Blue Book, G-4715, p. 144 et suiv
exportation de filés n'augmenta presque plus en quantité et tomba de moitié pour les prix :
Exportation de filés.
Millions de livres (en poids). 212 238 233 249
Millions de livres sterling. . 16,6 12,8 9,6 8,9
Mais ce déficit des filés fut comblé par le tissage ;
Exportation de tissus.
Millions de yards 2 771 3 257 4 470
Millions de livres (sterling). 40 53 57
Sur les tissus le bénéfice était beaucoup plus grand : Manchester gagna beaucoup plus d'argent sans augmenter apparemment son chiffre d'affaires. Développant encore son travail, elle prit l'habitude de ne plus livrer au public les tissus écrus, mais de les blanchir, de les teindre et de les imprimer. L'Allemagne savante et les pays primitifs, Arabie, Inde ou Perse, étaient jadis les grands imprimeurs ou teinturiers de coton, grâce aux méthodes scientifiques découvertes par les laboratoires, ou grâce aux recettes traditionnelles transmises de père en fils. Le Lancashire s'est instruit et outillé : quand J. Chamberlain lui propose de créer, à grands frais pour l'État, des musées commerciaux ou de réclamer aux consuls de Sa Majesté des plans, dessins et devis, des renseignements et des conseils, Manchester lui répond par sa Chambre de commerce : « Le premier venu de nos magasins est le meilleur des musées commerciaux et n'importe lequel de nos commissionnaires vous donnera des renseignements plus circon-
l' ANGLETERRE ET L*IMPéRIALISMK. 15
stanciés et plus utiles que tous vos consuls*. » C'est que travaillant, selon sa coutume, au bien-être du plus grand nombre, le Lancashire s'est enquis des besoins et des goûts de Thumanité tout entière. 11 sait quel tissu et quelle couleur préfèrent le Chinois ou TÂrgentin; il taille ses caleçons sur la longueur des jambes australiennes, car il a découvert que dans cette Océanie la jambe humaine s'allonge volontiers*. Et, vendant des marchandises plus ouvrées, il a vu grandir son bénéfîce à mesure que grandissaient ses peines. Son exportation de cotonnades écrues ou seulement blanchies diminuait constamment de valeur. Mais les pièces teintes ou imprimées comblaient largement la diflférence.
Exportations de cotonnades. Écraes. Blanchies. Teintes on imprimées
Millions de livres sterling.
Et cette transformation de Tindustrie n'est rien encore. Manchester, depuis vingt ans, a transformé tout son commerce, toute sa vie '. Autrefois elle n'était que fabricante : les peuples accouraient à ses entrepôts, se disputant filés et tissus. Elle n'avait pas à courir après la clientèle, ni même à tenir boutique et à étaler ses produits. Ses loy^ds du coton, gros personnages, laissaient à d'autres mains le courtage et le marchandage. C'étaient des Allemands, des Grecs,