Blue Book, C-8963, p
3. Pour tout ce commerce actuel du Lancashire. voir la curieuse déposition de M. G. Behrens a l'enquête de 1896, Blue Book, C-8963, p. 21 et suiv.
des étrangers, qui leur servaient d'intermédiaires avec le reste du monde. Manchester a pris en main (••'Ile besogne. Elle estime aujourd'hui à 250 millions de francs les capitaux qu'elle a mis dans ses agences de distribution. Expérimentalement, à sa mode ordinaire, elle a trouvé les meilleures méthodes pour se mettre en contact avec l'univers. Elle se contenta d'abord d'envoyer un peu partout, presque au hasard, sa marchandise en consignation. Mais l'expérience prouva bientôt les risques de ce système. Manchester enrôla alors toute une armée de commis voyageurs qui se partagèrent le monde et qui partout, s'enquérant des besoins et des préférences de la clientèle, fournirent tout ce qu'on leur demandait, non seulement les cotonnades et les filés, mais encore tous les produits anglais. Non contente de distribuer ses propres marchandises, Manchester y joignit les marchandises des Midlands. Les boutiquiers de Birmingham, devenus unionistes, dédaignaient un peu de servir leur clientèle; le monde, trop honoré de les connaître, pensaient-ils, viendrait frapper à leur porte. Les lords de Manchester se firent revendeurs de quincaillerie et de coutellerie, de tous les articles <!.- Birmingham et de Sheffield l.
Pour cette vie nouvelle, Manchester a dû transformer ses hommes. Dans cette Angleterre nouvelle, où l'ignorance est de mode, où la science est méprisée, où la foi gouverne, où l'auteur des Fondemails de lu Croyance sera demain premier ministre, Manchester s'esl peuplée d'écoles, de bibliothèques,
1. Mue Book. C-8963, p. 28 : Many houses of Manchester distribute an enormous quanti ty of goods from the .Midlands. both ShefGeld and Birmingham meta! goods; tliat business is as fully
organiscd as the textile trades.
de laboratoires, d'établissements scientifiques. Elle est devenue ville d'université. Elle s'est créé des ingénieurs et des chimistes qui lui découvrent chaque jour de nouvelles recettes, des interprètes qui lui parlent ou lui traduisent toutes les langues du monde, et son armée de représentants au dehors n'a pas d'égale en leur connaissance du métier et des langues étrangères l. Elle a dû transformer son pays : de ville continentale, elle s'est faite port maritime. Elle a exécuté jusqu'à la mer un gigantesque canal, ce Ship Canal, qu'en sept ans, 1887-1894, malgré les boues du marais, au prix de 400 millions de francs, elle a creusé sur 57 kilomètres de long, 40 mètres de large et 8 mètres de profondeur. Elle achève de construire aux deux bouts de ce canal les docks et bassins nécessaires, et désormais elle se passera de l'intermédiaire de Liverpool. Elle trafiquera directement avec le monde : coton brut pour ses machines, provisions pour ses ouvriers, ce canal lui permet d'échapper pour sa vie quotidienne à la dure exploitation des compagnies de chemins de fer 2. Elle songe à compléter cette indépendance en se contruisant à elle-même une double voie ferrée jusqu'à la mer. Elle a fait son calcul : les frets exigés par les compagnies, qui la mettent en contact avec Liverpool, pourraient être diminués de 40 à 50 0 0 sans risque pour les capitaux engagés dans la nouvelle entreprise. Elle va se décider à l'œuvre si les compagnies ne veulent pas faire la part de ses intérêts.