‹ L'Angleterre et l'impérialismeChapitre 102 sur 149 · I. J. Chamberlain, discours de Cardiff, 6 juillet · texte numérisé non relu

I. J. Chamberlain, discours de Cardiff, 6 juillet

amitiés les plus chères et qui abandonna son parti et son chef plutôt que de laisser porter atteinte à l'unité intégrale de la patrie, voici que, ministre des colonies, il apparaît comme le plus gros actionnaire des Compagnies à charte, comme le conseiller et le complice des Jameson et autres bandits internationaux, comme l'instrument des promoters et des monopolists, des lanceurs et accapareurs d'affaires.

Car il devient probable, il deviendra certain bientôt, que l'Empire doit enrichir, aux dépens de la communauté britannique ou humaine, quelques bandes de spéculateurs : les aristocrates et les capitalistes y trouveront leur proie. Mais penser désormais qu'un profit immédiat ou durable en serait acquis au peuple travailleur semble déjà une pure folie, et croire que la grandeur matérielle et morale de l'Angleterre en serait accrue, ce sera, avant quelques mois peut-être, fermer les yeux à l'évidence. Laissons les quantités morales qui ne se chiffrent et ne se pèsent pas. Mais comment ne pas voir que Londres, capitale de la Grande-Bretagne, ne serait plus qu'une ville secondaire de la Plus Grande-Bretagne, que la grande Londres du xixe siècle deviendrait l'Amsterdam, ou peutêtre même la Venise, la Carthage, la Tyr du XXe? Comment ne pas calculer qu'entraîné par la situation de ses différents domaines, par la convergence de ses intérêts, par son culte du succès et de la grandeur énorme, par son estime de la richesse solide et de la force, par son amour de l'utilité présente et rapide, le peuple de cette Plus Grande-Bretagne chercherait et trouverait ailleurs que dans la pauvre vieille petite et lointaine Angleterre le centre de ses affaires, de ses plaisirs, de «es ambitions, de ses ententes et de ses rivalités?

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Les passions et les préjugés de la foule, habilement suscités et exaspérés par ses chefs d'aujourd'hui, l'empêchent de tourner les yeux vers ces probabilités encore vagues; les regards des travailleurs courbés sur la tâche quotidienne ne peuvent embrasser ces lointains horizons. Mais faut-il croire que dans cette libérale et pacifique Angleterre des anciens radicaux, des vieux dissidents, il ne se trouvera personne pour relever et « brandir la bannière du progrès, en dépit du découragement temporaire et malgré la défaite, temporaire elle aussi »? Contre cette coalition des classes et des idées parasites, qui gouvernent aujourd'hui, contre les apôtres de la force et les sectateurs de l'argent, contre « le prêtre et le propriétaire, la terre et l'église, la noblesse et la ploutocratie, tous coalisés en vue de repousser la marée démocratique et de renverser le courant de la pensée populaire ■ », contre cet unionisme des vieilles passions et des vils intérêts, l'esprit de Manchester ne suscitera-t-il plus quelque nouvel élan?

La guerre africaine terminée, quand la revanche des premiers revers et la paix rendront quelque lucidité à cette nation blessée dans son orgueil, affolée dans ses appétits de sang rouge et d'or clair, quelque disciple, fidèle celui-là, des Bright ou des Cobden. en faisant le bilan actuel et futur de l'impérialisme, pourra prêcher de nouveau la vraie croisade radicale. Le sermon alors sera plus facilement écouté qu'aujourd'hui. Mais on peut dire qu'il est tout fait déjà. Texte et arguments, il se trouve au long, tout entier, dans les rapports officiels des consuls, ambassadeurs, gouverneurs et autres officiers de la couronne

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