LEPREUVE DE LA PAIX
de s'appeler les enfants de la Grande-Bretagne.
Combattons l'eïrreur comme le médecin combat la maladie. Soyons unis dans un même esprit pour détruire ce qui est faux et vil et pour faire triompher ce qui est vrai et bon. Renouvelons dans la vie de la démocratie moderne les grandes fondations de la conduite morale. Et communiquons à la vie de notre peuple tout entier l'inspiration vivifiante de l'intelligence.
Pour arriver à nos fins, attachons une valeur nouvelle à la vérité. Ainsi que je l'ai soutenu d'un bout à l'autre de ce livre, la guerre qui a dévasté l'Europe est avant tout le châtiment d'une pensée fausse. La vérité est de l'essence même de la morale et sans intelligence la pensée est à la merci de mille hasards. Avec le même souci scrupuleux de pensée exacte qui caractérise l'homme de science, l'inventeur et l'ingénieur, cherchons la vérité dans le domaine des idées, cherchons-la dans toutes les questions sur lesquelles nous sommes appelés à donner notre opinion même en passant. Ayons peur de ne pas penser juste. Ayons honte de commettre une erreur dans nos opinions.
Je crains que dans notre inquiétude de l'avenir nous ne nous reposions trop sur les émiotions causées par cette guerre. Il y a parmi nous iine unanimité et un esprit de sacrifice qui semblent assurer dès maintenant l'avenir du pays. Notre inquiétude est disposée à mettre sa confiance dans ces dispositions d'esprit et à croire qu'elles résoudront les problèmes qui réclameront la plus haute intelligence et
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le plus entier dévouemeat aux considérations morales. Le prince Trubetzkoy m'a mis en garde contre ce danger, à Moscou, au commencement de cette année (1916). La guerre est [un mal, m'a-t-il dit, et un mal absolu ; presque tout l'esprit de sacrifice qu'elle suscite dans la population civile n'est qu'une réaction morale contre le satanisme. On ne peut pas se fier aux réactions. Il nous faut, comme Henry James l'a dit, un équivalent moral de la guerre. Si les hommes et les femmes n'étaient pas disposés avant la guerre à se sacrifier et à travailler pour la prospérité générale, ils ne seront pas disposés à consentir des sacrifices quand l'excitation provoquée par la guerre se sera calmée. Une autre réaction pourra se produire, faite d'un Tredoublement d'indifférence.
Le professeur Foerster de Munich prêche le même avertissement à l'Allemagne. Dans un livre qu'il vient de publier. Le christianisme et la guerre, ce courageux professeur, après avoir châtié vigoureusement les mauvais chrétiens qui cherchent à justifier la guerre, s'en prend à ceux qui [prétendent que la guerre a donné à la nation l'esprit de sacrifice et l'idéalisme. Il dit : « Attendons que la guerre soit finie et nous verrons alors jusqu'à quel point nous sommes unis, jusqu'à quel point nous sommes disposés à faire des sacrifices, et ce que valent nos idéals. L'héroïsme du champ de bataille est différent de l'héroïsme, de l'esprit de sacrifice et de la discipline de chaque jour en famille, dans l'exercice d'une profession, ou en société. Croyez-moi, ces grandes
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vertus ne seront pas fortifiées ; des profondeurs de cette fureur guerrière surgiront dès choses imprévues et terribles et il faudra recourir à toutes les puissances bienfaisantes de la ferveur religieuse et morale pour les combattre, car il y va de notre vie spirituelle. »
« La guerre, dit le professeur Foerster, ne renouvellera pas notre vie religieuse et morale. Bien au contraire. C'est seulement quand notre christianisme sera guéri de l'ivresse guerrière, quand nous aurons repris notre sang-froid, que nous aurons honte de ce que nous avons fait, que nous reconnaîtrons que nos illusions sont bien toutes des illusions, c'est alors seulement que l'Evangile accomplira ses miracles dans les cœurs de notre peuple. Nous ne pouvons espérer retirer un avantage moral etjreligieux de cette guerre que si nos âmes sont absolument pures de toute joie belliqueuse, de tout délire guerrier, de tout amour de la guerre pour la guerre. Sinon notre vie morale et religieuse est condamnée sans retour. »
Nous verrons bientôt revenir à la vie civile, au moment oii se posera le problème très difficile de la réorganisation de nos industries, des millions d'hommes qui auront mené une vie aussi peu naturelle que possible et des milliers d'hommes qui auront égorgé leur prochain dans des combats corps à corps. Il ne sera pas facile de faire rentrer ces gens dans la monotonie de l'existence industrielle et cela sera impossible si l'esprit 'de cette existence industrielle n'est pas différent de ce qu'il était
avant la guerre. Nous devons tendre de toutes les forces de notre intelligence et de notre ferveur morale à ce que le moment qu'il y aura entre la guerre et la paix soit un moment de vie spirituelle intense et profonde. Ceux qui rentrent doivent trouver des idéals nouveaux qui attendent leur retour et se sentir encouragés dans leur âme à mener une vie vraiment dignes de l'homme.
L'Allemagne, on le voit à certains signes, se réveille de son rêve. Elle détourne les yeux de son luxe et de sa domination et regarde en arrière vers sa simplicité et sa paix passées, de même que Goethe, arrivé au pinacle de la renommée se reportait au temps de sa jeunesse et soupirait :
Ce que je possède me semble éloigné.
Et ce qui s* est éç>anoui est devenu pour moi le réel.
Treitschke, D. F. Strauss et Bernhardi ont trompé l'attente de l'Allemagne. Dans la misère qui suivra nécessairement cette guerre, le peuple allemand reviendra à son grand Gœthe et comparera l'enseignement de ce ministre de la guerre qui réduisit les effectifs d'une armée (*) avec l'enseignement de ses chefs d'aujourd'hui. « Notre culture et la religion chrétienne elle-même, enseignait Gœthe, tendent à développer les relations entre les peuples, la communauté des intérêts, la modestie de ton et toutes les vertus sociales. » « Je suis un fils de la paix et je
(^) En qualité de ministre de la guerre de Charles-Auguste, duc de Weimar, Gœthe réduisit de moitié les effectifs de l'armée qui passèrent de 600 hommes à 300.
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suis pour qu'on vive en paix avec le monde en tous ^ temps. » « En vérité la guerre est une jnaladie pendant laquelle la sève qui devrait nourrir et soutenir un corps sain alimente quelque monstruosité de la nature, » « Le désir de guerre qui démange nos gouvernants me trouble comme un mauvais rêve. » Gœthe enseignait que « chaque peuple fait entendre sa note dans le grand chœur de l'humanité ». Il proclamait sa dette envers les cultures anglaise et fran- ' çaise. Et il mettait en garde le peuple allemand contre l'égoïsme de la domination prussienne. Il prévit dans une grande mesure le désastre qui menaçait ses compatriotes.
L'Allemagne fera elle-même son salut. Elle a beaucoup de très graves jiéfauts, mais sa pensée est profonde, elle a une grande intelligence et elle est ouverte aux idées nouvelles. On ne peut s'empêcher de penser qu'une révolution éclatera nécessairen^ent dans cet empire parvenu et provisoire quand le peuple allemand connaîtra toute la vérité sur cette guerre. Mais quoi qu'il en soit ceux qui la connaissent le mieux ont confiance que dans une génération l'Allemagne se sera guérie de la gale prussienne (^).
(^) L'idée essentielle du fameux Manifeste de l'Allemagne du Sud, publié par le roi du Wurtemberg, en 1820, est que seuls les États de rAllemagne du Sud sont vraiment allemands, l'Autriche et la Prusse n'étant que des colonies à moitié allemandes. Rotteck a dit, en 1830, que tous les libéraux d'Allemagne se rangeraient du côté de la France si elle voulait risquer la guerre contre les Etats absolutistes d'Allemagne. La Bavière n'a jamais été à l'aise sous la domination prussienne. Le premier ministre d'Autriche a dit sans détour, en 1850 : « La Prusse doit être dégradée, puis démolie. »
Quant à nous (qui n'avons jamais prêché que la guerre soit une « nécessité biologique », mais qui avons vu qu'elle peut devenir un devoir moral), nous puisons notre confiance dans l'avenir de notre passé difficile mais victorieux. M. Seignobos a dit que l'Angleterre du xix® siècle avait servi de modèle politique à l'Europe. Monarchie constitutionnelle, gouvernement parlementaire et sauvegarde de la liberté individuelle — les autres nations n'ont fait qu'imiter l'Angleterre (^). D'autres pays ont passé le xix® siècle à combattre par l'épée l'absolutisme, le cléricalisme et le régime féodal. D'autres pays, il y a quelques décades seulement, arrachèrent au privilège et à la tradition des lambeaux de liberté, et même aujourd'hui, dans quelques-uns d'entre eux, l'équilibre est encore précaire. Mais la Grande-Bretagne, grâce à sa santé robuste, à sa bonne gaieté, à sa foi inébranlable dans la nature morale de l'homme, à son sens de la camaraderie, a façonné ses libertés par la discussion et construit le grand édifice de s©n empire par la raison. La « vieille Angleterre » du xviii® siècle est devenue sans révolution la Grande-Bretagne démocratique du XIX® siècle. Sans contestation et sans guerre civile elle est devenue le vaste et libéral empire britannique qui s'est levé comme un seul homme, au seuil du XX® siècle, pour tenir tête au prussianisme. Nous n'avons pas à craindre l'avenir, quelque formidable qu'il puisse sembler, si l'esprit du passé continue à animer la nation et que l'Intelligence le dirige.
(*) A Poîitical History of Contemporary Europe (Ed. Heinemann).
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Toute l'histoire est un mouvement vers la dignité morale de l'individu. De nombreux et grands rois ont été détrônés, de nombreux et grands empires ont été anéantis sous la grande poussée de l'évolution qui tendait à ce but de la création. Aucune forcejn'a été capable de lui résister. Les privilèges des riches, les droits traditionnels des puissants, même les revendications sacrées et la puissance armée de l'Eglise ont dû finalement céder à ce mouvement de l'esprit humain. L'histoire européenne des cent dernières années est un manuel d'évolution morale. Depuis la chute de Napoléon jusqu'au début de cette guerre, toutes les démocraties d'Europe, combattues par le cléricalisme et le privilège, ont aspiré inlassablement à plus de liberté et à plus de justice. Il faut que la Grande-Bretagne, qui sans effusion de sang, marchait en tête de ce grand mouvement de l'humanité, continue à chérir comme son idéal le plus élevé la dignité de l'individu et mette une intelligence plus haute au service de cet idéal, si elle veut conduire les nations au terme du xx^ siècle.
Dans le courage de nos marins, dans la vaillance de nos soldats et dans le dévouement du peuple tout entier, nous voyons comme une lumière céleste qui nous révèle le sens véritable de l'existence humaine. Nous ne sommes pas des machines, et nous ne sommes pas des pourceaux. Nous sommes des êtres moraux qui menons à bien une évolution morale. Les morts sont morts pour une idée. Les estropiés et les aveugles ont souffert pour une idée. L'ave
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nir de l'humanité c'est cette idée ou c'est l'anarchie. La guerre qui nous semble quelque chose de gigan-^ tesque et d'écrasant n'est en réalité qu'une interruption dans ce mouvement immémorial de l'esprit humain et le mouvement deviendra plus rapide et plus irrésistible après le moment d'arrêt marqué par cette guerre sauvage. Celui qui voudra s'opposer à ce mouvement après une telle guerre des peuples sera balayé.
Mais s'il aime la Grande-Bretagne quel homme voudra y arrêter ce mouvement de la vie ? Ne voudra-t-il pas plutôt, la poitrine en avant, marcher avec l'armée de la démocratie britannique, écartant de lui tous les égoïsmes, méprisant de son rire les craintes des privilégiés, fermant ses oreilles auxr. vociférations des démagogues, attentif en son âme aux conseils de l'intelligence et de la raison ? Tou^ ché de la grandeur de ceux qui ont combattu et qui sont morts pour ses libertés ne fera-t-il pas en sorte que désormais les libertés du moindre de ses compa-^ triotes soient dignes qu'on meure pour elles ? N'aura-t-il pas le désir passionné d'une Grande-Bretagne plus juste et plus bienveillante ? Ne ressentira-t-il; pas comme une atteinte personnelle les injustices, le dénuement et l'avilissement dont souffrent ses concitoyens ? Ne sera-t-il pas honteux de tout ce qui fait honte à la Grande-Bretagne et fier de tout ce qui la rend digne de l'amour des hommes ?
Après l'exaltation causée par cette guerre, après tant d'héroïsme sans égal et d'effroyables souffrances,, seul l'homme^le plus bas et le plus ignorant pourra
l'épreuve de la paix 377
s'empêcher de chanter l'hymne véritable de la révolution britannique :
Bring me my bow of burning gold !
Bring me my arrows of désire !
Bring me my spear : 0 clouds unfold !
Bring me my chariot of fire !
I will not cease from mental strife,
Nor shall my sword sleep in my hand, Till we hâve built Jérusalem
In England's green and pleasant land (^).
(( Quand la lumière entre dans les ténèbres, dit William Scott Palmer, il peut suffire de rester où Ton est et de faire ce que l'on faisait... pour avoir à répondre d'un péché que l'on ignorait jusqu'alors (*)».
La lumière est venue, terrible pour quelques-uns, glorieuse pour d'autres, mais elle est venue pour tous.
{^) Qu'on m'apporte mon arc d'or ardent ! Qu'on m'apporte les flèches de mon désir ! Qu'on m'apporte ma lance : 0 nuages écartezvous ! Qu'on m'amène mon chariot de feu ! — Je n'abandonnerai pas la lutte Et mon sabre ne dormira pas dans ma main, Tant que nous n'aurons pas construit Jérusalem, Dans le vert et plaisant pays d'Angleterre.
(*) Faith or Fear 7 An appeal to th eChurch of England (Ed. Macmillan) .
Note A, p. 13. Sermons allemands.
DANS le numéro de juillet 1916 du Hibbert Journal, le D' Shadwell cite des extraits intéressants de sermons de guerre allemands. Il nous rappelle que :
« Les correspondants de journaux résidant dans les « pays étrangers choisissent les bons morceaux pour les « envoyer à leurs journaux. Et en général, ils choisissent « dans tout ce qu'on écrit sur leur propre pays les pas- « sages injurieux, pour exciter l'appétit de leurs lecteurs. <( Il en résulte un échange de propos blessants et irritants « qu'on sert constamment au public et qui stimulent les « rancunes internationales. C'est ce qui explique ce fait « autrement inexplicable que les guerres tendent à de- <( venir de plus en plus des guerres de peuples et que la « lutte gigantesque d'aujourd'hui est avant tout une « guerre de peuples. Le nationalisme, aggravé par les « journaux du pays, se sent offensé, et les animosités « secrètes sont enflammées par les incessants coups (( d'épingle de « nos correspondants particuliers )). Les « lecteurs expérimentés et bien informés savent quel cas
« il faut faire de ces renseignements, mais le grand public « ne sait pas. Les guerres modernes sont causées moins « par la « diplomatie secrète » que par la publicité des « journaux et les sentiments exceptionnellement violents « qui se sont manifestés au cours de la présente guerre « sont dus avant tout à la presse. »
Voici quelques extraits de sermons allemands cités par le D^ Shadwell :
« Nos ennemis prétendent que le peuple allemand veut (■<■ assujettir l'Europe, que l'Allemagne a exercé pendant « des années une pression intolérable sur tout le conti- « nent et que c'est de cette pression qu'ils doivent se « libérer. S'il en était ainsi, en remplissant nos devoirs « nous serions les soutiens d'une politique de la force. « Mais nous savons que ce que disent nos ennemis n'est pas « vrai. Nous ne combattons pas pour l'empire, mais « pour notre existence. L'Allemagne n'a pas tiré l'épée « pour diminuer les droits de qui que ce soit ; elle s'est « précipitée dans la guerre pour préserver son bien. En « vérité ce but de guerre peut être défendu sous l'œil de « Dieu. Mais peut-il aussi être défendu sous l'œil de Jésus « le bon serviteur ? On peut parler de légitime revendi- « -jcation et de légitime défense, mais peut-on parler de « service chrétien ? Quand les nations s'engagent dans « une lutte sanguinaire, est-ce que Jésus ne doit pas se « voiler la face, Lui qui vint non pas pour être servi, « mais pour servir et qui donna Sa vie pour le rachat des « pécheurs ? » (Schian)
« Un des phénomènes les plus laids de notre vie alle- « mande avant la guerre était, sans aucun doute, le « triomphe du culte de mammon dans tous les milieux^ « C'est ce qu'il y avait de douloureux dans la prospérité « que le peuple allemand avait atteinte au cours des der- « nières décades. Une nation pauvre qui pourvoyait à
« peine à ses besoins par son agriculture et qui payait à « ses fonctionnaires et à ses officiers des salaires cités « dans toute l'Europe pour leur modestie, est devenue « par son industrie et son commerce une nation qui a « conquis une grande place sur le marché du monde et « qui, année après année, accumulait de grandes ri- « chesses. La transformation a été trop rapide pour ne « pas exercer une influence corruptrice sur l'esprit public. « La simplicité et la frugalité d'antan furent remplacées « dans les hautes classes par un luxe qui n'était pas tou- « jours de bon goût. La vie sociale qui était encore em- « preinte d'idéalisme au temps de Goethe est devenue « toujours plus matérialiste, et la course au plaisir tou- « jours plus effrénée. La richesse semblait à beaucoup le « but le plus important et même le seul désirable. Nous « avons vu souvent qu'elle recouvrait une multitude de « péchés. Nous avons vu d'odieuses méthodes d'enri- « chissement rapide appliquées par des gens sans scru- (( pules. Nous avons vu la richesse exercer une influence « et inspirer un respect que le mérite et la sagesse n'ac- « quièrent que par de laborieux efforts. D'autre' part, une « profonde défiance régnait dans les classes populaires, « et là aussi se manifestait une surestimation malsaine « quoique plus pardonnable de l'argent, comme si le « désir d'améliorer les conditions économiques justifiait « l'abandon de toutes les autres considérations, telles que « le bien-être de la communauté, la concurrence indus- « trielle internationale, le maintien de la vie de fac mille...
« Mais je ne veux pas en dire davantage sur ces géné- « ralités. Je préfère poser une question : Qui parmi nous « se sent entièrement innocent ? Qui ose dire, la cons- « cience tranquille, qu'il s'est opposé à cette danse autour « du veau d'or ?... Frappons-nous la poitrine et confes- « sons que nous avons tous péché, qu'aucun d'entre nous « n'a échappé au sortilège. Nous ne ferons pas d'excep- « tion pour les personnes ici présentes, mais nous recon-
« naîtrons tous et chacun, jeunes et vieux, hommes et « femmes, notre culpabilité. » (Foerster).
« Nous devons sincèrement reconnaître que non seu- « lement l'argent nous a servi, mais que nous avons servi « l'argent ; que nous n'avons pas seulement vécu de « notre argent, mais que nous l'avons aimé et même que « nous avons été ses esclaves. Il est vrai que nous avons « aussi vécu pour certains idéals — une profession et un « métier, une famille, l'art et la science. Mais n'avons- « nous pas laissé ces idéals mourir de faim parmi nous ? « Qu'est devenu, par exemple, l'idéal du germanisme. « l'unité intérieure ? N'y a-t-il pas eu une lutte féroce « de classe contre classe ? Et la cause de cette lutte « n'est-ce pas que chacun n'a vécu que pour lui-même « et pour son propre portemonnaie ? » (Tolzein).
« Il est extrêmement dangereux de faire appel à la « justice vengeresse de Dieu. S'il est juste, Dieu ne doit-il « pas exercer sa justice vengeresse précisément sur ceux « qui y ont fait appel ? Mais malheur à nous si Dieu nous « traite conformément à sa justice vengeresse ! Passons « sur les années qui ont précédé la guerre. Mais malgré «/4:ous les progrès accomplis, que d'égoïsme encore chez « nous, que de légèreté, que de licence et que d'immora- « lité 1 C'est la grâce de Dieu et sa miséricorde qu'il nous « faut et non pas sa justice vengeresse. Alors nous ne « devons pas l'appeler sur d'autries non plus. )' (Doerrfuss.)
« Nous entendons beaucoup parler et nous parlons « beaucoup des forces diaboliques et des mauvais esprits « qui sont à l'œuvre chez nos ennemis, chez les pieux « Anglais, chez les Français frivoles et chez les Russes (( sauvages. Mais ne nous oublions pas nous-mêmes. « Comme le prophète Jérémie reçut l'ordre de prononcer « un jugement, mais tout d'abord sur le peuple de Jérusalem, de même nous devons nous soumettre honnête-
a ment et franchement au jugement de Dieu et combattre « les mauvais génies qui nous accablent, nous devons « ouvrir nos cœurs à l'esprit qui vient du ciel et qui, en « nous purifiant, nous guérira. Nous répétons sans cesse « que la grande heure du destin a sonné pour notre na- « tion. Et c'est vrai. Mais comprenons-nous bien ce qu'elle « signifie ? Notre destin et notre avenir ne dépendent « pas des frontières. Il ne s'agit pas de savoir si elles se- « ront déplacées dans un sens ou dans l'autre, ni ce qu'il « adviendra de la balance européenne. Il s'agit avant « tout et essentiellement de savoir si nos âmes et l'âme « de la nation seront purifiées et remplies de l'esprit « saint de Dieu qui maintenant passe sur le pays et dans c nos cœurs ; et si nous chasserons définitivement les « mauvais penchants qui sont en nous. )) (Oculi.)
Le prédicateur énumère ensuite quelques-uns de ces mauvais penchants allemands. C'est entre autres, l'amour de la boisson. Un infirmier lui a écrit récemment d'un hôpital du front : « On pourrait presque dire que le vin français a fait plus de mal à nos troupes que les obus français. » C'est ensuite un esprit d'impureté et d'immoralité « qui se cache dans la nuit et même en temps de guerre plante ses griffes dans l'élite de notre peuple ». C'est le culte de mammon, « malgré les efforts et les souffrances de tout le pays ; on ne pense qu'à s'enrichir au lieu de se dévouer et de penser à la loi : un pour tous, tous pour un ».
« La guerre révèle le cœur des hommes et le cœur de
« l'homme est un mélange de bien et de mal... Comme les
« hommes peuvent être fidèles, à quel point ils savent
« pousser l'esprit de sacrifice et la bravoure ! Ce qu'il y
« a de plus fort, de meilleur et de plus noble dans la
« nature humaine est révélé. Et ce qu'il y a de pire dans
« la nature humaine est révélé aussi. Nous entendons
« parler de choses qui nous font penser que les hommes
« sont des brutes. Nous entendons parler d'un manque
« de charité dont nous aurions à peine cru ces hommes « capables. Nous entendons parler de vols, de luxure « bestiale, de légèreté éhontée, de l'infidélité des hommes <( en pays ennemi, de l'infidélité et de la lascivité des « femmes et des jeunes filles chez nous. Nous entendons « parler de la conduite brutale des soldats, d'arrogance « et de couardise — je n'en finirais pas de tout énumérer. )> (Ritzhaupt.)
« Il y a encore parmi nous beaucoup d'égoïsme qui « doit être consumé et extirpé par l'amour. Dans les « grandes et les petites villes on nous dit que nombreux <( sont ceux qui passent leurs jours dans les fêtes, comme « s'il n'y avait pas de guerre, et qui prennent plaisir à « des spectacles impudiques pleins de plaisanteries équi- « voques, comme si la mort n'avait pas passé parmi nous « et n'avait pas transformé tant de maisons en maisons « de deuil. Sans doute la gaieté ne perd pas tous ses droits, <( même quand les temps sont graves, mais la luxure et le « libertinage sont contraires à l'amour que nous devons « à nos braves soldats et à ceux qui pleurent. » (Simons.)
« Pourquoi les hommes combattent-ils à l'est et à « l'ouest ? Est-ce simplement pour qu'un des adversaires « puisse conquérir et l'autre succomber, pour que nous « puissions finalement exiger quelques milliards d'in- « demnité, ou pour que notre industrie et notre politique « coloniales puissent faire de nouveaux progrès, ou pour « que nous arrachions à l'Angleterre l'empire du monde ? a Tant que nous ne voyons dans la lutte que les buts de « guerre, tant que nous n'aurons pas compris que dans « cette lutte des nations il y va des plus hautes valeurs « morales et que si nous ne sortons pas de la lutte renou- « velés moralement et religieusement, les flots de sang « ont coulé en vain et le sacrifice des vies innombrables « n'a servi de rien — tant que nous ne voyons pas cela « nous sommes aveugles. « (Schœnhut.)
« Il me semble, conclut le D^ Shadwell, qu'en somme et « pris dans leur ensemble, ces sermons révèlent en Alle- « magne un fonds de pensées et de sentiments que ne « laissent pas soupçonner les journaux et autres publi- « cations. Quelle importance il faut attacher à ces pence sées et à ces sentiments, nous ne pouvons pas le dire, « mais d'après ma propre expérience elle est beaucoup « plus considérable qu'il ne semble au premier abord. « Le clergé allemand n'a pas prêché dans des églises vides « pendant la guerre. Le trait essentiel de cette pensée « fondainentale est l'affirmation de la loi morale et des « droits de la conscience. Cette pensée fondamentale « n'admet pas que la force soit le droit ou que Not kennt « kein Gebot. Les autorités allemandes et les journaux « ont payé un tribut secret à cette pensée fondamentale « en se donnant un mal infini pour altérer la vérité sur « l'origine et la conduite de la guerre de manière à ce « que la cause de l'Allemagne non seulement apparaisse « sous un jour favorable, mais soit absolument sans (( tache, tandis que la conduite de l'ennemi se révélait « d'une bassesse incroyable. On dira peut-être que nous « en faisons autant de notre côté. Ce n'est pas vrai, mais « si c'était vrai, nous avons les neutres pour en décider « et leur verdict est infaillible. Je ne puis m'empêcher « de voir dans l'esprit d'examen et de noble idéalisme « qui anime ces sermons l'annonce d'une profonde ré- « volte morale qui éclatera le jour où les faits qui ne « peuvent être cachés pour toujours, même en Alle- « magne, seront connus. Les principes de morale repren- « dront leurs droits quand la Force aura visiblement été « abattue, mais pas avant. »
Note B, p. 31. La question d'Irlande
Sir Thomas Esmonde, qui a perdu un fils dans la bataille du Jutland, a adressé la lettre suivante à un journal londonien, le 18 août 1916 :
« Je suis las et dégoûté des injures incessantes qu'on « adresse à l'Irlande pour son attitude pendant la guerre. « Je ne sais si on est encore capable en Angleterre d'en « user avec bonne foi à l'égard de l'Irlande, mais si oui, « il est dans l'intérêt de la guerre et de l'empire de mettre « un terme à cette campagne systématique de difîama- « tion menée contre les Irlandais. Et je ne sais pas s'il « y a quelqu'un en Angleterre qui ait assez d'énergie, « d'honnêteté et d'autorité pour faire cesser une telle « campagne de haine. Il serait dans l'intérêt de l'Angle- « terre qu'il se révélât aussi tôt que possible.
« Nous autres Irlandais qu'avons-nous déjà fait pence dant cette guerre ? Nous avons apporté notre concours « dès le début. Nous avons fait tout ce que nous pouvions « pour assurer le succès, en dépit de l'opposition officielle « la plus acharnée. Nous nous sommes soumis sans pro- « tester à la déplorable administration de notre pays et « à toutes les vexations inutiles de ce qu'on appelait les « mesures de guerre. Nous avons contribué sans plainte « aux dépenses de guerre pour beaucoup plus que notre « juste part. Nous avons envoyé l'élite de nos hommes « -combattre et mourir sans espoir de récompense ou dé « reconnaissance.
« Nous avons fait tout cela d'abord parce que nous (( croyions à la justice de la guerre et ensuite parce que « les promesses des hommes d'Etat anglais nous inspi- « raient confiance. Le caractère de la guerre reste le « même, mais par le fait d'une gestion monstrueuse elle « nous a causé infiniment plus d'afflictions et de pertes « que nous ne l'aurions jamais pensé. Les promesses des « hommes d'État anglais se sont trouvées être des « chiffons de papier et qu'obtenons-nous en retour de « nos sacrifices ? Rien que des injures, de grossières, « lâches et déloyales injures.
« Quand je pense à nos glorieux régiments irlandais, « aux exploits méconnus de leur héroïsme non surpassé, « à nos vaillants marins irlandais qui, pendant deux années
<t terribles opxt gardé l'empire d'un pôle à l'autre, à tra- « vers la tempête "et les dangers ; quand je pense aux « Flandres, à la France, à Gallipoli, à la Serbie, à la «. Mésopotamie, et à l'Egypte — à l'opération des Dar- « danelles qui a fait des ravages dans les rangs irlandais, « à notre magnifique 10^ division irlandaise gaspillée « par l'incompétence britannique, aux centaines de ma- « rins irlandais qui ont péri dans la bataille du Jutland « (trois cents sur deux navires seulement) ; quand je « pense à nos foyers, irlandais désolés, aux innombrables « Irlandais, pères et mères, fils et filles, qui ont donné à « l'empire bravement et sans plainte ce qu'ils aimaient « le mieux au monde — je me demande quel esprit pos- « sède les anti- Irlandais si même le sacrifice de nos en- « fants ne peut pas les apaiser ? »
Note C, p. 34. Sur le caractère anglais,
« ...J'admire sincèrement cette race puissante (l'an- « glaise), même dans son « philistinisme ». Sa pensée « marche en tête, mais elle pense peu. Les hommes de « cette race sont inférieurs à 'presque tous leurs rivaux « pour l'organisation en vue de buts situés au delà du « moment présent. Et pourtant ils jouent leur rôle dans « le monde et je ne vois rien qui indique qu'ils ne soient « plus en mesure de le jouer. Ils arrivent presque toujours « en retard, mais quand ils arrivent ils se mettent à « l'œuvre silencieusement et avec courage. Ils réparent « leurs fautes et leurs oublis avec une initiative mer- « veilleuse et ils renoncent à dire du mal d'eux-mêmes <( et de leurs institutions jusqu'au moment oà ils se « voient de nouveau au premier rang. Quand on fait une « nouvelle invention, le sous-niarin, par exemple, ou le « moteur, l'Anglais se laisse d'habitude devancer. Don- « nez-lui quelques années et il s'est non seulement rat- « trapé pendant ce temps, mais généralement il marche
« en tête. Ce qui s'est passé pour ces inventions se repro- « duira probablement pour l'aviation.
« Je suis chargé en ce moment de collaborer aux re- « cherches qui nous permettront de l'emporter sur « d'autres nations dans l'application de la science à la « défense du pays et je sais par expérience ce qui arrive « quand on e:jthorte les Britanniques à faire des efforts a quand les temps sont tranquilles. La réponse invariable « est qu'il n'y a pas lieu de les importuner, que la seule « chose nécessaire est que le gouvernement dépense lar- « gement le produit des impôts et condamne énergiquece ment les petites économies. Mais quand ce même « peuple fut pris à l'improviste et menacé de défaite il « y a quelques années dans l'Afrique du Sud, il appuya « calmement son épaule à la roue et sans un gémissement « se mit en devoir de sortir d'une situation qui aurait « épouvanté une nation de tempérament plus nerveux...
« Et rappelons-nous qu'ils produisent périodiquement « des individualités très puissantes, comme il n'en pouce vait surgir que d'une très grande race. Shakespeare « et Milton, Cromwell... Chatham, Nelson et Wellington, « Newton et Darwin, ces hommes témoignent d'un sol « riche qui est, je crois, aussi riche et productif qu'il l'a « jamais été. »
[Ufiwersities and National Life, par Lord Haldane (Ed. John Murray).
Note Dj p. 56. Un Américain en Allemagne.
« La Germanie que j'ai vue en temps de paix, aux « mois de mai et de juin 1914, était avant tout une joie cons- « tante pour les yeux, un repos constant pour le corps et (( l'esprit. Oij. qu'on regardât, il y avait quelque chose de « beau à voir et l'intelligence de l'homme en avait tiré (c le meilleur. parti ; que ce fût dans les villes ou dans la « campagne, partout d'harmonieux spectacles. Je sonce geais à nos paysages, à leur désordre de clôtures négli-
« gées et de tronçons d'arbres, aux hideuses réclames qu^ « tirent l'œil, aux cables rouilles qui gisent autour de « nos fermes, de nos villes et des petites gares ; à la part lissade qui défigure les bords de l'Hudson. L'Amérique « est laide et minable — faite ainsi par les Américains ; « l'Allemagne est balayée et ornée — faite ainsi par les « Allemands. )>
Suit une description enthousiaste des bains de Nauheim et « Nauheim n'est qu'une fleur sur le grand arbre ». Les paysans des environs apportaient des fleurs et des légumes à Nauheim, « humbles gens qui étaient pauvres « en biens qu'on appelle terrestres, mais bien peu d'entre « eux semblaient pauvres en ce qui constitue le bien « essentiel.
« Nous autres malades nous échangions nos impres- <( sions... chacun avait été frappé par le contentement « qu'on voyait sur les visages allemands. Le contente- « ment I Parmi les jeunes et les vieux des deux sexes, <( c'était le trait dominant, à cause du bien essentiel qu'ils « possédaient. »
{The Pentecost of Calamity, par Owen.Wister (Ed. Macmillan.)
Note Ef p. 84. Le serçice obligatoire
Comme la principale accusation qu'on porte contre Lord Haldane est de n'avoir pris aucune mesure pour préparer le pays contre la menace de la politique allemande qu'il connaissait, il est opportun d'examiner plus en détail la question du service obligatoire.
Après l'incident d'Agadir, le War Office se mit à examiner à nouveau toute la question de la préparation militaire. Lord Roberts et la ligue en faveur du service obligatoire dénonçaient à ce moment l'armée territoriale comme une duperie. Des rapports d'officiers informèrent ie ministre de la guerre que ces attaques, lancées dans
tout le pays, portaient gravement atteinte au recrutement. On fit une enquête pour savoir exactement où en était le pays au point de vue militaire.
Lord Haldane savait fort bien que le corps expéditionnaire et l'armée territoriale représentaient l'effort maximum qu'il pouvait obtenir de la nation par le volontariat eji temps de paix. Notre armée d'outre-mer était beaucoup plus grande que l'armée de n'importe quel autre pays au monde (^) et avec une flotte qui commandait les mers et une armée territoriale le ministre de la guerre et ses conseillers estimaient que les Iles-Britanniques étaient à l'abri d'une invasion. Le projet de Lord Roberts ne prévoyait que la défense du pays et on s'engageait à ne forcer aucun homme enrôlé dans le service obligatoire pour la défense du pays à faire le coup de feu en dehors du pays. Ce projet n'avait donc aucune" valeur stratégique pour le vrai problème qui se posait et dont la solution dépendait de la capacité d'offensive ; en outre, il ne tenait nul compte de la flotte. Mais le War Office examina la question de la conscription en vue d'une armée continentale et pendant plusieurs mois les meilleurs officiers de l'armée britannique travaillèrent à un projet de service obligatoire ; ce projet tendait à nous donner une armée de 2 millions d'hommes organisée sur le modèle des armées continentales. Le résultat de ces études fut que les officiers les plus autorisés déclarèrent que pour autant qu^il s'agissait d^utilité militaire le projet était inexécutable. Ils déclarèrent que si on avait pris l'initiative de ce projet vingt ou trente ans plus tôt on aurait pu en tirer quelque chose, mais qu'il était dangereux de l'entreprendre en un temps où la guerre pouvait nous surprendre à tout moment. Il aurait demandé des années pour produire ses effets et entre temps il y aurait eu une longue période de confusion pendant laquelle nous aurions été plus faibles que sous le régime existant.
(1) Cf. p. 108. . ■
Les officiers responsables fureilt d'accord pour déclarer qu'un tel changement, même s'il était opportun, ne pouvait être introduit sans danger que quand la paix serait absolument sûre.
En temps de guerre, quand Vesprit de guerre anime toute la nation, on peut improviser des armées très rapidement. Il en va tout autrement en temps de paix.
Il est absurde d'accuser Lord Haldanè de m^anque de courage parce qu'il n'a pas tenté de réaliser ces projets. Lord Haldane était appuyé par les meilleurs experts militaires et il était autorisé à penser que si Lord Roberts et ses partisans l'emportaient et obtenaient la permission de faire l'essai du service obligatoire sous une forme ou sous une autre, non seulement une faute énorme de plus viendrait s'ajouter à celles des années précédentes, mais qu'en outre Varmée britannique qui se trouvait alors dans un état admirable aurait été gravement troublée sinon désorganisée d' une manière permanente.
Lord Haldane s'est toujours montré soucieux d'expliquer, comme il le fit à la Chambre des Communes en présentant le budget de l'armée pour 1909 et à d'autres occasions, quil n était pas opposé au principe de la conscription. Selon lui,, c^ était un devoir moral et légal, pour tout homme, de servir V Etat en cas de besoin et c'était le droit de V Etat d'obliger tout homme à remplir ce devoir. En temps de guerre non seulement le service obligatoire pouvait être appliqué, mais peut-être devait-il être appliqué. Il ne défendit le principe du volontariat que comme étant le meilleur moyen de se préparer en temps de paix à l'éventualité de la guerre.
Le lecteur qui persiste à croire, malgré les autorités militaires, que le service obligatoire n'aurait pas désorganisé le corps expéditionnaire britannique et qui croit que des discours alarmants et provocants auraient pu amener le pays à accepter le service obligatoire à l'époque où Lord Haldane était ministre de la guerre, ce lecteur est invité à se rappeler que même les hideuses réalités
de la guerre ne réussirent pas à orienter la démocratie britannique vers le service obligatoire avant que ces réalités terribles n'eussent dominé nos pensées et notre imagination et plongé toute la nation dans le deuil pendant une année et cinq mois.
En plus des volontaires de sa flotte incomparable, ce pays a donné pour la cause des Alliés une armée de 190.000 soldats de métier qui jouèrent un rôle décisif dans l'échec du plan allemand, et une armée de 5 millions de volontaires dont Lord French, le général Jofïre et toutes les personnes autorisées qui les ont vus à l'œuvre sur le champ de bataille ont parlé dans les termes les plus élogieux.
Qu'on me permette de signaler au lecteur qui désire approfondir cette question, le livre de Sir lan Hamilton, préfacé par Lord Haldane : Compulsory Service (Ed. John Murray.)
Pour plusieurs raisons, dont quelques-unes sont des raisons personnelles, je désire parler de Lord Roberts avec la plus grande admiration et le plus grand respect. Mais un juge impartial qui connaît tous les faits ne peut pas dire qu'il ait eu les qualités d'un homme d'Etat. C'était un soldat remarquable en campagne, un puissant conducteur d'hommes qui ne perdait jamais la tête pendant la bataille, mais son passage au War Office a prouvé qu'il n'avait aucune des qualités de l'homme d'Etat à mettre au service de la nation qu'il a servie avec tant de dévouement sur le champ de bataille et la campagne qu'il a menée en faveur du service obligatoire a prouvé qu'il était même un guide dangereux. C^est précisément parce que le danger allemand existait et parfois dei'enait menaçant que son projet était impossible et sa campagne si dangereuse.
Note F, p. 122. Un hommage à Lord Haldane Le Times a publié en bonne place la lettre suivante,
sans nom d'auteur, qui a paru dans le numéro du 27 mai 1915 :
« La retraite de Lord Haldane était peut-être néces- « sitée par des raisons politiques ; mais j'ai des raisons « de penser qu'elle est très regrettée par de nombreux « juristes — par tous ceux qui savent ce qu'il a mené à « bien pendant le temps relativement court de son pas- « sage au pouvoir. Il a fait monter la commission judi- <( ciaire du conseil privé dans l'estime des juristes des « Dominions, des colonies et des Indes, jusqu'à un point « qui n'avait jamais été atteint auparavant. Jamais non « plus la Chambre des Lords n'avait joué mieux que « maintenant son rôle de tribunal suprême. Cela est dû « en partie aux nouveaux éléments que Lord Haldane y « a introduits ; mais cela est dû aussi au caractère de « ses propres jugements qui ont aidé à établir une norme « à laquelle d'autres se sont plus ou moins conformés. « Ses arrêts ont obtenu l'approbation universelle ; et s'il « a eu peu d'occasions d'entreprendre ou de mener à bien « des réformes dans la législation, il a plus d'une fois « montré la route qu'il fallait suivre. Des autorités milice taires ont dit qu'il était le meilleur organisateur qui ait « été au War Office depuis une génération. Je ne puis juger « de la vérité de cette opinion, mais je suis sûr qu'aux yeux « de très nombreux juristes il a été (à part peut-être une « exception douteuse), le meilleur Lord chancelier depuis « Lord Hardwicke. »
Note G, p. 140. U influence anglaise sur la littérature
allemande
Le professeur Cramb ne dit pas à ses lecteurs que c'est essentiellement une influence anglaise qui s'est exercée sur la grande période de la littérature allemande. Edward Young, l'auteur de Night Thoughts a écrit les Conjectures on Original Composition qui firent une impression profonde sur Herder et par lui sur le grand Goethe lui-même.
Il n'est pas exagéré de dire que Young est le père de la période Sturm und Drang. Les écrivains allemands, inspirés par Young, se mirent à s'affranchir des traditions artificielles de la littérature française. Les historiens allemands de la littérature allemande, ainsi que nous le dit le professeur Hume Brown dans The Youth of Gœthe (Ed. John Murray), ont trouvé dans les Conjectures de Young « la principale impulsion qui mit en branle cette révolution ». Il n'y a pas lieu d'insister sur le culte que l'Allemagne rend à Shakespeare ; Gœthe l'appelle « notre grand ancêtre » et dit qu'avec Spinoza, Shakespeare a été une des influences déterminantes de sa vie. Scott, Richardson, Sterne, Byron et Swift ont tous contribué à créer la littérature allemande.
Note Hy p. 238. U intervention britannique et V Allemagne
« Que feront les Anglais ? « telle était la question qu'ils « posaient anxieusement à toute personne qu'ils croyaient « en mesure de répondre. C'était ce qui les remuait le « plus profondément. La « guerre sur les deux fronts », une affaire purement continentale avec la double Entente ne causait aucun souci au grand public allemand. La machine militaire de l'empereur était construite pour lutter contre la France et la Russie réunies et « aucun Allemand n'a jamais douté un instant du succès. Il est juste de dire, je crois, que les événements de l'année passée justifiaient cette confiance, car je suppose qu'aucun expert au monde ne doute que si la « flotte britannique ne s'était pas rangée aux côtés de la « France et de la Russie, l'aigle allemand aurait depuis « longtemps poussé son cri de triomphe au-dessus de « Paris et de Pqtrograd. Mais avec la Grande-Bretagne « dans l'arène, j'ai entendu des douzaines d'Allemands « confesser que leur cause était a désespérée ». Peu d'entre « eux croyaient que l'Allemagne pût, selon l'expression a pittoresque de Bismarck « venir à bout de la flotte bri-
tannique à Paris ». La perspective d'une lutte contre la France et la Russie ne troublait pas les Allemands, mais la pensée qu'ils pourraient avoir à se battre en même temps contre la Grande-Bretagne leur inspirait des alarmes qu'ils ne déguisaient pas. n
[The Assault, par Frédéric W. Wile (Ed. Heinemann.)
Note /, p. 244. Lord Somers et Lord Haldane
Le cas de Lord Haldane rappelle ce qui est arrivé au grand Lord Somers au commencement du xviii^ siècle. Le grand Lord Chancelier, accusé d'avoir favorisé les Français dans les négociations de paix de cette époque, fut violemment attaqué par les pamphlétaires &t par l'opposition. Pour une fois William III fit preuve de faiblesse et consentit à renvoyer son ministre. La cour des pairs fut saisie d'une accusation qui comprenait des charges monstrueuses contre l'ex-chancelier. La conduite de ses ennemis, dit Brougham, était inspirée exclusivement par des motifs de ressentiment personnel et des sentiments de vengeance. L'accusation échoua, mais la calomnie ne désarma pas et le pays fut privé des services de Lord Somers, en tant que ministre, pendant plusieurs années. Dans la retraite il fit preuve d'une dignité et d'une sérénité qui forcèrent l'admiration d'Addison, de l'évoque Burnet et d'un nombre grandissant d'hommes éminents des deux partis politiques.
L'histoire complète de Lord Somers se trouve dans le quatrième volume des Lives of the Chancellors de Lord Campbell et l'édition anglaise du dictionnaire de Bayle contient un résumé intéressant de sa carrière.
Note J, p. 275. La question de V artillerie
On a diminué le nombre des canons dans les garnisons de l'empire, dans des villes comme Halifax et Esquimalt
(Canada). Ce fut l'œuvre du prédécesseur de Lord Haldane. L'artillerie de garnison fut supprimée dans une large mesure parce que la flotte royale se chargea presque entièrement de la défense des côtes. Il n'y eut aucune réduction quelconque mais, au contraire, une augmentation considérable de l'artillerie de campagne et à cheval sous l'administration de Lord Haldane.
Note K, p. 324. Un pamphlet allemand
Le Times, du 17 août 1916, donne un compte rendu très complet du pamphlet de « Junius Alter )) qui provoqua un discours violent et sans dignité du chancelier impérial au Reichstag :
« Il ne semble pas douteux que « Junius Alter » était « inspiré par les hauts cercles militaires — comme le ton « de la réponse de M. de Bethmann-Hollweg le fait « comprendre. Le pamphlet traite de toute la politique du « chancelier vis-à-vis de l'Angleterre pendant les années « qui ont précédé la guerre et dénonce cette politique « comme « grotesque et criminelle », car il était parfaitece ment clair « que l'année 1914 serait l'année fatale pour « l'Europç )). Le gouvernement allemand, dit l'auteur, « devait avoir été informé au moins dès le printemps 1914 « par ses représentants à Petrograd, combien la situa- « tion était grave », et après le meurtre de Serajevo « seul « Bethmann-Hollweg se cramponnait à l'espoir qu'une « solution pacifique pût être trouvée ou du moins que « le conflit pourrait être localisé entre l'Autriche et la « Serbie ». Un important passage de ce pamphlet con- « cerne la lutte des autorités militaires et du ministère « des affaires étrangères au cours des jours qui précé- <( dèrent la guerre :
« Les avertissements de l'état-major général furent « vains. Le ministre de la guerre (le chef actuel de « l'état-major général, général von Falkenhayn) et
« les autorités du ministère de la marine insistèrent « en vain sur la nécessité de la mobilisation. Ils réus- « sirent à moitié à convaincre l'empereur de la néces- « site absolue de la mobilisation. Le jeudi 30 juillet, « les journaux de l'après-midi qui relèvent de la po- « lice (sic) et le Lokalanzeiger de Berlin annoncèrent « la mobilisation, mais l'intervention de Bethmann- « Hollweh annula cette action décisive. »
« Il apparaît donc que la fameuse nouvelle parue dans
« le Lokalanzeiger n'était pas une simple erreur, comme
« le déclare le ministère des affaires étrangères, mais une
« manœuvre des autorités militaires.
« Après avoir accusé le chancelier d'avoir « différé la
« mobilisation », Junius Alter accuse le gouvernement
« d'avoir « exagéré les économies » dans la préparation
« militaire d'avant-guerre )). Rappelons qu'en réponse à
« certaines déclarations de M. Lloyd George au sujet de
« l'accumulation des munitions en Allemagne, feu le
« général de Moltke a dit qu'en fait l'Allemagne s'était
« trouvée à court tôt après le début des hostilités. Junius
« Alter attribue à l'insuffisance des munitions et au
« « retard » de la mobilisation l'échec du plan militaire
(( de l'Allemagne contre la France. Parlant de l'exagéra-
« tion des économies, il dit :
« Cela fut aussi clairement démontré par le manque « de munitions qui se fit sentir sur le front ouest après « les premières batailles et qui, joint à d'autres cir- « constances, paralysa l'attaque foudroyante contre « la France. C^est ainsi que le plan primitif de cam- « pagne fut déjoué. Ce n'est pas avant janvier 1915- « qu'on put parer au manque de munitions. Ce fut « avant tout l'œuvre de l'organisation industrielle alle- « mande qui, en un temps extrêmement court, fit face « d'une manière admirable aux exigences de la guerre^ « Il est permis de remarquer que les autorités milice t.aires ne pouvaient pas prévoir que la guerre con-
« sommerait de telles quantités de munitions. Un fait « cependant reste certain, c'est que la politique d'éco- « nomies du gouvernement fut fatale, car les réserves (( de munitions au début de la guerre auraient dû être « beaucoup plus grandes. »
« L'auteur s'en prend ensuite au précédent ministre « de la guerre prussien, le général von Heeringen ; il est « établi que le 31 juillet 1914 le ministère de la guerre de « Prusse communiqua une note « recommandant la plus « grande modération dans l'emploi des munitions «.
a Une grande partie du pamphlet est consacrée aux « « concessions faites par le gpuvernement aux demandes « de l'Amérique «. Junius Alter doute que jamais per- « sonne ait mesuré à Berlin les conséquences d'une rup- « ture avec l'Amérique )). Il dit :
« Les personnes qui connaissent la politique inté- « rieure des Etats-Unis, l'état de la flotte et de l'ar- « mée, ont déclaré (entre autre un diplomate très « connu), que l'intervention armée de l'Amérique est « absolument hors de question. La seule conséquence « pratique d'une rupture des relations diplomatiques « serait la confiscation des navires de commerce qui (( se trouvent dans les ports américains. »
« D'après Junius Alter, M. Ballin exerça une grande « influence, mais c'est M. Hellîerich qui fit pencher la « blance en déclarant que « l'acceptation du point de vue « américain » interromprait les négociations relatives à « l'emprunt franco-anglais en Amérique et pousserait le gouvernement américain à prendre des mesures énergiques dans (( la question du coton «. Ainsi, soutenu par Ballin et par Dernburg et son parti, Helfîerich l'emporta et il en résulta qu'en automne 1915 les sousmarins avaient presque complètement cessé d'opérer dans les eaux anglaises ».
« Quant à l'opposition faite au chancelier par les auto-
« rites navales, Junius Aller prétend que la retraite « des amiraux Bachmann et Behnke et le retour au pou- « voir de l'amiral von Holtzendorf, en qualité de chef « de l'état-major de l'amirauté, étaient dirigés contre Tirpitz et que si la « purification » de l'office de la marine impériale ne fut pas poussée plus loin, c'est seulement à cause de l'effet produit sur l'opinion publique par la démission du « grand et populaire amiral von Tirpitz. ))
Note L. p. 340. La Russie et Constantinople
La Russie (^) sera satisfaite quand elle régnera à Constantinople. Et elle sera plus que satisfaite, elle sera .exaltée — parce que Tsargrad, comme les Russes l'appellent toujours, la Ville des Villes, est la capitale naturelle de leur foi ardente. C'est de là qu'il y a plusieurs siècles l'idée d'Amour et de Fraternité eât venue au petit peuple russe douloureusement éprouvé par les ennemis implacables qui l'entouraient — Mongols, Polonais, Finnois, Allemands, Cosaques, Lithuaniens et Lettons ; et dans la lutte qu'il soutint pour son existence contre ces ennemis implacables qui brûlaient ses villes, dévastaient ses campagnes et vendaient ses enfants aux Turcs, il est toujours resté fidèle à cette idée d'Amour et de Fraternité. C'est un miracle qu'il ait survécu. Mais c'est un plus grand miracle encore qu'il ait absorbé presque tous ses anciens ennemis, si bien qu'il forme aujourd'hui un vaste et puissant empire de 130 millions d'âmes où règne l'amour de Dieu. Il n'y a rien de pareil dans l'histoire. C'est le plus merveilleux témoignage de V esprit du christianisme.
Le prince Trubetzkoy a exprimé la foi de la Russie en termes qui hantent la mémoire :
« Il n'y a rien d'étonnant à ce que l'âme de notre
(1) Cf. p. a9.
« peuple ait, dès les temps les plus reculés, fondé la plus « grande espérance et la joie suprême sur l'idée de « Sainte-Sophie (^) et il serait vain de penser que le sens « le plus profond de cette idée ne peut être compris que « par l'intelligence et par les personnes instruites. Au « contraire... il est beaucoup plus accessible à l'âme de a notre peuple. J'en veux donner pour preuve* un sou- (( venir personnel.
« Il y a quatre ans, au retour d'un long voyage, je « passai par Constantinople. Un matin, dans la mosquée « de Sainte-Sophie, on me montra sur la paroi l'empreinte « de la main ensanglantée du sultan qui a versé le sang « des chrétiens dans la plus grande des églises orthoce doxes, le jour même de la prise de Constantinople... « Tout de suite après cette visite je montai à bord d'un « vapeur russe qui venait de Palestine et allait à Odessa « et aussitôt je me trouvai dans une atmosphère familière. Sur le pont il y avait une foule de paysans russes — des pèlerins qui revenaient de Terre-Sainte. (( Fatigués par un long voyage, pauvrement habillés, ils buvaient de l'eau et mangeaient du pain sec, ils achevaient leur simple toilette de chaque jour, ils écoutaient, étendus, des récits sur Constantinople. Il était question dans ces récits des églises de Constantinople et naturellement de la main ensanglantée du sultan et des flots de sang chrétien qui pendant plus de ci.iq siècles coulèrent périodiquement dans ce royaume jadis chrétien. Je ne puis exprimer combien profondément je fus ému par ce spectacle. C'est mon propre pays qiie je voyais à Constantinople.
« Sur la montagne, Sainte-Sophie venait de disparaître, éclairée par le soleil, et devant moi sur le pont il y avait un véritable villao;e russe ; et au moment où
(^) « Sophia » signifie pour le Russe la Sagesse divine incarnée dans la création. Elle signifie l'humanité de Dieu, Elle signifie la foi dans le triomphe de l'idée du Christ — la fraternité entre les hommes.
« notre bateau passait doucement le long des minarets « et des mosquées du Bosphore, toute la foule se mit à « chanter solennellement, mais je ne sais pourquoi en « baissant la voix « Christ est ressuscité ».
« Il y avait dans ce chant quelque chose de profond « et de séculaire. Quelle autre réponse pouvaient-ils « trouver dans leur âme à ce qu'ils avaient entendu race conter sur le Temple, sur les Turcs qui le souillèrent et « sur la longue persécution qu'ils firent endurer à la « nation soumise à leur autorité ? Quelle autre réponse « pouvaient-ils trouver dans leur âme sinon celle-ci qui « exprimait leur joie à la pensée de la résurrection pour « tous les peuples et toutes les nations ?...
« Ils comprenaient la férocité de la domination turque « qui avait fait couler le sang de peuples persécutés ; ils « voyaient (dans leur âme) l'humanité tout entière com- « muniant dans la joie de la Sainte Résurrection, mais « en même temps ils avaient le sentiment de ne pas pou- « voir exprimer cette joie et cette espérance qui vivent « toujours dans l'âme du peuple, autrement, en ce mo- « ment, au cœur de la domination turque, autrement « qu'en baissant la voix... Mais le temps viendra où le « ciel descendra sur la terre et où l'idée éternelle d'huma- « nité sera réalisée ; alors l'hymne retentira triomphant « -— l'hymne qu'on entend chanter maintenant à mi- « voix. »
Si le lecteur désire savoir ce que la religion signifie pour la Russie, ce que Constantinople signifie pour la Russie et ce qu'elle espère passionnément pour toute la race humaine, qu'il lise la Self-discoi^ery of Russia, par le professeur J. J. Simpson (Ed. Constable), ce livre admirable auquel j'ai emprunté le passage qu'on vient de lire. Un tel livre devrait nous préparer aux destinées prochaines du monde, quand la Russie relèvera la Croix à Constantinople et que tout le monde slave entonnera son grand chant de Pâques : « Christ est ressuscité. »