B/we BooA, C-4021, p
chute constante de 1891 à 1893 : 63, 57 et 56 millions. Et depuis 1893, guerre sino-japonaise, expulsions juives de Russie, massacres arméniens, révoltes Cretoise et arabe, affaires du Transvaal et d'Abyssinie, famines indienne et russe : les exportations tombent à 57 millions en 1893, à 54,4 en 1895, à 59 en 1896. L'année 1897, — Tannée impériale où pour le jubilé de la reine-impératrice, dans Londres capitale de TEmpire, Sa Majesté promène un cortège de soldats et de premiers ministres venus du monde entier, — est le plus grand désastre que le Lancashire ait encore vu depuis la guerre de Sécession : 4 millions de tissus et manufactures, 10 millions de fils, c'est, pour une population presque doublée, le même chiffre d'exportation qu'en 1864. Vive l'Empire! En cette année 1897, l'ambition impérialiste a causé la guerre des Afridis et des Matabélés, et amené par contrecoup les empiétements russes en Chine, français à Madagascar, américains à Cuba, etc. En outre, Fégoïsme impérialiste, pour achever sans trouble sa lenle digestion de l'Egypte, n'a pas entravé la guerre turco-grecque ni le renouveau de massacres en Arménie et en Crète. Ajoutez, comme si tout voulait se mettre de la partie, la famine russe, la peste hindoue et la disette argentine. Le Lancashire se souviendra du Jubilé.
PourtanI, à travers ces sautes de fortune, il continue sa vie de travail et sa poussée d'efforts. Le mot de baisse^ dit-il, est tout à fait inexact pour les affaires du coton, « dépression » does not accurately describe the gênerai course of the coiton trade *. Et les chiffres sont là pour vérifier ce mot. Qu'on laisse
i.Blue Book, &4621, p. 101.
même de côté, dans le calcul des bénéfices, Ténorme stock de cotonnades empilées aux dépôts du royaume ou consommées bon an mal an par le public des deux îles (aucun chiffre certain n'en peut être donné ; mais la consommation annuelle de quarante millions d'Anglais est certainement énorme). Que Ton prenne seulement la valeur des exportations en fils et tissus depuis trente ans et que Ton mette en regard la valeur des importations de coton brut : la différence nous donnera la plus grosse part, mais une pari seulement des bénéfices bruts du Lancashire. Or il apparaît que ces bénéfices depuis trente ans n'ont pas baissé, tout au contraire :
Valeur Bënéâces Moyenne Valeur du coton brut : des exportations : bruts des années. Importé. Réexporté. Consommé. Fils. Cotons, sur la seulo — — • — — — — exportât.
(En millions de livres sterling.)
La consommation du coton brut dans le Lancashire loin de diminuer, s'est maintenue et même, jusqu'en 1892, a monté :
Poids du coton 1867 1872 1877 1882 1887 1892
consommé. — — — — — —
millions de livres. 912 1135 1185 1519 1498 1812
Si de 1892 à 1897 elle a fléchi, les causes passagères de cette baisse ne doivent pas être cherchées au dehors du royaume : « la concurrence étrangère,
dit le Lancashire, ne compte pas pour un dixième dans nos pertes » ; mais il faut compter avec le snobisme de cette Angleterre unioniste, où les lords donnent leton, où sévit la morale du sélect ei de la distinction des classes : le coton démocratique n'est plus de mise; les gentlemen ne doivent porter que des étoffes chères, lin, chanvre, laine ou soie. C'est le contraire de la révolution qui se produisit vers le milieu du xvn" siècle, à l'arrivée des premières indiennes, quand Daniel de Foë stigmatisait « la folie générale pour le calicot, et les personnes de qualité s'habillant comme leurs femmes de chambre, et la reine elle-même portant les étoffes du vulgaire » : aujourd'hui, Jesse Collins et les bourgeois ôrummagem veulent être mis en personnes de qualité. Manchester déclarait déjà aux enquêteurs de 1886 :
Parmi les causes de la crise actuelle, la première et la plus importante est le manque de consommation nationale pour les cotonnades : en 1871, cette consommation se chiffrait par 22 millions de livres sterling; elle n'est plus aujourd'hui que de 18 millions. Et les importations étrangères ont monté de quinze cent mille livres à près de trois millions trois cent mille. Ces marchandises étrangères ne sont pas préférées, dans nos villes, à cause de leur qualité ou de leur bas prix, mais à cause de quelques petites originalités qui les distinguent de nos articles nationaux. Tel calicot imprimé en Allemagne s'est vendu en grandes quantités à cause d'un fond tabac qui le différenciait de nos articles meilleurs et moins chers. Les boutiquiers voulaient ce calicot, parce que, moins abondant, il ne se trouvait pas chez tous leurs concurrents. En quelques semaines, nous avons fabriqué le même calicot tabac ; mais la saison était avancée déjà et la mode presque passée *.
i. Blue Booky G-4715, p. 368. Cf. p. 166 : there has been a greater falting of in the home trade and the home trade was more profi' table; our competitors attacked the cream ofthe better class trade.
S04 L'ANGLETERRE ET L'IMPERIAUSME
Mais le Lanca<hire pense que ce règne des lords ne durera pas toujours. La crise présente n'est pas plus lourde que bien d'autres, et Ton en sortira par le mt^nic chemin, avec les mêmes méthodes. Aujourd'hui, comme il y a un siècle, le Lancashîre ne veut pour élre sauvé que la liberté de travailler à sa guise : il ne demande à ses gouvernants que la paix. Quand les bonnes âmes du Fair Trade viennent lui proposer laide ou les conseils de TÉtat, ses réponses restent les mêmes :
Moins la lésiislatioo intenriendra dans notre commerce ol plus solides seront les bases de notre prospérité. Il n'est pas dont eux que parfois nous souffrons de surproduction. Mais ce n'est pas que nous produisions plus que le monde ne peut consommer : c'est que nous produisons plus que le monde ne peut réellement payer. L'important est donc de réduire au dernier degré possible nos prix et frais de produclitïn... La baisse n'a jamais atteint les manufactures qui avaient une spécialité, et toujours elle a été arrêtée par la ci*éalion de nouveaux articles et par l'adaptation des vieux commerces aux nouvelles sources de demande, the dépression has been checked by the rapid adoption of netc manufactures and the adajUation ofold tradesto new sources ofdcm'mÂ^.
Rapide et incessante adoption de méthodes nouvelles, recherche constante d'innovations et de perfectionnements , adaptation sans trêve des vieux oi^nismes aux nouveaux besoins, telle est la politique commerciale que, Cdèle à ses traditions radicales, le Lancashire a sui\4e depuis vingt ans. Et il a gardé l'idéal aussi des radicaux d autrefois : il ne met son espoir que dans le service de l'humanité, sa force que dans la condescendance aux désirs de tous : « Toute
i. Blue Book, C-4621, pp. 105 et 89, C47I5, p. 426.
intervention législative dans le jeu du commerce, dit-il encore aux enquêteurs parlementaires, est, en règle générale, à éviter. Si le gouvernement pourtant veut nous aider, qu'il développe les marchés existants, surtout ceux de Tlnde, par la construction de chemins de fer et par Texécution d'autres travaux aptes à promouvoir le bien-être des sujets de S. M., to promote the happiness of H. M' s subjects in that dependency *. » Les Impérialistes vont répétant que le commerce suit le drapeau, trade follows the flag, Manchester sait que son commerce n'a suivi le drapeau britannique que quand ce drapeau était fidèle à son rôle : « Partout où flottent les couleurs anglaises, dit-elle, le premier principe de notre gouvernement doit être que toute vie humaine aura son prix et que toute souffrance humaine sera soulagée dans la mesure du possible* ». C'est par cette fidélité aux principes et aux méthodes du radicalisme que Manchester a conservé son trafic.
Tout a changé, en effet, dans le commerce du Lancashire depuis une génération, les clients, les produits et les méthodes de distribution. En 1872, on peut dire que le monde entier dépendait encore de l'Angleterre pour les choses du coton : Manchester, pouvant élire et servir à son heure, prenait seulement la clientèle sérieuse, proche et avantageuse. Elle avait