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Nineteenth Ccn/wry, janvier

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le fromage à la place de la France, de la Hollande et du Danemark. Mais en admettant que leurs calculs soient justes, — et ils sont erronés, — il faut que les produits coloniaux puissent arriver, et en abondance, et régulièrement, — toutes conditions irréalisables en temps de grande guerre. Le Royaume-Uni ne peut plus faire de grande guerre : ses quarante millions d'habitants mourraient de faim avant le premier mois, et l'on ne saurait attendre du peuple actuel, travaillé par le socialisme international, aigri par la tyrannie patronale, instruit surtout de ses véritables intérêts, la même patience civique, le même fanatisme patriotique qu'au temps de Napoléon. Que le blé monte seulement à 50 shillings Yimperial quarter et l'on verra quel gouvernement pourra tenir contre les hurlements de la foule. Le Royaume-Uni est prisonnier de la paix européenne ; il ne peut recevoir que d'elle son pain quotidien... Alors, pourquoi rêver une armée inutile? A quoi bon l'Empire militaire?

Contre cet Empire, enfin, les Anglais qui savent un peu d'histoire, — et dans le camp radical-libéral Grote, l'historien d'Athènes, l'ancien leader radical, a conservé de nombreux lecteurs, — ont un dernier argument. Après Marathon et Salamine, Athènes, libératrice des Grecs, fut priée par les Grecs de sa race, par les Ioniens, les Anglo-Saxons de Grèce, de fonder un Empire panionien. Sur les côtes et dans les îles de l'Egée et de la mer Ionienne, dans toute l'étendue des deux océans d'alors, les Ioniens répandus voulaient s'unir contre le Perse toujours menaçant. Athènes accepta. Tous les Ioniens se cotisèrent. On eut une flotte et une armée impériales, qu'alimentèrent les contributions de chacun en hommes, en vaisseaux ou en argent. Ce dernier mode prévalut.

Les loDicDs payèrent Athènes pour être leur soldat. Tant que le danger perse fut instant, ils payèrent sans mauvaise humeur. Puis le danger s'éloigna. Le souvenir s'effaça des luttes et des sentiments anciens. Les uns après les autres, les Ioniens murmurèrent, puis se révoltèrent contre ce qu'ils appelaient la tyrannie d'Athènes. Le monde grec, témoin jaloux de cette « plus grande » Athènes, se ligua pour appuyer leurs révoltes. Moins d'un siècle après Salamine, Athènes abattue par la coalition des Grecs, ruinée de fond en comble dans son commerce et dans ses murailles, commençait à disparaître de l'histoire...

Je croirais notre patriotisme rabougri et dévié s'il n'embrassait pas toute là plus Grande-Bretagne, la Bretagne au delà des mers, avec ses jeunes et vigoureuses nations qui ont semé dans l'univers la connaissance de la langue anglaise et la passion tout anglaise de la liberté et de la légalité. En pareils sentiments, je refuse de penser et de parler des États-Unis comme d'une nation étrangère. Nous sommes tous de la même race et du même sang. Je refuse de faire quelque distinction que ce soit entre les intérêts des Anglais d'Angleterre, du Canada ou des États-Unis... Nous sommes les branches d'une seule famille.

J. Chamberlain, à Toronto. 30 décembre 1807.

Souvenirs historiques, raisonnements ou hypothèses de politiciens, calculs de statistiques, prédictions de philosophes, il est probable qu'à l'heure actuelle tous les arguments de faits ou d'idées ne pourront avoir aucune influence sur l'opinion anglaise. Ce peuple de sages et de calculateurs semble affolé par un vent de spéculation et de mégalomanie. Il lui faut l'Empire. Il le veut. Il est persuadé qu'il l'aura. Qand on lui parle de difficultés ou même d'impossibilités, il se bouche les oreilles. Les difficultés organiques et théoriques surtout ne sauraient fixer

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son attention ; jamais, dans ses combinaisons ni dans ses rêves politiques, il ne s'est jamais préoccupé d'organisation théoriquement rationnelle. Autour de lui, il a le spectacle d'une charpente politique et sociale dont l'organisation ne s'est pas faite humainement, pour ainsi dire, mais qui a poussé à la façon des arbres, au cours des siècles, au gré des influences variables, au souffle des nécessités les plus contradictoires. Irrationnelle, incompréhensible dans son ensemble pour un œil étranger, indéchiffrable dans ses détails pour l'œil le plus familier, la bâtisse existe pourtant et fait vie qui dure. Pourquoi ne pas admettre que l'Empire germera, poussera et durera de même? Il s'organisera tout seul. Les théoriciens ne peuvent non plus prévoir quand et comment le gland devient chêne. Quand ils verront l'Empire sortir des mers, ils chercheront à l'expliquer, comme s'il était besoin d'autres explications que la force des choses et aussi la providence divine, qui, au-dessus des faiblesses humaines, travailla toujours pour la grandeur d'Albion.

Il ne s'agit donc pas de raisonner mais de croire, et toute l'Angleterre croit aujourd'hui que l'Empire sera. Fédération politique, syndicat commercial, alliance militaire, l'un ou l'autre, ou tous les trois, ou autre chose encore, qu'importe? En dépit ou peutêtre même en raison de l'envie du monde, l'empire anglo-saxon réunira tous ceux qui parlent la langue de Shakespeare et de Rudyard Kipling, tous ceux qui ont du sang triton dans les veines : le panbritannisme régira l'humanité pour le plus grand profit de l'Angleterre, mère de tous les Britons. Tel apparaît à la majorité des Anglais l'avenir inévitable. Ne chicanons donc plus les possibilités de l'avenir : ne met-

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tons plus en doute Tunion de tous les Briions. Car laus les BritonSj.tous les Anglo-Saxons du monde, doivent avoir leur place dans le nouvel État, non seulement les Britons, fils de la grande île ou restés sujets anglais, habitant la métropole ou les colonies, mais encore les Britons dissidents, qu'une révolte sépara jadis de la mère patrie, les Américains.

Ainsi le veulent et Tentendent le sentiment et la théorie « panbritanniques » : les États-Unis ont aujourd'hui plus de Britons que l'Angleterre et ses colonies assemblées. Ainsi le voudrait, d'ailleurs, la nécessité dans le présent et dans l'avenir, car l'Empire n'est pas viable, s'il n'englobe pas les Yankees. Réduits à eux seuls, même avec l'appui chaleureux et constant de tous leurs colons, que seraient les Anglais en face d'une coalition européenne? Cette splendid isolation^ dont jadis ils étaient si fiers, les met à la merci de toutes les combinaisons diplomatiques du Continent. Ils n'ont en Europe qu'une alliée fidèle, mais de faible secours, l'Italie. Ils ne peuvent mettre en doute le mauvais vouloir de la France, l'hostilité de l'Allemagne et la haine de la Russie. Ils comptaient jadis sur la rancune française pour séparer à jamais Berlin et Paris : ils ont pu voir que quelques Fachodas auraient tôt fait d'effacer les derniers sursauts de cette rancune. Si donc les États-Unis venaient se joindre à ce concert d'inimitiés, combien d'heures la flotte la plus gigantesque tiendrait-elle le monde en échec? Sans parler d'hostilité déclarée, la seule indifférence des Yankees mettrait le Royaume-Uni et son Empire dans la crainte perpétuelle de quelque coalition, — crainte imaginaire peut-être, mais qui n'en rendrait pas moins incomplète et précaire la jouissance de cet Empire; mais crainte réelle aussi, fondée sur un juste senti-

ment des intérêts lésés, des ambitions, des jalousies ou des regrets suscités dans toute l'Europe par le spectacle de celte grandeur et de cette fortune. Sans les « cousins » d'Amérique, il faudrait vivre au jour le jour, de coquetteries et de concessions aux plus forts ou aux plus hostiles. Et les concessions même ne suffiraient pas. On le vit bien au début des affaires du Transvaal : TAngleterre ne put avoir les mains libres qu'en sollicitant une menace ou plutôt un mot ambigu du président Mac Kinley à l'adresse des puissances continentales. Il ne lui fallut pas seulement acheter le silence de l'Allemagne par le cadeau des Samoas; il fallut neutraliser le mauvais vouloir franco-russse par le mirage de la bienveillance américaine.

Donc pas d'Empire durable et fort, sans l'appui de tous les Britons. D'ailleurs, quand l'Angleterre voudrait tenir les Yankees hors du domaine et des profits impériaux, on n'imagine pas le Canada, les Antilles, les Guyanes, le Honduras, etc., accaparés politiquement et commercialement et les Yankees lâchant à cet Empire extra-américain de tels lambeaux de leur terre américaine. Non seulement la doctrine de Monroë : « l'Amérique aux Américains », semble devenue leur règle de politique étrangère; mais encore les statistiques sont là pour leur montrer quelles pertes énormes en subirait leur commerce d'exportation. Dans le ZoUverein anglo-saxon, il faut donc prévoir la présence, la coopération effective des Yankees; le fondateur de l'impérialisme commercial, J. Chamberlain, l'a toujours prévue et escomptée :

Vous avez tort, disait- il aux Américains dès 1888, de nous traiter comme une nation étrangère et rivale. Pour mon compte, je refuse en Amérique le titre d'étranger, et

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je partage Tavis de ce diplomate qui, devant le prince de Galles, divisait l'humanité en trois classes : les Anglais, les Américains et les étrangers. Croyez-moi : tôt ou tard, il vous faudra renverser la muraille de Chine que vous avez élevée entre vous et le commerce du monde et rétablir le vrai régime de bonne entente, la réciprocité sans limite entre tous les peuples de langue anglaise.

En 1888, ce langage se comprenait sans peine dans la bouche du député de Birmingham. Jusqu'en 1872, Birmingham, Sheffield, Leeds et Manchester avaient eu en Amérique le monopole presque exclusif : pour les quincailleries, aciéries, lainages et colonnades britanniques, les États-Unis étaient le principal débouché. L'industrie indigène n'existait pas. La concurrence étrangère, sauf la concurrence des soieries el lainages français, était presque nulle '.

Importations anglaises aux États-Unis ^

(en milliers de livres sterling).

Fers 5 391 7 587 11565

Colons niés 20 142 185

Tissus 2 823 4 130 5 152

En 1872, les importations de l'Angleterre aux États-Unis atteignaient 45 907 998 livres sterling, soit onze ou douze cents millions de francs. De 1872 à 1879, la stagnation des affaires et les grandes crises financières de là-bas amenèrent une diminution énorme de ce chiffre :

Millions de livres sterling.

L'année 1880, avec ses 38 millions de livres sterling,

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