I. Discours à Philadelphie, 29 février
.'. Pour ces chiirres et le- suivants, Blue Dook. C-S3^, 2091,3637, 7042 el *>96.
avait marqué une reprise, qui se soutint pendant quelque temps et qui durait encore en 1888 :
Millions de livres sterling.
Ii s'en fallait encore de 6 millions de livres (150 millions de francs que l'on retrouvât les affaires de 1872; on ne les atteindra de nouveau qu'une seule fois, en 1890. La puissance d'absorption n'avait pas diminué pourtant dans ces États-Uni?, qui, de 40 millions d'âmes en 1870. étaient passés à 60 millions en 1888, et dont les industries pourtant étaient presque nulles encore. C'est qu'un habile concurrent était venu braconner sur la chasse anglaise. Toutes les Chambres de commerce du Royaume-Uni commençaient à dénoncer la concurrence allemande. C'était l'Allemagne qui détournait vers elle les 6 ou 8 millions de livres sterling qui manquaient désormais à la colonne des importations anglaises. Ce n'est pas tout. A regarder le détail de cette colonne elle-même, on pouvait voir qu'un grand changement s'y était fait. Jadis, l'Angleterre importait surtout ses propres marchandises et produits. Les chargements coloniaux ou étrangers n'entraient que pour une faible part dans ses importations : 3 millions de livres à peine sur les 31 millions de 1870, 3 millions sur les 46 millions de 1872, et de même jusqu'en 1879 où, brusquement, les statistiques accusent o millions de produits étrangers sur 25 millions d'importations totales, puis 7 millions sur 38 1880), puis 9 millions sur 36 (1883), puis 9 millions sur 31 '1885), puis 10 millions sur 37 (1886), enfin 12 millions sur 41 en celte année 1888. C'était encore l'article allemand qui prenait la place du similaire anglais. C'était l'invasion
LE PANBRITANNISME 203
par navire anglais de cette camelote mode in Germany, que dénonçaient avec tant d'amertume la plupart des témoins devant la Commission parlementaire de 1885 : les couteliers de Sheffîeld déclaraient que cette camelote avait expulsé leurs propres articles et quelques-uns disaient avoir renoncé à la lutte désormais impossible '.
On comprend alors quels bénéfices nets J. Chamberlain espérait du panbritannisme en 1888. Enclore le marché yankee dans le domaine impérial, exclure les articles étrangers de cette terre anglo-saxonne, bref, ajouter les États-Unis et leurs 60 millions dames aux chasses réservées que l'industrie et le commerce britanniques voulaient accaparer dans le monde, c'était à coup sûr, en 1888, une idée d'homme pratique, un calcul de bon commerçant. Mais, depuis 1888, les choses ont un peu changé. L'Amérique voulut devenir industrielle et, derrière ses tarifs protecteurs, elle s'est outillée. Aujourd'hui, elle n'est plus tributaire de l'Europe que pour la laine et pour la soie. Si le chitî're des importations anglaise- s'est a peu près maintenu, en diminuant toutefois,
Millions de livres sterling.
il faut noter que le chiffre des produits anglais a grandement décru, au profit des produits étrangers que voiturent les navires britanniques :
Importations anglaises aux États-Unis.
Produits anglais 23,9 27,9 20,9
Produits étrangers 13,5 11. 1 16 16,6
Millions de livres sterling.