‹ L'Angleterre et l'impérialismeChapitre 104 sur 149 · Annual Séries, n°' 10Û1. 195, etc · texte numérisé non relu

Annual Séries, n°' 10Û1. 195, etc

LE PANBRITANNT8ME 287

voulu changer. Autour d'elle le monde évoluait et marchait, et le monde aujourd'hui la dépasse. Réformons-nous; il en est temps encore. Mais ne compromettons pas ce qui nous reste de forces et de santé par ce traitement empirique que nous vantent et que nous vendent les charlatans de l'Empire. Essayons encore du vrai remède qui depuis un siècle nous a si bien réussi. Patiemment, méthodiquement, sans secousses et sans cris, allons aux réformes les plus urgentes. Ces réformes, tous les rapports de nos consuls et de nos gouverneurs coloniaux nous les indiquent. En deux gros Livres Bleus1, comme pour nous donner des armes contre lui-même, ce gouvernement unioniste, alliage du « vieux stupide parti » et des jeunes bandes monopolistes, nous a remis tous les arguments de chiffres et de faits qui montrent la nécessité de cette réforme politique et sociale. »

1. G-8449, Trade of the British Empire and Foreign Compétition ; C-9078, Opinions of H. M. diplomatie and consular officers on British tradt

Quel est le plus grand de nos intérêts? C'est le commerce impérial... Nous avons devant nous un grand exemple dans la création de l'Empire allemand.

J. Chamberlain au Canada Club, 2o mars 1896.

C'est la prospérité de l'Allemagne impériale qui fît le succès de l'impérialisme anglais. L'influence de J. Chamberlain est sortie de la Commission Parlementaire de 1885 « sur la Baisse du Commerce », où les gens d'affaires s'étaient plaints si vivement de la concurrence allemande : « Qu'était l'Allemagne industriellement, financièrement, avant Sadowa , avant Sedan , avant l'Empire? répètent encore aujourd'hui les impérialistes. Dépendante de nos liants fourneaux et de nos Pays noirs pour ses fers et pour ses houilles, de nus usines pour les produits ouvrés, de nos tissages pour le vêtement, de nos entrepôts pour les épices et denrées exotiques, de nos navires pour le trafic, bref notre cliente et, commercialement, notre vassale, l'Allemagne dépendait encore de nos Bourses et de nos Banques pour ses emprunts et même pour ses transactions. Sadowa,

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Sedan, l'Empire, l'ont affranchie. La « Plus Grande » Allemagne politique est devenue aussi une « Plus Grande » Allemagne commerçante, fabricante, capitaliste. En beaux et valides écus, elle recueille aujourd'hui les fruits de la victoire. L'Empire ne donne pas seulement des lauriers. L'expérience allemande prouve donc qu'il nous faut aussi un Empire et un Zollverein protecteur. »

Voilà, en somme, tout le fondement de la théorie impérialiste. Mais cette prétendue expérience allemande, l'a-t-on jamais contrôlée pour y démêler sûrement les effets et les causes? L'Allemagne est-elle vraiment si prospère? et est-elle si prospère parce qu'elle est impériale? N'interrogeons là-dessus que des témoins non suspects d'ignorance ou de partis pris. Ces témoins existent dans les deux séries de rapports consulaires anglais, Annual Séries et Miscellaneous Séries, — à l'impérialisme anglais nous n'opposerons que des témoignages britanniques, — et dans les deux Elue Books, C-8 449 et 9 078, où le Foreign Office et le Ministère des Colonies ont réuni les opinions des ambassadeurs, consuls, gouverneurs coloniaux et autres officiers de Sa Majesté à l'étranger ou aux colonies.

La prospérité de l'Allemagne par l'essor de son industrie et de son commerce ne peut être contestée. Quelques jingoes l'ont mise en doute. J. Chamberlain, à qui toute thèse est bonne selon les auditoires, pourvu qu'elle suscite un instant les gros rires des électeurs, disait un jour à ses gens de Birmingham :

L'Allemagne est, dit-on, redoutable (Rires>. L'Allemagne contremine notre industrie. L'Allemagne ronge notre com-

merce comme la mer ronge nos côtes (Rires). Je ne crois pas que la mer ronge toutes nos côtes (Gros rires). Si l'Allemagne rongeait si fort notre commerce, nos exportations chez elle devraient diminuer et les importations allemandes chez nous augmenter. En 1885, les exportations de produits nationaux s'élevaient pour l'Angleterre à 213 millions de livres sterling, en 1894, à 216; pour l'Allemagne, à 143 en 1885, à 148 en 1894. En 1885, l'Angleterre exportait en Allemagne pour 26 millions de produits nationaux, et en recevait 21 millions; en 1895, vous avez une exportation anglaise de 33 millions pour une importation allemande de 27 millions de livres. Le trafic a donc augmenté des deux parts; mais cette augmentation a été de 7 millions pour l'Angleterre, de 6 millions seulement pour l'Allemagne J.

De tels sophismes peuvent ragaillardir la vanité anglaise. Ils servent surtout à « suggestionner » suivant le mot d'un consul2, l'émulation allemande. Modestement, la Chambre de Commerce hambourgeoise adopte les chiffres et les raisonnements du ministre anglais et, dans son rapport annuel, elle en tire de nouvelles incitations à l'effort :

Un ne saurait trop mettre le public allemand en garde contre certaines statistiques anglaises, dont les exagérations systématiques et voulues tendent à prouver que l'industrie et le commerce allemands vont chasser leurs concurrents anglais du marché universel. En réalité, les chiffres véritables sont cités par le ministre des Colonies anglais. La Grande-Bretagne, moins peuplée que notre Allemagne, est encore de beaucoup en avance sur elle. Manchester, Birmingham etGlasgow sont toujours les capitales industrielles de l'Europe, et le commerce allemand lui-même ne peut encore se passer de la Grande-Bretagne. Elle a toujours une longue avance, grâce à ses chantiers

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