Bine Dook, C462J, p. LOI
même de côté, dans le calcul des bénéfices, l'énorme stock de cotonnades empilées aux dépôts du royaume ou consommées bon an mal an par le public des deux îles aucun chiffre certain n'en peut être donné; mais la consommation annuelle de quarante millions d'Anglais est certainement énormej. Que Ton prenne seulement la valeur des exportations en fils et tissus depuis trente ans et que l'on mette en regard la valeur des importations de coton brut : la différence nous donnera la plus grosse part, mais une part seulement des bénéfices bruts du Lancashire. Or il apparaît que ces bénéfices depuis trente ans n'ont pas baissé, tout au contraire :
Valeur Bénéfices Moyenne Valeur du coton brut : des exportations : bruts des années. Importé. Réexporté. Consommé. Fils. Cotons, sur la seule — — — — — — exportât.
(En millions de livres sterling. )
La consommation du coton brut dans le Lancashire loin de diminuer, s'est maintenue et même, jusqu'en 1892, a monté :
Poids du coton 1867 1872 1877 1882 1887 1892
consommé. — — — — — —
millions de livres. 912 1135 1185 1519 1498 1812
Si de 1892 à 1897 elle a fléchi, les causes passagères de cette baisse ne doivent pas être cherchées au dehors du royaume : « la concurrence étrangère,
dit le Lancashire, ne compte pas pour un dixième dans nos pertes » ; mais il faut compter avec le snobisme de cette Angleterre unioniste, où les lords donnent leton, où sévit la morale du sélect el de la distinction des classes : l«i coton démocratique n'est plus de mise; les gentlemen ne doivent porter que des étofl'es chères^ lin, chanvre, laine ou soie. C'est le contraire <lc la révolution qui se produisit vers le milieu du xvne siècle, à l'arrivée des premières indiennes, quand Daniel de Foë stigmatisait « la folie générale pour le calicot, el les personnes de qualité s'habillant comme leurs femmes de chambre, et la reine elle-même portant les étoffés du vulgaire » : aujourd'hui, Jesse Collins et les bourgeois brummagem veulent être mis en personnes de qualité. Manchester déclarai! déjà aux enquêteurs de 1886 :
Parmi les causes de la crise actuelle, la première et la plus importante est le manque de consommation nationale pour les cotonnades : en 187d, cette consommation se chiffrait par 22 millions de livres sterling; elle n'est plus aujourd'hui que de 18 millions. El les importations étrangères '»nt monté de quinze cent mille livres à près de trois millions trois cent mille. Ces marchandises étrangères ne sont pas pi lans nos villes, à cause de leur qualité
ou de leur bas prix, mais à cause de quelques petites originalités qui les distinguent de nos articles nationaux. Tel calicot imprimé en Allemagne s'esl vendu en grandes quantités à cause d'un fond tabac qui le différenciait de dos articles meilleurs et moins chers. Les boutiquiers voulaient ce calicot, parce que, moins abondant, il De se trouvait pas chez tous leurs concurrents. En quelques semaines, ûous avons fabriqué le même calicol tabac; mais la saison était avancée déjà et la mode presque passée1.
1. Blue Book, C- 1715, p. 368. Cf. p. 166 : there has been a greater falling of in the home brade and the home trade iras more profitable; our competitors altacked the cream of the bettfsr class trade.
Mais le Lancashire pense que ce règne des lords ne durera pas toujours. La crise présente n'est pas plus lourde que bien d'autres, et Ton en sortira par le même chemin, avec les mêmes méthodes. Aujourd'hui, comme il y a un siècle, le Lancashire ne veut pour être sauvé que la liberté de travailler à sa guise : il ne demande à ses gouvernants que la paix. Quand les bonnes âmes du Fair Trade viennent lui proposer L'aide ou les conseils de l'État, ses réponses restent les mêmes :
Moins la législation interviendra dans notre commerce et plus solides seront les bases de notre prospérité. Il n'est pas douteux que parfois nous souffrons de surproduction. Mais ce n*est pas que nous produisions plus que le monde ne peut consommer : c'est que nous produisons plus que le monde ne peut réellement payer. L'important est donc de réduire au dernier degré possible nos prix et frais de production... La baisse n'a jamais atteint les manufactures qui avaient une spécialité, et toujours elle a été arrêtée par la création de nouveaux articles et par l'adaptation des vieux commerces aux nouvelles sources de demande, the dépression has been ehecked by the rapid adoption of neic manufactures and the adaptation of old tradesto new sources ofdemand1.
Rapide et incessante adoption de méthodes nouvelles, recherche constante d'innovations et de perfectionnements, adaptation sans trêve des vieux organismes aux nouveaux besoins, telle est la politique commerciale que, fidèle à ses traditions radicales, le Lancashire a suivie depuis vingt ans. Et il a gardé l'idéal aussi des radicaux d'autrefois : il ne met son espoir que dans le service de l'humanité, sa force que dans la condescendance aux désirs de tous : « Toute