Programme de
jamais trompé personne, ni le peuple qui l'applaudissait, ni « le vieux stupide parti » qui pourtant criait au scandale. Seule la naïveté française a pu se laisser prendre à ces parades et, quand il proclamait son respect ou sa sympathie des choses et des personnalités françaises, croire que celui-là, du moins, ne serait jamais un autre Crispi. Car, nous autres Français, nous pensons toujours que radicalisme et radicaux en tout pays sont des nôtres : nous oublions que le radicalisme anglais fut créé au temps de notre bon roi Louis XV et que les radicaux anglais ne nous doivent presque rien, sauf, peut être, le moyen commode d'exciter par notre exemple les revendications de leur peuple ou d'épouvanter par notre exemple les résistances de leurs aristocrates. Ne nous y trompons pas. J. Chamberlain, même quand il semblait parler notre langue, n'a jamais été des nôtres. Son radicalisme est entièrement anglais ou du moins anglosaxon ; s'il a emprunté quelque chose à l'étranger, c'est aux seuls Anglo-Saxons d'outre-mer. Dès le début (27 juin 1876), il disait à son peuple :
Eh bien, messieurs, je suppose que mon programme est radical, et qu'il a peu de chances d'aboutir à la chambre actuelle, ni même dans une chambre quelconque, tant qu'il n'aura pas été réclamé avec une vigoureuse insistance par le peuple de ce pays. Mais, tout radical, ce programme n'est aucunement révolutionnaire. Assurer une meilleure représentation du peuple, répandre la tempérance, amener le règne de l'instruction, écarter les obstacles au progrès politique et à l'union sociale, procurer la nourriture et le confort à des millions de nos concitoyens, voilà, je pense, des buts constitutionnels, que nous poursuivrons par des moyens constitutionnels... Il n'y a rien dans ce programme qui ne soit réalisé déjà dans nos domiciles d'outre-mer, nos domiciles d'Anglo-Saxons en Amérique
ou en Australie. Vous savez que là-bas nous avons des terres où habite la liberté, où le bonheur, la prospérité matérielle, le confort et la culture intellectuelle sont plus également répandus qu'en aucun autre coin du monde. On nous dit, messieurs, que l'Angleterre est le paradis du riche : ne tolérons pas qu'elle devienne le purgatoire du pauvre.
Ses adversaires, pourtant, ont grand tort de prétendre qu'il a voulu systématiquement « américaniser » la théorie et la pratique du gouvernement. Dès le début, il a protesté : « Plus on étudie les systèmes étrangers et plus ils apparaissent de mauvais guides pour nous-mêmes. Les différences de race et d'histoire, les influences du présent et du passé empêchent toute organisation politique de fonctionner semblablement en deux pays dissemblables, même aussi peu dissemblables que les États-Unis et l'Angleterre l. » En réalité, il n'a jamais eu qu'un maître. Birmingham, et ce maître ne lui a enseigné qu'une chose : les théories et le langage de l'ancienne Union Politique.
C'est toujours la même répudiation des tendances révolutionnaires et la confiance, comme il dit, « en la capacité d'un sage gouvernement, fondé sur la représentation de tout le peuple, pour ajouter quelque chose à la somme du bonheur humain ». Sans rêver la suppression violente de l'état actuel, il projette « la construction d'une société coopérative en vue d'une vie plus noble, plus large, plus heureuse, meilleure pour tous les citoyens et surtout pour les plus pauvres' ». C'est le radical cojistrucleur. « Car il y a deux sortes au moins de radicalisme. Le radicalisme