hui, tout le ciment vient de Belgique ou d'Allemagne...

Consul de Shang-Haï, — L'une des raisons du succès de nos concurrents en Chine est certain préjugé britannique sur les commerces qu'il est plus ou moins distingué de faire. En Angleterre, le brasseur tient un rang social plus élevé que le mercier ou l'épicier. En Chine, c'est le thé et la soie qui font l'aristocratie commerciale : nos nationaux daignent s'occuper de ces commerces. Mais tenir les autres articles, pour eux, c'est déroger. Et ces autres articles vont à nos concurrents '.

Gouverneur des Bahamas. — Les Américains viennent étudier notre place et faire connaissance avec les marchands et les besoins locaux. L'Anglais n'a plus l'air de savoir ce qu'est le commerce, the English merchant appears to be ignorant of trade. Chacun de ses envois prouve cette ignorance : nous recevons à chaque courrier des marchandises tout à fait invendables, sans utilité pour nos climats et pour notre consommation.

Gouverneur du Queensland. — Il est regrettable, sans doute, de voir le commerce anglais chassé de ses propres marchés coloniaux. Mais je ne puis m'empécher de dire que c'est sa faute et qu'il n'a jamais voulu étudier les besoins de sa clientèle. Nous ne pourrons pas lutter tant que nos industriels attacheront tout leur conservatisme aux vieux modèles et aux vieux produits.

Gouverneur de la South Auslralia. — Les systèmes d'éducation continentale, pour l'enseignement technique ou l'enseignement commercial, ont eu des efi'ets marqués. En Angleterre, on se repose sur les lauriers anciens; on continue les affaires et la fabrication suivant la vieille méthode : on est trop conservateur. On se figure que le marché colonial est acquis à jamais et l'on ne se donne plus aucune peine pour le contenter. On traite le petit client avec dédain et volontiers on lui répond : c Nous n'avons pas de temps à perdre pour les petites commandes ^. >

i, Aîinual Séries, n»' 1699, 1855, 1703, 1904, 1922, 1863. 2. Blue Bookj C-8449, p. 93, 450, 430, 477, etc.

De tous les points du globe, de la part de témoins non récusables, depuis la grande Commission Parlementaire de 1885-1886, sur la Baisse du Commerce, qui la première signala le mal, ce sont les mêmes plaintes toujours répétées. Les journaux, magazines et revues, les politiciens, économistes, essayistes et pamphlétaires, les syndicats et Chambres de Commerce ont enregistré et longuement commenté ces plaintes. Malgré quelques efforts individuels ou communs, il ne semble pas que la réforme ait été sérieusement tentée ou qu'elle ait déjà porté ses fruits. Deux péchés mortels continuent de ruiner TAngleterre industrielle et commerçante : Tignorance, d'une part, le snobisme aristocratique de Tautre. C'est Tunion de ces deux vices, disent les consuls britanniques, qui a donné à presque toute la nation sa caractéristique actuelle, « ce conservatisme des fabricants ou trafiquants qui ne savent ou ne veulent pas répondre aux besoins de leur clientèle », ce conservatisme insulaire, cette insularity^, qui « isole splendidement » TAngleterre de J. Chamberlain et qui la rend étrangère ou odieuse au reste de l'humanité, alors qu'elle ne peut vivre sans la fréquentation et la sympathie de cette humanité.

L'Angleterre en ce dernier demi-siècle a été de plus en plus ignorante, je veux dire de moins en moins soucieuse de savoir, de moins en moins sympathique aux gens de science, de plus en plus défiante des méthodes et des théories scientifiques. Uniquement guidée par

1. Annual Séries, consuls de Riga, Panama, le Pirce, etc. n" 1893, 1901 et 1958.

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rcxpérience personnelle, elle est arrivée à mettre en celle seule expérience son espoir et sa règle. La science théorique ou pratique, surtout la science livresque de tout ce qui n'était pas matter of fact, lui est restée déplaisante et inconnue. « Lire un ballot de livres ! » disait déjà Burke en haussant les épaules, et, de Burke à Balfour, la nation a toujours eu un faible pour les détracteurs du rationalisme scientifique, pour les procureurs et avocats des vieux errements, du vieil esprit, des vieilles lois et de la vieille foi. En politique, le rationalisme radical de Manchester n'a pu trouver sa voie que sous la bannière constitutionnelle, c'est-à-dire traditionnelle et empirique, de Birmingham, et ce néo-radicalisme, inclinant de plus en plus vers Fempirisme conservateur, a fait aujourd'hui de Joe Chamberlain le collègue de lord Salisbury. En affaires, industrie ou commerce, la marche a été toute pareille. Par la houille, par la vapeur, par les machines de tissage, d'extraction et de traction, par le puddlage et les procédés de traitement ou de fusion, par les grandes découvertes, le dernier siècle avait scientifiquement rénové tout le travail anglais. Cette rénovation, qui créa la fortune de l'Angleterre du fer et du coton et engloba toutes les industries, dura deux ou trois générations et n'atteignit son maximum qu'au plein épanouissement du mouvement radical vers 1830. Mais, depuis cette époque, la foi ou l'ardeur réformatrice perdit son empire sur l'ensemble de la nation. Manchester continua jusqu'à nos jour§ ses innovations incessantes, perfectionnant son outillage et ses procédés, jetant au rebut, tous les cinq ans, ses vieilles jennies et ses vieilles teintures. Birmingham s'endormait sur les vieilles tâches et se traînait dans rornièrc.

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Ne prenons qu'un exemple, mais^en"]pteiîi^Pâvs__. Noir,' dans le fief électoral de Joe Chamberlain : Thistoire des industries sidérurgiques et minières est à ce sujet d'une singulière éloquence.

Pour la houille, les Anglais sont les premiers à reconnaître que leurs admirables richesses naturelles ont été gaspillées au caprice du bénéfice immédiat* : le Continent, s'il eût agi de la même façon, serait depuis longtemps épuisé. Pour le fer, je ne fais que résumer ici l'exposé de sir Lowthian Bell, président de la British Association of the Iron Trade, devant la Commission de 1885 *. Au commencement de ce siècle, les Anglais ont en main les deux procédés nouveaux de la fonte au charban et du puddlage, et ils ont à peu près le monopole de ces deux procédés. L'Angleterre aurait donc pu dès 1815, après Waterloo, faire ce que l'Allemagne a fait après 1870, révolutionner l'industrie et le commerce, la vie du monde entier, si dès lors elle avait capté les sources et cherché les emplois de son fer, si chez elle et au dehors elle eût rationnellement étudié l'étendue de ses ressources et les besoins de ses clients. Mais, cinquante ans, elle vivote sans chercher. Chez elle, elle exploite ses minières comme elle exploite ses champs, en gentleman farmer, peu soucieux et routinier. Au dehors, elle répond aux demandes sans les provoquer, et elle y répond paresseusement. En trente ans, elle ne fait guère que tripler sa production de fonte (200000 tonnes en 1800; 678 000 en 1830) ; elle se contente d'utiliser au jour le jour les pauvres minerais qu'elle trouve mêlés à son charbon de Galles ou des Midlands.

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