Consul à la Haye, Miscellaneout Séries t n
suivi Texpérience chez ses voisins. Elle a vu décroître rhabileté el Tenlreprise du commerce français^ à mesure que croissaient les exigences militaristes. Elle sait que le service obligatoire est funeste surtout au bon recrutement des carrières industrielles et commerciales. Car on peut à n'importe quel âge aborder les carrières libérales : à vingt-cinq ou vingthuit ans, un homme intelligent et cultivé ne fait que mieux son droit ou sa médecine. Mais Thabileté de Tœil ou des doigts, le tour de main d'un métier, ou la vivacité de calcul, d'offre, d'acceptation et de décision, le sens des affaires, ne se développent que dans des organes souples encore et dans des cerveaux encore malléables.
L'industrie et le commerce, les affaires, veulent un apprentissage précoce, pour l'Anglais surtout, qui d'ordinaire y débute dès la prime adolescence. Et ils veulent une pratique continue. Toutes ces conditions, le service obligatoire les rend impossibles; mettez deux ou trois années de caserne à l'âge décisif où l'apprentissage finit, où la maîtrise commence, et tout est à refaire quand l'ouvrier ou le commis reviennent à leur pupitre ou à leur atelier... L'aristocratie, de son côté, sait pertinemment, par l'exemple de la France et de l'Allemagne, que le service obligatoire a pour inséparable compagnon le suffrage universel. Or à eux deux, ces grands niveleurs auraient tôt fait de bouleverser la vieille Angleterre, et la vieille constitution, et tout ce qui reste de la bâtisse féodale où nichent encore tant de privilèges et tant de prétendus droits légaux. L'égalité des charges militaires entraîne les autres égalités. Adieu, franchises, estâtes inaliénables, droit d'aînesse, sièges héréditaires à la Chambre haute! Finis le respect populaire et tous les
LE PANBRITANNISME 253
petits et gros profits qu'on en tire! La caserne découronne lord et baronet sous la tondeuse égalitaire.
Ce n'est pas tout. L'organe crée la fonction : les armements créent la guerre. Un empire militaire doit se fleurir chaque année d'une gloire chèrement acquise et payer en lauriers, en monnaie d'amourpropre, ce qu'il coûte en hommes et en argent. Or l'Angleterre sait par expérience qu'une guerre, en apparence facile et s'annonçant courte au début, peut devenir longue et périlleuse et que les revers du Transvaal sont voisins du succès du Soudan. L'expérience actuelle surtout lui prouve que la fortune des armes distribue autant d'humiliations que de gloires, et que la défaite enlève beaucoup plus de prestige et beaucoup plus de clientèle que la victoire n'en apporte : tout un règne de grandeur et de prospérité, soixantedix années de succès et de gloire ont été effacés dans le souvenir de l'humanité jalouse par ces quatre derniers mois de revers. L'Angleterre sait enfin, par l'ancienne expérience, qu'une grande guerre quelle qu'elle soit, la ruine, alors même que ses troupes n'y sont pas engagées, et peut l'affamer, dès qu'elle-même y prend part. Car le moindre obstacle, imaginaire ou réel, qui barre la route aux convois du monde lui supprime sa nourriture quotidienne; le moindre torpilleur ou corsaire français, allemand ou russe, gênant ou interrompant les arrivages du Danemark, de l'Amérique, de l'Argentine et de la France, prive le Royaume-Uni de son break fast ou de son lunch. Si, par les statistiques officielles, on dresse la courbe du prix du blé depuis un siècle, chaque période de paix générale s'y dessine en courbes de baisse, chaque guerre européenne en hausses subites et parfois énormes :
Prix de l'Impeiial Quarter (deux hisctôlitres environ).
mi
Paix.... Shillings Guerre
d'Amérique
Paix
Guerres révolutionnaires. .
Marengo
Paix d'Amiens....
Guerres napoléoniennes.
Paix
Révolutions et guerres civiles.
Paix
Affaires d'Orient..
Iboi l 1855 )
Paix.... Shillings
Guerre de Crimée.
Paix
Guerre d'Italie —
Guerre
de Sécession
Paix
Guerre franco-allemande .
Paix
Guerre des Balkans.
Paix
Paix
Paix
Paix
Menaces de guerre.
Le commerce anglais sait que la hausse serait plus forte encore à la prochaine guerre, les surfaces ensemencées en blé ayant constamment diminué dans le Royaume-Uni (3G00000 acres en 1871, 2 900 000 en 1880, 2 500000 en 1885, 2 400000 en 1890, 1508000 en 1895). Aussi, durant l'automne de 1898, dès qu'il fut bruit d'une collision probable au sujet de Fachoda, les importateurs de Liverpool concertés amenèrent lentement une hausse régulière, afin que le peuple ne criât pas à l'accaparement et ne leur courût pas sus, quand la guerre ouverte aurait fait doubler les prix. Les impérialistes se livrent à de longs calculs pour prouver que « l'Empire peut nourrir son peuple* », que l'Inde et que le Canada donneront les blés et la viande à la place des États- Unis, de la Russie et de l'Argentine; que le Canada et l'Australie donneront le lait, le beurre, les œufs et