Annual Séries, n05 1904 et
l'empirisme anglais 353
pas anglais ou allemand doit parler français ou espagnol. Le client de Chrisliania et le client de Lourenzo- Marquès se plaignent de ne pas comprendre les prospectus et prix courants en anglais; on les leur envoie en espagnol1. Pour le commissionnaire de Londres ou de Liverpool, les pays anglo-saxons euxmêmes, les domaines du panbritannisme futur sont terres presque inconnues : « A quoi bon la géographie? disait le gouverneur du jeune marquis de la Jeannotière; quand monsieur le marquis ira dans ses terres, ses postillons ne sauront-ils pas les chemins? • Les postillons du commerce anglais connaissent mal les chemins nouveaux.
Pour eux, — si l'on veut un exemple, — les Etats- Unis sont toujours une grande chose lointaine et obscure, une bûtisse profonde avec une seule façade éclairée sur l'Atlantique et une seule porte, New- York. New- York reste le grand, l'unique débarcadère des marchandises anglaises, même à destination des villes et provinces continentales, Pittsburg, Chicago ou Saint-Louis, même à destination du Far West le plus reculé. Vers ces villes centrales et vers ce Far West, jamais le commerce anglais ne s'est enquis d'une v route plus courte ou moins coûteuse. L'Allemand, bon géographe, a calculé quelle énorme économie il réaliserait en empruntant la route d'eau maxima pour la voie ferrée minima : il a donc fait du golfe du Mexique et du Mississipi son front d'attaque et sa porte d'accès. C'est par là qu'il a entamé et conquis les États agricoles du Sud et le Far West, atteint les districts industriels des Alleghanys et les marchés des Grands Lacs. L'Anglais fréquente aussi le golfe