‹ L'Angleterre et l'impérialismeChapitre 89 sur 149 · Reviev) of Reviews, 1897, août, p · texte numérisé non relu

Reviev) of Reviews, 1897, août, p

écoutent l'ancien leader Roseberry, qui, lord et gendre des Rothschild, est doublement intéressé à la réussite de l'affaire impériale. C'est de radicaux qu'est formé le petit état-major de J. Chamberlain. Les représentants de l'Angleterre pacifique et humaine sont morts ou réduits au silence. Le Cobden Club lui-même, l'héritier des grands principes de Manchester, le défenseur-né de la paix à tout prix, laisse passer sous ses fenêtres, presque sans murmurer, les chansons protectionnistes et les hurlements de guerre. La Chambre de commerce de Manchester proteste encore de son attachement au Free Tio.de qu'elle proclame toujours une « impériale nécessité ». Mais, après dix ans de refus, elle vient de consentir à entrer dans Y Association of Chambers of Commerce, et quand cette Association, à son dernier meeting (septembre 1899), demande la protection des sucres nationaux, le représentant de Manchester fait des distinctions et spécifie les cas où cette proposition pourrait être directty antagonistic to Free Trade, directement opposée au libre-échange1... Réduits au même silence ou à l'impuissance, les rares et derniers représentants de l'Angleterre chevaleresque et chrétienne paraissent découragés et vaincus, obligés d'accorder aux pires entreprises leur complicité tacite ou publique. La reine, vieillie, est entourée de « royaux » qui, tous intéressés dans les tripotages de l'Empire, ne rêvent plus de grandes actions que dans les compagnies à charte. Lord Salisburv. 1 héritier des Cécil, le chef nominal du gouvernement, laisse pratiquement les rênes au monopolist J. Chamberlain.

1. Manchester Chamber of Commerce, Monthly Record, octobre 1899, p. 236.

LE PANBRITANNISMË 23ii

En dehors de l'Angleterre seulement, les anciens vaincus du Royaume-Unis, les exploités et les opprimés d'autrefois, Ecossais et Gallois, sans parler des Irlandais, osent protester tout haut. Un peu par habitude de dissidents, beaucoup aussi par conviction profonde et par sentiment religieux ou humanitaire, mais bien plus encore par un juste souci de leurs intérêts, ils demeurent fidèles aux principes du radicalisme pacifique. C'est que leurs charbons de Cardiiï et leurs chantiers de la Clyde ont conservé la clientèle de l'univers. Jusqu'ici, la concurrence des deux mondes n'a pu ruiner leur ancien monopole. Pour les constructions navales, les statistiques du Lloyd montrent que l'année 1898 a été la plus favorable que les chantiers britanniques aient jamais connue. La marine de commerce leur a commandé 761 navires, d'un tonnage total de 1 307 570 tonneaux; la marine de guerre, 33 navires d'un tonnage de 120560 tonneaux; jamais on n'avait encore atteint ce chiffre. Pour la marine de commerce, surtout, ils dépassent l'année 1889 qui, ici, restait un peu légendaire par son activité.

Constructions navales de commerce.

Années. Tonneaux. Années. Tonneaux.

Il'

1898 i 3ot :;to

Sur ces chiffres l'Ecosse et ses voisins de Newcastle, Sunderland, Hartlepool cl Middlesborough accaparent presque tout, soi! environ 1 200000 tonneaux1.

[.Glasgow 242256 tonneaux, Newcastle 9 3551 tonneaux.

Dock.... 149049 — Sunderland 258754 —

Autres ports Middlesborough. 140729 —

-sais... 13 3-25 — Hartlepool 125791 —

Or, l'Angleterre est sans doute la meilleure cliente de ses propres chantiers : en 1898 , elle a pris 1 061 642 tonneaux. Mais ses colonies et les autres pays anglo-saxons, l'Empire, en un mot, ne figurent presque pas dans cette statistique; à eux tous, ils n'ont pas commandé 20 000 tonneaux. C'est la clientèle du Danemark (45 000 tonneaux), de la Norvège (44 000 tonneaux), de la Russie (38 000 tonneaux), de l'Allemagne (36 000 tonneaux), du Japon (20 000 tonneaux;, de la Hollande et de la Belgique (26 000 et 17 000 tonneaux;, qui alimente les chantiers écossais. De même, les constructeurs militaires ont profité sans doute de la politique impérialiste et de la flotte toujours augmentée. Mais, eux aussi, ils ont la clientèle du inonde, et, si le Royaume-Uni leur commande 70000 tonneaux, le Japon, la Russie, la Chine, le Chili, le Portugal leur en prennent plus de 50 000.

Le charbon, de même, ne peut pas être impérialiste. Depuis quarante ans, il a sextuplé ses exportations, chaque année marquant un progrès1 :

Exportation de charbons anglais (en milliers de tonnes) : 1857 1867 1877 1887 1897

et les années 1898 et 1899, malgré la grève énorme et longue des mineurs gallois, n'a pas vu faiblir le chiffre de 1897; les houillères du Royaume-Uni ont encore vendu au monde 36 et. 43 millions de tonnes. Or, toutes les colonies anglaises et les pays anglo-saxons ne figurent pas pour plus de 2 millions dans ce total. C'est la Baltique et la mer du Xord (13 millions de tonnes), c'est la Méditerranée (17 millions de tonnes) qui sont

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