Bine Book, C-S
Ce qu'il faut à l'Ouganda, c'est ce que Birmingham a eu, une appropriation systématique. Ce qu"il lui faut d'abord, c'est un chemin de fer qui portera à cette population intelligente, plus intelligente que les autres peuples africains, notre fer, nos draps, notre coton et même notre bijouterie, car les sauvages ne sont nullement insensibles aux charmes de la parure.
J. Chamberlain à la Relief Association de Birmingham, 22 janvier 1894.
De Worcester à Barnsley et de Xorthampton à Stoke, on peut dire que les Midlands, les Terres Centrales de l'Angleterre, s'étendent sur les huit ou neuf comtés de Worcester, Warwick, Xorthampton, Shrop, Stafï'ord, Leicester, Derby, Nottingham et York (West-Riding . 1 Birmingham au sud, Sheffield au nord en sont les deux capitales. De l'une à l'autre, sur toute la surface du pays, ce ne sont que villes noires et fumées d'usines, le royaume de la houille et du fer, le pays des métaux et des industries non textiles. Sur ces vingt-cinq mille kilomètres carrés, 20 078 manufactures et 20 490 ateliers ont dressé leurs cheminées, creusé leurs puits, allumé leurs fournaises et asservi au travail machinal plus de huit cent mille bêtes humaines. Pour nourrir et enrichir les
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sept millions d'hommes qui se pressent en cet étroit espace1, le sol ne fournit rien, ou presque rien, que l'argile, les minerais et le charbon. L'humanité doit pourvoir à tout le reste...
Et sans cesse de nouveaux faubourgs viennent prolonger les vieilles villes. Les usines nouvelles surgissent des scories et des cendres. Les cheminées nouvelles s'accotent aux talus de débris. L'ombre et le brouillard ensanglanté de flammes s'étendent et s'épaississent, Et sans trêve le volcan industriel continue sa marche vers l'est, poussant jusqu'à la Tamise ses coulées de laitiers et ses mares fumantes. A chaque pas nouveau, il faut jeter une pelletée d'hommes dans la gueule du monstre. En une année, de 1895 à 1896, dans le seul comté de Warwick, dans ce Pays Noir qui entoure Birmingham, six cents nouveaux ateliers ou usines ont ouvert leurs portes (6G79 en 189G, contre 6056 en 1895), et le chiffre des serfs industriels est passé de 159 488 à 182 302. C'est près de 23 000 nouveaux esclaves ligotés au banc de galère ou jetés aux puits de mines, aux dents de machines, aux roues, aux feux et aux ténèbres. Tètes écrasées, échines brisées, bras arrachés, jambes ou mains broyées, c'est bon an mal an trois cents cadavres et deux mille cinq cents infirmes que l'on retire de ce Pays Noir.
Toutes les industries du fer. du cuivre et des autres métaux, du bois, du cuir, du verre et de la terre, y vivent côte à cote; tout ce qui passe sous le marteau ou dans la fournaise s'y travaille. Certaines de ces industries sont groupées : le Staffôrd a le monopole
1. Ces cliilTres sont empruntes au Blue Book, C-8965 : Animal Report un Fac tories and WorkshopSf for the year 1S97.
des serrures; Stoke, centre des Polteries, est la ville de la faïence et de la porcelaine; Sheffîeld a les couteaux, Coventry les bicyclettes. Mais le plus souvent, usines contre usines, les districts se pressent et se pénètrent, et les industries passent de l'un à l'autre... Birmingham les avait réunies presque toutes. Durant plus d'un siècle 1750-1880), battant le cuivre et le fer, soudant l'or et l'argent, coulant le verre, tournant le bois, cousant le cuir, elle inonda l'univers de ses outils, de ses machines, de ses armes, de ses vis, de ses clous, de ses wagons, de ses joujoux, de ses boutons, de ses épingles et de ses plumes, comme aussi de sa bijouterie, de sa sellerie et de ses mobiliers. Elle devint le bazar du monde et se vanta d'avoir tous les peuples, civilisés et sauvages, pour clients.
A l'entendre, l'univers se serait trouvé dans l'embarras si, subitement, elle eût fermé ses comptoirs : « Le sheik arabe mange son pilaf avec une cuiller de Birmingham. Le pacha égyptien prend sur un plateau de Birmingham son bol de sorbet, illumine son harem de candélabres et de cristaux de Birmingham, et cloue aux parois de son bateau les ornements de Birmingham sur papier mâché de Birmingham. Pour se nourrir et se défendre, le Peau-Rouge a son fusil de Birmingham; pour sa table et pour son salon, c'est à Birmingham que l'Hindou luxueux demande ses lampes et sa vaisselle plate. Aux plaines de l'Amérique du Sud , pour les cavaliers rapides , Birmingham envoie éperons, étriers et boutons flamboyants; aux colonies, pour les nègres planteurs, haches à couper la canne, et cuves, et pressoirs. Il faut les briquets de Birmingham pour l'éternelle pipe de l'Allemand rêveur, et c'est dans une marmite de Birmingham, sur un poêle de Birmingham, que l'émi-
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grant cuit son maigre dîner; le nom d'un fabricant de Birmingham est gravé aux boîtes de fer-blanc qui gardent ses friandises1... » —
Birmingham était alors au comble de la fortune. Vn siècle de travail l'avait conduite à la riel, puis à l'empire du monde commercial. Alors elle connut l'orgueil. Elle crut son règne éternel, et J. Chamberlain, qui était son maire (1873-1876), flatta ses vanités. Elle troqua ses ruelles et ses usin«- de briques pour des palais de marbre, des statues et des colonnades. Et il ne se leva pas un de ces hommes que le peuple appelle voyants ou prophètes, simplement parce qu'ils savent voir les choses autour d'eux. Personne ne lui tint le langage qu'un certain Ezéchiel avaii tenu jadis à la Birmingham de son temps : « Fils de l'homme, commence la lamentation sur Tyr. Car le Seigneur a dit au bazar des Iles : « Les mar- « chands des nations te si filent aujourd'hui; tu es
perdue; tu ne seras plus rien dans les siècles qui . viennent :. ■ L'année 1873 avait marqué l'apogée. Quinze an- n'étaient pas écoulés, que les Midlands commençaient leur lamentation. Devant la grande Commission d'enquête3 sur la Baisse du Commerce britannique 1885-1886 , les délégués de Birmingham comparaissaient le 28 octobre L88o : ;
Nous nous ruinons. Nous travaillons autant mais sans profits. Nous sommes écrasés par la double concurrence anglaise et surtout étrangère. Nous fournissions jadis le monde entier de nos armes. Gouvernements et particuliers
1. Elihu Burrit. Walks in the Black Counlry. I. Ezéchiel, XXVII.
3. Les rapports en oni été publiés en cinq énormes Dlue Bool<s : C-4621, 4715 i 1 et 1! . ;?.>: el , i. Blue Book. G - i T 1 :. . p. 32 et suiv.
s'adressaient à nous. L'Amérique et la Russie nous demandaient des centaines de milliers de revolvers et de fusils, et nous armions les chasseurs de tout l'univers. Aujourd'hui, la plupart des gouvernements se sont mis à fabriquer, et l'Amérique a popularisé ses armes de Springfield et de Winchester : c'est à elle que sont allées les commandes de la guerre carliste et de la guerre turque. Pour les fusils de chasse, la clientèle riche nous reste fidèle, et nous fournissons toujours les armes de luxe. Mais la Belgique nous a enlevé tout le reste. Même en Angleterre, les canons de fusils ordinaires sont achetés aux Belges, qui ne font pas aussi Lien, mais qui vendent moins cher et qui enjolivent la marchandise, d'où leur succès chez les nations qui préfèrent l'apparence, la légèreté et la fantaisie ; tous les Latins se fournissent aujourd'hui en Belgique.
Nous avions le monopole des vis et des clous. Les tarifs protecteurs nous ont fermé les marchés civilisés. La concurrence anglaise nous a enlevé les colonies et les nouveaux marchés : Cardiff ou Middlesborough n'ont pas nos frais de transport. Puis les industries étrangères sont venues nous
^donner le coup de grâce. A l'abri des tarifs, l'Allemagne et l'Amérique ont développé leurs usines et, faisant leurs
f bénéfices avec ce qu'ils vendent chez eux, les Allemands ont jeté le surplus, à vil prix, sur nos marchés. Jadis tout L'Orient asiatique et océanien achetait nos clous. Aujour-
; d'hui les clous allemands nous font concurrence sur la place même de Birmingham. Les boutons, que nous vendions à toute l'Europe, nous arrivent aujourd'hui d'Allemagne. Le fil de fer allemand se vend dans nos boutiques de Birmingham. Le méchant verre de Belgique remplace partout notre cristal. Nos marchands de lampes ont leurs maisons pleines et ne trouvent acheteurs à aucun prix. Nous avions une grande fabrique de ruolz et d'objets argentés; nous avions fait venir des artistes français et nous travaillions sur leurs dessins. Les Allemands ont copié nos modèles! Les Américains en ont inventé d'autres, qui sont d'un golut déplorable mais qui réussissent, ne coûtant presque rien... Pour les machines, pompes, tours, machines à vapeur, etc., comment lutter avec les villes
si
maritimes qui ont le même charbon, le même fer, le même cuivre que nous et qui n'ont pas le transport par voie ferrée? Certaines de nos grandes maisons ont songé à émigrer. Nos grands fabricants de vis, MM. Nettlefold et Gic, parlent de se rapprocher de la mer. La plus forte raanufacture de métal anglais, MM. Elliot et Gic, ont fait le calcul qu'à Newport ou Cardilf, la lntte redevient possible avec leurs oiiicurrents américains. En somme, de toutes nos industries, la seule bijouterie reste prospère, n'ayant presque pas à compter aver ces frais de transport^ ^
— Et quel remède entrevoyez-vuus à cet état de cl
— Un seul : l'union commerciale avec les colonies faudrait établir entre elles toutes et la métropole un> d'union douanière comparable au Zollverein allemand : on supprimerait toutes les douanes intérieures d'une colonie à l'autre, ou «les colonies à la métropole, et l'on rétablirait une douane extérieure contre les produits étrangers. Nous donnerions ainsi aux colonies le monopole de notre marché pour leurs matières premières. Elles nous donneraient le monopole de leurs marchés pour nos manufactures et nos produits ouvrés1.
Aux délégués de Birmingham, succèdent les gens de Sheffiekl, et les enquêteurs demandent à leur président :
— Le commerc de votre ville est-il en baisse? __
— (Test un désastre. Nous avons perdu le commerce de l'acier, et les autres sont en train de tomber : les grandes maisons qui fabriquaient des rails ont fermé leur- portes «•! les fabricants de verre à vitres parlent d'en faire autant. Les Allemands apportent leurs vitres jusque chez nous, et leurs rails d'acier, leurs essieux, leurs roues de wagons, etc., chassent dos produits d'Italie et d'Espaim*--.^ Dans le royaume, on peut dire que l'intérêt de Sheffield est lié aux intérêts de la classe agricole : c'est elle qui achète nos outils, fourches, bêches, boyaux, etc., et nos machines
1. Dépositions de MM. W. Lord et IL Mùller, délégués de la Chambre de commerce de Birmingham.
agricoles, et notre coutellerie. Quand le paysan ne gagne plus rien et quand le nombre des paysans diminue, nous n'avons plus de clients en ce pays. Or, la ruine de notre agriculture par les importations de l'Amérique, de l'Inde, de la Russie et des autres pays, n'est que trop évidente. Je la connais par mes voyageurs qui, en Ecosse comme en Angleterre, parcourent les districts agricoles, et qui me rapportent les plaintes de tous. Les statistiques officielles, d'ailleurs, nous la montrent : chaque année, dans ce pays, la superficie ensemencée diminue; depuis 1870, plus de quinze cent mille acres, jadis semés -de céréales, ont été donnés à la pâture; les fermages ne sont plus payés; le paysan vivant sur son capital restreint sa consommation... Au dehors, les États-Unis étaient notre gros consommateur. Mais, de puissance agricole, ils ont voulu devenir industriels, et leur tarif protecteur a permis à leurs fabriques de s'établir. Ce marché nous est fermé aujourd'hui. Il y a vingt ans, j'avais là-bas un commerce magnifique, a magnificent trade. J'avais un agent que je payais 400 livres par an '10 000 francs), pour tenir un dépôt, et qui me faisait d'énormes affaires. Aujourd'hui, c'est fini : je ne vends plus pour dix sous par an aux Américains... J'avais un commerce très étendu avec le Canada : il y a cinq ou six ans, j'y faisais encore des milliers de livres sterling. Le Canada a mis des droits, lui aussi, et je n'y fais plus mille livres par an... La France a doublé ses tarifs, et. dans le village de Wadsley, que j'habite, près de Sheffield, la misère est venue : nous fabriquions, en quantités énormes, un couteau que nous appelons fiât bock (dos plat), et qui se vendait en France. Je suis parti lundi matin de bonne heure; au moment de partir, ma femme me disait : « Beaucoup de familles sont dans une telle misère 1 voulez-vous me permettre de faire de la soupe pour tout le village? »... Les Russes nous ont aussi fermé leurs marchés : mon frère leur vendait, certaines années, pour quatre cent mille livres (dix millions de francs) de rails d'acier; aujourd'hui, ils fabriquent eux-mêmes... Bans nos colonies, la concurrence étrangère, les douanes et les mauvaises récoltes agissent de même contre nous.
En Nouvelle-Galles du Sud, je vendais cinq ou six cents douzaines de couverts argentés par mois; je n'en ai pas vendu une douzaine cette année.
— Vous avez parlé de la concurrence allemande; voyezvous quelques causes à leur sut'
— Un grand nombre. Les bateaux allemands prennent 7 shillings par tonne pour la côte ouest «1»- L'Amérique du Su«l : les gens de Londres nous demandent 20 shillings. Nous av.. us donc eu meilleur compte à passer par Hambourg. L'Allemagne a pris le chemin de nos marchés, I L'adresse de nos clients et, voyant nos bénéfices, elle a*\ falsifié nos marques. Elle a envoyé ses couteaux partout avec la marque Sheffield. Elle a même « piraté les noms de nos fabricants et voici des couteaux allemands vendus aux États-Unis avec les noms de nos meilleures maisons : Martin Brothers, Cuok Brothers, Elmwood cuttlerg company, i L h ii, c company, etc. Quelquefois, elle a employé la simple contrefaçon : la croix de Malte et l'étoile, avec le nom Uodgers, sont une des marques les plus demandées par n s clients d'outre-mer; voici des couteaux allemands avec i deux croix de Malte et le nom Rotgens... Les Allemands de Westpbaiie onl sur nous l'avantage du transport par eau, j sur le Rhin jusqu'à la merJLes tarifs de chemins de fer nous ruinent. Celles de nos usines qui fabriquaient de lourds produits, rails, essieux, plaques de blindage, etc., ont dû quitter les Ifidlands et se rapprocher de la côte. Certaines de nos maisons se sont transportées à Middlesborough, sur la mer du Nord, ou à Workington, sur la mer d'Irlande. Les autres se sont tournées vers la fabrication d'articles plus légers, vers la coutellerie surtout. Mais alors
il y a eu surproduction, puis manque d'ouvrage. > ouvriers ont émigré vers les Etats-Unis en très grand nombre, et c'est par mitre main-d'œuvre que la coutellerie américaine a été perfectionnée. Les Américains, ayant le même fer, le même charbon et les mêmes ouvriers que nous, « «il t pu nous battre sans peine, grâce aux tarifs protecteurs... Autre cause : les Allemands ont sur nous [ l'énorme avantage de l'éducation technique. En outre, ils l sont sobres et ils courent le monde. Ils se sont abattus par
! bandes sur ce pays. Ils nous ont inondé de leurs produits contrefaits. A Londres, dans la Cité, je connais des maisons qui fournissaient, il y a dix ans, les colonies et l'étranger de produits anglais et qui n'expédient plus aujourd'hui que de la camelote allemande. Cette camelote arrive avec la marque Sheffleld. Le consommateur trompé sur la qualité
• s'en aperçoit bientôt; mais c'est nous qu'il accuse et, quand il a fait deux ou trois expériences pareilles, il ne veut plus rien de nous; il s'adresse directement aux Allemands! ou aux Américains qui lui offrent alors de bons produits. " — Et voyez-vous un remède possible?
S~ — Pour remplacer le marché américain, qui jadis nous faisait vivre, il nous faudrait le marché colonial. Je crois que le seul moyen de nous venir en aide serait de fonder avec la métropole et nos colonies une Fédération, qui vivrait sur le régime du libre-échange entre tous ses membres, et sur le régime de la réciprocité avec le reste du monde. C'est peut-être une entreprise difficile; je ne sais pas si elle est réalisable; mais elle nous parait nécessaire l.
C'est à la fin de l'année 1885 que les gens de Sheffield et de Birmingham faisaient à la Commission d'enquête ces déclarations. En 1886, J. Chamberlain, encore membre du parti libéral, commençait en sourdine son opposition aux projets du leader Gladstone, pour cette affaire irlandaise, qui n'importait en rien aux Midlands. Le sentiment de la tâche nécessaire, l'impérialisme, s'emparait de lui. Il avait toujours été l'ami du premier lanceur de la Greater Britain, Ch. Dilke. Toujours associé de la maison Nettlefold, il pouvait jour par jour suivre la décadence du commerce... Les libéraux s'entêtant à la chasse du Home /fuir, J. Chamberlain leur faussa
i. Dépositions de MM. Ch. Belk, J. D. Ellis, R. Holmshaw, S. Osborne, etc., maitres-couteliers, présidents ou membres de la Chambre de commerce de Sheffield, Blue Book, C-4715, pp. 5, 74 88, 102, etc.
compagnie et fonda le nouveau parti unioniste, pour défendre l'union des trois royaumes sans doute, mais aussi pour entreprendre l'union de l'Empire. En 1887, il était envoyé en Amérique par ses nouveaux amis les tories, alors au ministère, afin de régler les éternels différends entre pécheurs américains et pêcheurs canadiens. Pendant un long séjour là-bas, il prêcha de ville en ville la nouvelle doctrine des Midlands :
Vos tarifs, disait-il aux Canadiens et aux Américains, sont beaucoup trop élevés. Croyez-moi : tôt ou tard il faudra renverser la muraille de Chine que vous avez élevée entre vous et Le commerce du monde, et rétablir le vrai régime de bonne entente, la réciprocité sans limite entre tous les peuples de langue anglaise. Vous avez tort de nous traiter comme une nation étrangère et rivale. Pour mon compte, je refuse en Amérique le titre d'étranger, et je partage l'avis de ce diplomate qui, devant le prince de Galles, divisait un jour l'humanité en trois classes : les Anglais, les Américains et les étrangers. Je confesse ma stupéfaction d'entendre certains mots dans la bouche de gens qui vantent la pureté de leur descendance et de leur langue anglaises, et qui attribuent à la politique anglaise une méchanceté, une duplicité, un amour de l'arbitraire, n'existant que dans leur imagination maladive1.
Il ne semble pas que cette prédication parmi les gentils ait t'ait beaucoup d'adeptes : ni le Canada, ni les États-Unis n'ont encore abaissé leurs tarifs douaniers. Mais, revenu en Angleterre, il poursuivit son œuvre , et sur ce terrain mieux préparé , la semence monta. La crise des Midlands ne faisait qu'empirer. Malgré quelques retours de fortune, les beaux jours de 1870-1873 semblaient et semblent encore a jamais perdus. Le Royaume-Uni, de 1850