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colonies anglaises, et quelles causes pourront contribuer à la modifier.
Telle qu’elle est établie à l'heure actuelle, l'autonomie donue aux colonies qui la possèdent l'apparence de véritables États mi-souverains. Même en tenant compte du contrôle effectif exercé par la métropole, on ne peut s’empêcher de reconnaître qu'avec leurs constitutions, leurs gouvernements, et leur politique distincts de ceux de la Grande-Bretagne, ces colonies possèdent presque les attributs de l’indéperdance.
Ainsi s'explique ce fait que les expressions de colons et des colonies ne soient guère en honneur dans les colonies mêmes (1). Les Canadiens et les Australiens, en particulier, tiennent à se mettre absolument sur le même pied que les citoyens habitant le royaume-Uni et pour cela évitent de prendre la qualité de colons qui pourrait les amoindrir. Ce sentiment s'est même traduit sous une forme officielle à la conférence de 1907 qui ne s’est plus appelée conférence coloniale comme les précédentes, mais conférence Impériale. On aurait tort de ne voir là qu'une question de mots; c’est au contraire la manifestation d’une tendance de plus en plus marquée des colonies autonomes à s'élever au rang des nations égales à la métropole dans le sein de l'Empire britannique.
Mais cette égalité de droit est inconciliable avec l’existence du contrôle impérial. Aussi est-il difficile de trouver dans le vocabulaire du droit des gens une formule qui
caractérise d’une façon assez exacte le statut international
(1) V. A. Siegfried. Le Canada.
des colonies autonomes (1). C’est cependant ce qu'un auteur a tenté de faire. Il commence par reconnaître que ces colonies, grâce à leurs organes constitutionnels sont douées d’une vie propre, et qu'en principe, leur gouvernement est la reproduction du gouvernement britannique ou même une émanaltion de celui-ci. Or, il existe d’autre part une subordination générale, spécialement au point de vue diplomatique et militaire.
L'auteur en conclut que ce sont là les relations d'État protecteur à État protégé.
À première vue, cette opinion paraît fondée et l'idée d'assimiler à un protectorat le contrôle de la Grande-Bretagne sur ses colonies autonomes ne mauque pas d'originalité. Cependant une observation plus attentive montre que ce ne sont là que des apparences.
Il se peut, en effet, qu'à l'heure actuelle, les colonies autonomes présentent quelques traits de ressemblance avec les États protégés. Mais cela ne prouve pas qu'il y aitidentité. Pour se rendre compte de la véritable nature des uns et des autres, n'est-il pas plus logique de considérer leur évolution que de les étudier dans un certain état stationnaire ? On s'aperçoit alors que les États protégés ont une personnalité internationale amoindrie mais qui ne se confond pas avec celle de l’État protecteur, tandis que l’on ne saurait reconnaître cette personnalité aux colonies autonomes, malgré les facilités dont elles jouissent en matière de traités. Autre différence capitale : les premiers ont
évolué de l'indépendance vers la sujétion ; les secondes, au
(1) Speyer,p. 86.
PPT PT RTE F7]
contraire, se sont dégagées d'une tutelle étroite pour arriver à l'autonomie, et rien n'indique qu’elles ne doivent pas un jour aller plus loin.
Il n’est donc pas possible d’assimiler les colonies autonomes à des États protégés. D'ailleurs, cette dernière expression désigne des situations trop variées et trop mal définies pour pouvoir s'appliquer aux jeunes nations de l'Empire britannique.
En somme, nous pensons que les colonies autonomes doivent être mises à part et qu'elles ne peuvent rentrer dans aucune des catégories d'États prévues par le droit international.
Si l’on peut mesurer l'étendue et la valeur de l’autonomie, il est plus délicat d'apprécier les éléments capables d'influer sur son avenir. Trois façons se présentent, en effet, d'envisager celui-ci. Ou bien l'unité rêvée par les Impérialistes se réalisera, ou bien au contraire, on assistera à une émancipation progressive des colonies. Ou bien enfin, le statu quo a des chances de se maintenir encore pendant une période assez longue.
L'étude des conférences coloniales nous a montré que la Fédération Impériale n’était réalisable que si l’Angleterre devenait prolectionniste. Or, l’Angleterre ne paraît pas disposée pour le momeant à accomplir une telle réforme. Si la campagne de M. Chamberlain a pu diviser l’opinion jusqu'alors unanimement favorable au libre-échange, si les dernières élections ont marqué un progrès des conservateurs protectionuistes, il n’en demeure pas moins vrai que la réforme du tarif n’est pas près d'être accomplie.
L’échec du mouvement Impérialiste et uéo-protection-
nisle va-t-il amener un relâchement plus complet des liens qui unissent la métropole à ses colonies ? Or, l'autonomie de ces dernières est tellement large qu’elle ne saurait s’étendre sans aboutir rapidement à une brusque séparation. Mais cette solution se conçoit encore moins que la première. Dans l'état actuel des choses, on ne voit pas pour quelles raisons une colonie autonome se séparerait de la métropole comme le firent les Etats-Unis au xvin* siècle. Un des bienfaits de l'autonomie est justement d’éloigner les causes de conflit.
D'ailleurs, si un conflit se produisait, les colonies seraient-elles disposées à en profiter pour se séparer de la Grande-Bretagne ?
Nous touchons ici à la troisième solution. Dire que les colonies n’ont pas pour le moment de motifs de se séparer de la métropole pourrait, à la rigueur, suffire à expliquer le maintien du statu quo. Mais il y a, croyons-nous, de meilleurs arguments à invoquer en faveur de celui-ci. D'abord, on doit tenir compte du loyalisme encore vivace aux colonies qui lont manifesté en diverses occasions. En outre, elles trouvent des avantages certains à faire partie de l'Empire. Elles ont bien déclaré que les avantages commerciaux devraient être étendus, mais cela n'indique pas que ces avantages soient négligeables.
Enfin, ce qui contribue surtout à maintenir la cohésion de l'Empire, c'est la richesse et la force de la Grande- Bretagne. Les capilaux et la marine britauniques sont de précieux agents de prospérité pour les colonies. De plus, au point de vue politique, où doit convenir qu’elles ont le
plus grand intérêt à faire partie d’un puissant Empire
comme l’Empire britannique. Ce fait leur garantit une sécurité qu'elles perdraient aussilôt si elles étaient livrées à leurs propres moyens.
Il existe donc des raisons positives pour que les colonies autonomes restent attachées à la Grande Bretagne. Tant que ces causes agiront, la situation actuelle peut se perpétuer.
Tant que son influence politique prévaudra dans le monde, tant que sa flotte sera maîtresse des mers, l’Angleterre conservera la même puissance d’aitraction sur ses colonies autonomes.
Peut-être cette idée a-t-elle influé sur la réunion de la récente conférence de défense Impériale à Londres. Renonçant aux vastes programmes des conférences coloniales, le gouvernement britannique a voulu profiter des sentiments loyalistes des colonies pour aboutir à une entente militaire aver elles.
La conférence d'août 1909 a établi en principe l’unité de vues et de direction dans la défense de l'Empire. L'Australie etla Nouvelle-Zélande doivent faire construire chacune à leurs frais, un cuirassé de premier rang, sans compter diverses unités de moindre importance qui constitueront une flotie australasienne, Le Canada s'est encore abstenu de promettre un concours aussi efficace à la défense [mpériale. En somme, le côté militaire de l'Impérialisme est le seul qui ait abouti jusqu'à présent à un résultat posilif. C'est, du reste, un point très important de réglé, et on se demande si de nouvelles ententes partielles, ne pourraient pas être obtenues sur d’autres
questions.
Quant aux discussions d'ensemble, comme celles des conférences de 1902 et 1907, par suite de l'échec de la
Tariff reform aux dernières élections, elles risquent de rester stériles et d'échouer sur la question douanière. Il n'y aurait guère à attendre, dans ‘ces conditions, d'une nouvelle conférence impériale.
En résumé, nous voyons que tout en s’abstenant d'émettre des pronostics sur les chances de succès des projets de M. Chamberlain, ou sur les risques de désintégration de l'Empire britannique, on peut arriver, par l'étude des relations actuelles entre la Grande-Bretagne et ses colonies autonomes à se faire une idée de ce que deviendront ces relations dans un avenir assez rapproché.
Ainsi l’autonomie des colonies combinée avec le contrôle Impérial nous paraît être une forme d’organisation très viable et nullement contraire à la prospérité future de l’Empire britannique.
Nu Le Doyen, Vu : P. Cauwès.
Le Président de la thèse, Paul Leskur.
Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris, Pour le vice-recteur, l'Inspecteur de l'Académie.
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