‹ L'Angleterre et l'impérialisme: Avec 1 ct. en couleur hors texteChapitre 73 sur 143 · Blue Book, G-4621, p · texte numérisé non relu

Blue Book, G-4621, p

2. Annual Meeting of Manchester Chamber of Commerce, fév. 1897, discours du Président ; our rulers had long determined thaï wherever the British flag /lies, there human life should be valued and human sufferings as far as possible relieved.

élu le Continent, la Turquie, les États-Unis et Tlnde, c'est-à-dire les pays européens et les terres anglosaxonnes ou sous la domination et Tinfluence anglaises. Des quatre-vingts millions de livres sterling que représentait l'exportation globale de 1872 (filés, tissus et manufactures), l'Europe et les pays méditerranéens prenaient plus de 52 millions.

Résultat du libre-échange européen (1860-1876), cet état commercial fut bouleversé par le retour offensif du protectionnisme. Quand la vieille forteresse de la réaction, TAutriche, eut donné le signal par ses tarifs de 1877 et 1879, TAUemagne et la Russie militaires suivirent aussitôt (1879 et 1882); puis « Tesprit nouveau » en France se mit à l'œuvre; puis, sur tout le Continent, il ne fut pas un peuple grand ou petit, Italie, Espagne, Portugal, Suisse ou Grèce, qui ne voulût avoir aussi son mur de chinoiseries douanières. Les cotonnades anglaises furent chassées de l'Europe à seule fin d'enrichir quelques bandes de cotonniers, — qui d'ailleurs, en Italie comme en France, en Russie comme en Portugal, sont anglais. Car ne pouvant plus entrer ses marchandises sur le Continent à cause des tarifs protecteurs, le Lancashire entra ses capitaux, ses lanceurs d'affaires, ses ingénieurs et ses contremaîtres, et ce fut encore à lui, par cette voie détournée, que retournèrent les bénéfices les plus nets du protectionnisme. Les rapports consulaires anglais signalent partout les entreprises des Lancashire men^ en Allemagne, à Rouen, dans les Vosges, à Barcelone, à Malaga, à Oporto, mais surtout en Russie, en Pologne et en Italie, où la main-d'œuvre est abondante et bon marché et où le climat fait au coton une large clientèle» Dès 1885, les capitaux anglais,

qui travaillaient à perte dans Tltalie du Nord (canal Cavour ; travaux urbains de Milan, Florence et Turin), descendent au bord de la mer, vers les arrivages de houilles et de coton brut, et fondent autour de Gênes, de Pise et de Naples des centr.es cotonniers, sous la direction d'experienced men from Lancashire *.

Mais dans le Lancashire, les résultats de ces tarifs et de cette émigration se font sentir. Vers TAUemagne qui, en 1872, était le meilleur client, vers la Hollande, qui, par Rotterdam, était Tune des portes du marché germanique, baisse continue des cotonnades exportées de 1872 à 1892 ' :

Allemagne.... 6,2 4,4 3,3 *2,9 2,4

Hollande 2,5 2,6 2,3 2,2 2,2

Millions de livres sterling.

En 1892, le commerce allemand se crée et Hambourg offre, pour tous les ports du monde, des frets qui sont la moitié, parfois le tiers des prix exigés à Liverpool, HuU ou Londres. Car les grands armateurs anglais, les lords des docks, sont unionnistes eux aussi à leur façon; ils se sont unis en rings (cercles) et exploitent durement l'industrie nationale. Manchester trouve donc son bénéfice à accepter les services de Hambourg, qui devient l'intermédiaire entre le Lancashire et le reste du monde : les exportations de cotonnades vers Hambourg remontent aussitôt. La Hollande, qui n'importe plus que pour elle même et

1. B/ue Book, C-4621, p. 34, C-4712, p. 140 et 154; Annual Séries, n" i860, 1867, 1891, etc.

2. Pour ces chiffres et les suivants, voir Annual Statements of the Trade.

pour ses colonies, maintient au contraire son chiffre de commandes :

Allemagne 2,4 2,4 3,2 3,6

Hollande 2,2 2,5 2,1 2,3

MillioDs de livres sterliDg.

Vers la France et les pays latins, baisse continue :

France 3 1,9 1,3 1,1 0,8

Italie 2 1,8 1,9 0,7 0,3

Portugal 1 0,6 0,7 0,3 0,3

Millions de livres sterling.

Bientôt, les marchés indigènes ne leur suffisant plus, les cotonniers du Continent veulent étendre leur domaine réservé. Dans la folie de guerres coloniales, qui s'empare de l'Europe presque entière, ce sont les cotonniers qui ont la plus grosse responsabilité. Quand ils ne peuvent mettre l'État au service de leurs affaires, ils réveillent chez leurs compatriotes de rétranger les préjugés ou les goûts nationaux. D'Afrique et d'Amérique, les cotonnades anglaises sont repoussées par les colonies et les communautés latines ou germaniques :

Les cotonnades portugaises, écrit le consul anglais de Loanda, ferment notre marché aux ballots de Manchester qui doivent acquitter un droit de 250 reis par kilogramme (1 fr. 25). La colonie existe pour le bénéfice de quelques manufacturiers de la métropole, qui fauchent tout le bénéfice. Depuis 1871, on peut estimer la diminution des cotonnades anglaises dans notre port à 1 700 000 kilogrammes, qui auraient eu à payer 51 000 livres sterling à la douane... Les manufactures du royaume, écrit le consul de Lisbonne, ont travaillé nuit et jour, depuis un an, pour

satisfaire les demandes africaines : les chemises des nègres, qui jadis venaient d'Angleterre, sont aujourd'hui fabriquées en Portugal*.

Dans TAmérique du Sud, écrivent les consuls de Montévideo et de la Plata, l'émigration italienne et espagnole a transplanté les goûts et les habitudes de ces pays : on ne ' parlait pas de cotonnades italiennes il y a dix ans; elles sont en train de conquérir les marchés^ à cause de leurs couleurs voyantes et de leur conformité aux demandes des immigrants',

^ Privé de l'Europe et de ses colonies, le Lancashire se tourne vers les Amériques, et, pendant plusieurs années, il y trouve des marchés rémunérateurs. Puis là aussi le protectionnisme vient à sévir. Les États- Unis, les premiers, s'enclosent d'un tarif. Producteurs de coton brut, possesseurs de houillères, outillés d'hommes et de fer, ils pourraient être depuis un demi-siècle les rois de la cotonnade. Pourtant leur industrie textile, dans le Massachusetts et dans les États du Nord, reste d'abord languissante : c'est qu'elle est entourée et un peu étouffée d'industries rivales qui, pour le pétrole et les métaux, occupent une main-d'œuvre énorme et font monter le prix des salaires. Aussi les cotonnades anglaises, malgré le tarif, gardent d'abord la majeure partie de leur clientèle. Mais quand le rush d'émigrants et d'entreprises, parti de l'Atlantique et poussant droit devant lui vers le Fa?^ West américain, a atteint les Montagnes Rocheuses, il se produit comme un remous devant cet obstacle infranchissable, et la masse revenant en arrière descend du nord au sud, le long des fleuves et des AUeghanys, vers les houillères encore

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