Blue Book, C-8963, p. 18 el mut
3b 2 L ANGLETERRE ET L'IMPÉRIALISME
Mais le reste de l'Angleterre continue les errements d'autrefois. Du haut de son jingoïsme, Birmingham ignore toujours le reste du monde, ses goûts, ses besoins, ses langues, ses routes même, et jusqu'à son existence. Elle s'en remet aux commissionnaires de Liverpool ou de Manchester1; elle embauche pour secrétaires et traducteurs des clerks allemands qui l'espionnent pendant quelques années, puis qui la trahissent :
Pour ne parler que de mon expérience, qui pourtant n'est pas grande, j'ai vu à l'étranger, partout où je suis allé, que l'on apprenait l'anglais : c'est le cas en Hollande, en Belgique, en France, en Allemagne, parce que le commerce y doit vivre de l'Angleterre. Pareillement nous devrions apprendre à nos entants les langues du pays où nous vendons nos marchandises. A Manchester, la commission est encore en grande partie entre les mains d'étrangers. Je ne dis pas que cela soit un mal; mais il nous faudrait aussi à l'étranger des maisons de commission anglaises. J'ai été envoyé à Paris par le ministre pour le dernier traité. Tous nos compatriotes dans les affaires à Paris m'ont dit qu'ils manquaient de jeunes Anglais sachant le commerce et sachant les langues. Notre premier devoir, à nous Anglais, si nous comprenons nos intérêts réels, serait d'enseigner à nos fils les langues étrangères, surtout le français, l'allemand, l'italien et aussi l'espagnol, et d'élever le niveau intellectuel de notre classe marchande 2.
L'ignorance du commerce anglais, au dire des consuls britanniques, atteint parfois le comique de haut goût. Le coutelier de Sheffîeld ou le bijoutier de Birmingham divise les langues de l'humanité en deux classes : latines et non latines. Tout ce qui ne parle
1. Cf. les exemples typiques donnés par le Blue Book, C-8963. p. 23 et suiv.