‹ L'Angleterre et l'impérialismeChapitre 31 sur 149 · Londres, 6 novembre 1895; Londres. 9 juin · texte numérisé non relu

Londres, 6 novembre 1895; Londres. 9 juin

3. Titre d'un discours ù la Chambre des Communes, 20 mars 1893.

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/O L ANGLETERRE ET L IMPERIALISME

gleterre ne pourrait plus nourrir son énorme population... Car l'expérience nous montre que le commerce suit le pavillon, trade follows the flag1. » Voilà le principe qui fait de son impérialisme le couronnement de l'œuvre radicale, la dernière adaptation de toute la bâtisse gouvernementale aux besoins de l'Angleterre industrielle.

Aux marchands, aux fabricants, aux grands syndicats, aux Chambres de commerce et de navigation, à toute l'Angleterre du fer, de la houille et des tissus, — chassée des vieux pays par le protectionnisme, traquée ou tout au moins gênée dans les pays neufs par la concurrence des Allemands, des Belges, des Japonais et des Hindous, mécontente du présent, inquiète de l'avenir, — J. Chamberlain promet un Empire organisé en Union douanière, où les seuls produits anglo-saxons pourront circuler et s'échanger librement, d'où les produits étrangers seront écartés par des droits différentiels, et même, au besoin, par un tarif protecteur. L'Empire ne sera qu'une immense société coopérative de production et de consommation dont l'Angleterre, ayant les parts de fondateur, aura aussi les plus clairs des bénéfices.! Aux capitalistes, aux gens de bourse et de hanô^ûë; il promet la garantie impériale pour les emprunts plus ou moins usuraires que leur ont contractés les colonies. L'Empire se portera garant de tous ses membres. Or, telles de ses colonies, Tasmanie, Oueensland ou Nouvelle* Zélande, sont à la veille de la banqueroute. Le service de la dette absorbe en Tasmanie 43 0/0, en Nouvelle-Zélande 38 0/0, au Oueensland 36 0/0 du

1. Londres, 9 juin 1896; Birmingham. 22 janvier 1894; Devonshire Club, 9 avril 1888.

budget annuel1. Ce papier colonial va demain tomber au ruisseau, si la signature de l'Empire ne lui rend pas sa valeur...

J. Chamberlain a de pareilles promesses pour les spéculateurs de toute espèce et de tout vol, qui ont risqué leur argent ou celui des autres dans les chemins de fer du Cap ou de l'Australie, dans les tramways, éclairages et autres entreprises coloniales. Il promet que l'Empire rachètera avec forte prime les privilèges des grandes Compagnies, Bornéo, Niger, Rhodésia, East Africa, etc., — et l'on peut compter sur sa parole : il a engagé sa propre fortune et celle de sa famille dans ces sortes d'affaires. — Il promet que l'Empire supprimera ou diminuera les redevances payées par les mines d'or aux États propriétaires, — et l'on peut encore se fier à sa promesse : ses électeurs de Birmingham sont les plus gros actionnaires des compagnies minières; sa haine contre le Transvaal n'est faite que de leurs convoitises sur les gold fields. — Bref, à toute l'Angleterre de l'argent et du négoce. L'impérialisme grâce à J. Chamberlain apparaît aujourd'hui comme le bienfaiteur providentiel, le sauveur nécessaire : « La situation de l'Angleterre, dit la National Review^ lui fait une obligation de l'Empire; elle est obligée d'être la première des nations et de conduire l'humanité ou de renoncer non seulemenl à se- domaines, mais encore à son indépendance même. » Telle est aujourd'hui la conviction de l'Angleterre marchande, de la majorité du moins : J. Chamberlain à vrai dire ne lui a pas inculqué cette conviction. 11 n'a été lui-même, à son ordinaire. que le porte-parole de Birmingham.

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