‹ L'Angleterre et l'impérialismeChapitre 87 sur 149 · Elue Book, G-8963, p · texte numérisé non relu

Elue Book, G-8963, p

2. Mouvement du port de Manchester (Manchester Chamber of Commerce Monthly Record, janvier 1899; :

1894 9-25 milliers de tonneaux.

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Par ces métamorphoses successives, échappée peu à peu de la servitude du coton, elle ne dépend plus aussi étroitement d'une mauvaise récolte américaine ou d'une famine hindoue : elle a diversifié ses occupations et ses ressources. Sa Chambre de commerce s'est annexé de nouveaux comités à chaque annexion de nouveau travail. Cette Chambre est aujourd'hui une sorte de parlement commercial où toutes les questions intéressant le Lancashire sont étudiées dans le détail. Comité de Correspondance et de Finances, Comité d'Intérêt général, Comité de l'Inde, Comité de la Chine, Comité de l'Afrique, Comité de Navigation, Comité d'Éducation, Comité des Produits chimiques, la Chambre s'est partagé le monde réel et le monde scientifique, et rien ne lui échappe de ce qui peut promouvoir ou entraver la prospérité commune. Pour son public d'abonnés, elle publie chaque mois, sous forme de Rapport Mensuel, Monthly Record, un résumé de toutes les questions traitées par elle, et l'on voit ces marchands discutant en toute connaissance de cause la question des douanes belges et celle des crues du Tigre, L'affaire siamoise et la crise levantine, les tarifs portugais et les codes bulgares, le budget de Sierra Leone et la faillite brésilienne. Ce Monthly Record n'a d'égal en sa précise et abondante information que le Manchester Guardian, journal quotidien le mieux fait du monde peut-être, le plus renseigné et le plus impartial, le plus honnête : si le monde ne connai>sait L'Angleterre que par de tels répondants, bien des haines sans doute disparaîtraient de notre planète.

Car, fidèle à sou passé, celle voix de Manchester a toujours défendu ses vieilles croyances de solidarité humaine, de liberté et de paix universelles. Jamais

elle ne s'est encanaillée aux hurlements du jingoïsme ou de l'impérialisme. Forte de son expérience séculaire, Manchester a gardé sa foi en un monde de justice, où le travail est toujours récompensé, où la paix est toujours féconde, où la liberté seule grandit les hommes et les fortunes, où le bien-être de la communauté humaine, sans distinction de races, de couleurs, de langues ni de cultes, est le seul fondement inébranlable de toute puissance et de toute prospérité. Manchester, qui fait ses affaires, veille sur ses intérêts ; mais elle sait que pour les assurer, elle doit faire aussi les affaires matérielles et morales de ses clients. Elle sait par expérience qu'une Roumanie délivrée, où le chrétien affranchi pousse chaque année plus avant et plus bas ses champs de blé ou ses puits de pétrole, lui achète plus de marchandises que jadis lès misérables Provinces Danubiennes de l'Empire turc. Elle sait que le Bulgare, sauvé du massacre par son vieux grand old libéralisme, devient un meilleur consommateur à mesure qu'il se civilise. Elle a vu la richesse du Danemark, relevée par elle, servir ensuite à sa fortune personnelle. Et quand les gens des Midlands lui proposent de faire deux parts dans l'humanité, les Anglo-Saxons que l'on aimera pour les exploiter, et les autres que l'on combattra pour les ruiner, elle se souvient d'un résultat anticipé de cette politique impérialiste. Ce résultat typique, le voici.

Autrefois Ceylan, planté de café, faisait de l'Angleterre un des marchés de café du monde. Bon an, mal an, Ceylan envoyait à la métropole pour 90 ou 100 millions de francs de café, et prenait, en retour, des produits métropolitains. La Chine alors était le grand fournisseur de thé : elle en vendait aux Anglais pour 275 millions de francs en 1872, pour 300 millions

en 1875, et payait avec cette denrée les filés et les cotonnades de Manchester. Mais un bon Anglais ne consomme pas de café : pourquoi donc continuer à faire du café dans une colonie anglaise? Un bon Anglais par contre consomme du thé, et c'est une sottise de dépendre pour le thé national de ces Chinois menteurs, voleurs, qui trichent sur le poids et trompent sur la qualité... On arrache donc le café de Ce vlan, et l'Angleterre perd le commerce du café qui passe à Hambourg. On plante Ceylan de thé et l'Angleterre ne consomme plus que ce thé impérial. Alors pour payer les fils et cotonnades anglaises, la Chine n'a plus (pie son argent, et le Chinois avare tient à son argent, et cet argent est sans valeur ou fortement déprécié sur les marchés à étalon d'or. La Chine restreint donc ses commandes et cherche d'autres relations. L'Américain se présente, qui a besoin de thé et qui offre en retour des produits ouvrés de toutes sortes : la Chine noue avec l'Amérique la fructueuse alliance commerciale qu'elle avait eue jadis avec le Lancashire. Vivent l'Empire et les produits impériaux! des • 'Mitaines de millions de Chinois vont échapper à la clientèle anglaise, qui garde comme compensation quelques milliers de Cinghalais...

Malgré le cri des Midlands : l'Empire c est le Com. jnerce, Manchester ne croit pas que telles opérations puissent être fréquemment renouvelées. Elle a mille autres raisons de se défier de l'impérialisme. Cette politique nouvelle, importée de l'Allemagne, lui semble réactionnaire et moyenâgeuse; elle pense d'ailleurs que l'exemple de l'Allemagne a été singulièremenl interprété pai les promoteurs de l'Angleterre nouveau jeu. Elle esl persuadée que c'est malgré, et non par le protectionnisme, que l'Allemagne a

grandi1. Derrière la violence militaire et impériale, qui n'est, que façade et uniforme, elle aperçoit les forces réelles qui ont soulevé cette Allemagne endormie et l'ont revivifiée. Or il lui semble que ces forces, sous un autre nom, sont les mêmes qu'elle reconnaît et qu'elle développe chez elle depuis un siècle : l'effort de chacun vers le bonheur de tous, la poursuite du nouveau et du mieux pour le bien-être du plus grand nombre... Le fondateur de l'unité allemande, sous son uniforme de cuirassier blanc, lai apparaît comme le plus fort ouvrier du radicalisme en cette fin de siècle. Ce n'est pas la latte du cuirassier, pense-t-elle, qui a fait la fortune allemande : la guerre même légitime, même victorieuse, n'a jamais produit que misère et fainéantise, et le militarisme des Hohenzollern n'aurait donné que la servitude et la faim, si le libéralisme et le travail de la nation pacifique n'en avaient pas contrecarré le pouvoir destructeur.

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