PTS
Quant aux délégués du Natal et du Transvaal, Moor et Botha, ils représentent le parti de la conciliation.
Les questions abordées furent celles prévues par le programme.
On commence par élablir la périodicité des conférences de quatre en quatre ans, et on crée un secrétarial permanent dépendant du ministère des colonies.
Vient ensuite la question de la Défense Impériale. Les ministres britanniques ouvrent le débat, en renouvelant l'exposé des griefs que la métropole peut avoir contre les colonies. Dans un tableau dressé à cet effet, ils montrent que la contribution pour la défense est de £ 1.9.3 par tête en Angleterre, et de 4 sh. ÿ seulement aux colonies.
Les colonies doivent donc assurer d’abord leur défense locale, et ensuite contribuer sérieusement à l'entretien de la marine Impériale.
M. Haldane propose un plan d'organisation de l’armée destiné à assurer l’unité de direction et d'efforts. Lord Tweedmouth, premier Lord de l'Amirauté, fait un tableau très rassurant de la force de la flotte, en avance de 616.893 tonnes sur les flottes américaine, allemande et française, mais toutes les charges en retombent sur le Royaume-Uni, et les colonies doivent augmenter leur contribution.
Deakin et Ward, heureux de manifester en cette occasion leurs sentiments impérialistes s’empressent de promeltre leur concours au gouvernement britannique.
Sir W. Laurier chargea son collègue, M. Brodeur, de parler au nom du Canada. M. Brodeur déclara en substañce
que la contribution du Canada était déjà assez forte, malgré les apparences contraires, el il fit valoir les dépenses consacrées à l'entretien des forces sur les Grands Lacs et des câbles sous-marins. Mais on ne pouvailpas dire que ce fut là une contribution directe aux charges de la marine Impériale, alors que Terre-Neuve avec son maigre budget, avait fait les frais de la construction d'un dock de grandes dimensions.
Ainsi l'attitude du Canada à la dernière conférence est en désaccord, sur la question de la défense, avec celle des autres colonies. Depuis, le Canada est toujours resté en arrière pour les offres de navires adressées à la métropole.
La marine marchande fut l'objet d'une proposition intéressante de M. Deakin, tendant à interdire le cabotage entre les parties de l'Empire aux navires des puissances qui ont établi chez elles le monopole du pavillon pour le cabotage. Un vœu dans ce sens fut adopté malgré l’opposition du président du Board of Trade et ses excellents arguments sur les effets néfastes d’une pareille mesure. C'était là un avant-goût des discussions qui allaient s’engager sur la question commerciale.
Mais auparavant, les questions de l'émigration aux colonies et des appels au Conseil privé retinrent l’attention de la conférence. Au sujet de l’émigration, des opinions assez dissemblables furent exposées par les délégués coloniaux. Deakin demanda que l'Angleterre dirigeat le courant d'émigration vers les colonies, en spécifiant que l'émigration des capilaux devrait accompagner celle des hommes et qu'elle était même plus souhaitable. Ward se.
rangea à cette opinion. Jameson soutint, au contraire, que l’'émigration devait être organisée par les gouvernements coloniaux eux-mêmes qui devaient entretenir en Angleterre des agences spéciales comme l’a fait le Canada.
Même sur le terrain judiciaire, les institulions actuelles de l’Empire attirèrent les critiques de M. Deakin. Il attaqua la juridictiou du Conseil privé tel qu’il existe en demandant la formation d’une Cour d’appel impériale dont la compétence s’étendrait à tous les cas graves. Il voyait là un nouveau lien à établir entre les colonies et la métropole qui les placerait toutes sur un pied d'égalité. Il est certain que le Conseil privé fait trop partie du gouvernement métropolitain pour ètre une institution vraiment impériale, selon l'idéal de M. Deakin. À défaut d'une nou: velle Cour, celui-ci demanda pour les colonies le droit de provoquer ua ordre du Conseil qui transférât la compéteuce pour un cas déterminé à la Chambre des Lords. Jameson, Botha et Noor proposèrent l'organisation de Cours d'appel par colonies ou groupes de colonies, en particulier pour l'Afrique du Sud, en réservant l'appel au Conseil privé : somme toute, ils ne demandaient pas de changements sensibles à la situation existante, et on peut dire que la récente fédération Sud-Africaine leur a donné satisfaction sur ce point. ;
Ces divers projets ne rencontrèrent pas d'opposition de la part du gouvernement anglais, dont le représentant fit seulement remarquer que la question de la fusion du Comité judiciaire dn Conseil privé et de la Chambre des Lords avait déjà été envisagée, el que cette mesure
n'avait pas paru praticable.
Ces débats se terminèrent par un vœu tendant à la réorganisation des appels au Conseil privé. Après la conférence, une réforme partielle a été mise à l'étude.
5) Tarifs préférentiels. — On aborda enfin dans la séance du 30 avril la question la plus épineuse, celle des tarifs préférentiels. Nous savons déjà que le gouvernement britannique était décidé à ne prendre l'initiative d'aucune discussion à ce sujet. Sur la demande expresse et unanime des colonies, le programme de la conférence comportait cependant la question de la réforme douanière; mais les délégués britanniques devaient se contenter de défendre la politique fiscale de leur gouvernement.
Deakin était tout désigné pour se faire le porte-paroles des impérialistes extrèmes et il n’y manqus pas. Il ne pouvait guère espérer convaincre le gouvernement brilannique trop nettement opposé à la réforme des tarifs : il ne mit que plus d’âpreté à exposer les revendications coloniales.
Jameson et Ward soutinrent le point de vue de Deakin mais avec moins de fougue et d'insistance.
Les arguments que tous trois employèrent, nous les connaissons déjà suffisamment, de même que ceux des ministres anglais dans leurs réponses. Seulement, de part et d'autre, ils furent formulés avec plus d'ampleur ; et l’intérêt nouveau de celte discussion se trouve dans l’opposition formelle existant entre le gouvernement métropolitain et les colonies autonomes.
Les ministres libéraux apportèrent le plus grand soin à réfuter les allégations des premiers coloniaux en faveur
de la préférence.
M. Asquith, chancelier de l’Echiquier commence par
défendre au point de vue doctrinal la politique libreéchangiste de son gouvernement, inspirée par les tendances et les besoins du peuple anglais. Il repousse toute réforme du tarif douanier, mais promet des mesures d’un autre ordre pour encourager le commerce des colonies dans le monde.
M. Lloyd George, ministre du Commerce, apporte ensuite des arguments plus précis. Il montre que la situation du commerce et de la marine marchande est plus prospère qu'on ne le prétend. De plus, il déclare illusoire l'opinion que l'Empire peut se suffire à lui-même.
Enfin, M. Winston Churchill, ministre des colonies, critique le système de la préférence au point de vue constitutionnel. Il le déclare contraire au principe du self government, car il implique une intrusion fâcheuse du Parlement Impérial dans les affaires des colonies.
Une conciliation entre les deux politiques en présence était bien difficile à obtenir, et l'on n'y songea guère. Cependant, Sir Wilfrid Laurier, qui s’était tenu à l'écart de la discussion intervint à la fin pour empêcher celle-ci de rester absolument stérile. Il proposa le vote d’un vœu reproduisant celui de 1902 en faveur de la préférence. Cela ne pouvait compromettre les ministres britanniques ; Mais les délégués coloniaux avaient là un moyen d'affirmer la persistance de leurs aspirations. Le vœu fut donc adopté.
Dès lors, l'intérêt de la conférence était pratiquement épuisé. Les deux dernières séances suffirent à l'examen de diverses questions secondaires. Des vœux furent votés, l'un en faveur de la codification et de l'unification des
traités de commerce régissant les relations commerciales des différentes parties de l'Empire ; un autre en faveur d’une législation uniforme sur les brevets et marques de fabrique, et un dernier sur l’extension des moyens de communications maritimes et télégraphiques (4).
La conférence prit fin le 14 mai. On doit reconnaître que ses résultats positifs furent minces, et qu’elle contribua surtout à mettre en lumière la contradiction fondamentale entre les vues du gouvernement métropolitain et
celles des gouvernements coloniaux.
(1) La naturalisation et la réduction des frais de poste à 1 penny furent reservées pour des négociations ultérieures.
Les différentes questions que nous avons abordées dans cette étude se rattachent à trois ordres de faits principaux. D'abord la naissance et le développement de l'autonomie politique et commerciale dans chacune des colonies de peuplement. En deuxième lieu, la constitution des grandes fédérations coloniales. Enfin les tentatives faites pour établir plus de cohésion entre la métropole et les nouvelles nations qui se sont formées aux colonies. Nous n'avons nullement essayé de donner une vue d'ensemble de l’Empire Colonial britannique, mais plutôt de tracer un simple tableau des rapports de dépendance entre la Grande-Bretagne et ses colonies autonomes, permettant de déterminer la véritable condition juridique de ces dernières.
D'autre part, nous avons remarqué que le mouvement impérialiste n'avait pas encore produit de résultats pratiques appréciables, mais qu'il devait nous intéresser comme pouvant modifier le développement de l’empire britannique. En particulier on pourrait se demander comment la Fédération impériale réagirait sur l'autonomie des colonies.
Mais nous croyons que pourle moment ce serait là une
vaine recherche. Eur l'histoire des conférences coloniales suffit à montrer que la fédération Impériaie est encore bien éloignée. Est-ce à dire que les colonies autonomes ne sauraient continuer à se développer sans cette Fédéralion ? [l parait difficile de l’admettre. L'opinion générale leur prête au contraire un brillant avenir.
Seulement, avant que l'Union britannique ne soit réalisée, en supposant qu’elle doive jamais l’être, la question se pose de savoir comment évoluera la forme de gouvernement des Colonies autonomes. Il est naturel, en effet, de se demander si leur dépendance à l’égard de la métropole ne finira pas par s’alténuer au point de faire place à une indépendance complète.
Il serail sans doute téméraire de vouloir dès maintenant formuler des prévisions à ce sujet. Cela exigerait des moyens d'information qui ne sont pas à notre portée et sortirait du cadre de notre travail. D'ailleurs les événements n’ont pas encore pris uné tournure assez décisive pour que l'on puisse entrevoir l'avenir qu’ils préparent.
Il faut done se borner à constater d’une part l’étendue de l’autonomie des colonies à gouvernement responsable et d'autre part les tendances centralisatrices qui se sont manifestées depuis la fin du xixe siècle. Si les colonies autonomes paraissent à certains égards évoluer vers l’indépendance, on doit admettre également que des forces puissantes agissent en sens contraire.
Après avoir étudié séparément ces deux ordres de faits il nous reste à grouper les données qu'ils fournissent pour
savoir quelle est exactement la portée de l'autonomie des
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