LEPRE UVE DE LA PAIX
étoile : et la vie historique commença pour l'humanité. De Tétat sauvage l'Homme s'avança à travers des siècles de lutte, à moitié conscient d'une direction extérieure, inconscient de la direction intérieure ; mais dans la divinité de son esprit il se hâtait d'élargir et d'approfondir son expérience et de prendre toujours plus complètement conscience de lui-même. Et nous qui regardons en arrière, nous pouvons voir au-dessus des ruines causées par les guerres, audessus des ruines des civilisations inachevées et au-dessus du fouillis des théories de l'existence, la grande vérité de l'histoire, le miracle suprême de l'expérience humaine, c'est-à-dire le mouvement qui entraîne le monde vers la beauté et vers la bonté.
Darwin qui avouait ne pas pouvoir regarder sans avoir mal au cœur la queue d'un paon — cette merveille de couleurs et de nuances — Darwin n'a rien à nous dire sur l'origine ou sur l'existence du beau et du bien. Aucun homme ne peut expliquer l'univers. Aucun système ne peut contenir l'infini. Les mots ne peuvent pas exprimer l'éternel. « Cher ami, disait Gœthe à quelqu'un qui voulait le convertir à un dogme, il en est pour vous comme pour moi ; dans le particulier vous vous sentez grand et puissant, mais le tout entre aussi peu dans votre tête que dans la mienne. » Tout ce que nous savons de certain c'est que dès l'origine du temps il y a eu un mouvement de vie et que ce mouvement a été dans le sens de la beauté et de la bonté. Quelle est l'origine de ce mouvement, nous ne pourrons jamais le savoir ; où il tend, nous ne pou-
vons que le deviner ; mais dans l'histoire humaine de la vie, dans l'histoire de l'humanité sur cette planète, nous voyons qu'il y a [mouvement et que ce mouvement se fait dans le sens du mieux. Nous savons aussi sûrement que nous pouvons savoir quelque chose que dans l'humanité la vie a tendu à plus d'intelligence et à plus de sympathie ; et nous devons décider par devers nous, sans chercher à résoudre l'énigme et sans [attendre aucune espèce de récompense, si par nos pensées et par nos actions nous voulons favoriser ce mouvement de la vie ou si par nos pensées et par nos actions nous voulons nous mettre en travers de sa route.
En ce qui concerne notre nation, dont dépend dans une si large mesure l'avenir de la civilisation et qui avec la Russie, j'en suis persuadé, est destinée à exercer une influence décisive sur le xx® siècle, on peut dire en toute modestie qu'elle possède les qualités les plus hautes, et les qualités qui sont de la plus grande importance pour la race humaine. Nous devrions nous préoccuper de savoir l'emploi qu'il faut faire de ces qualités et la direction qu'il faut leur donner. Nous ne devons pas nous laisser décourager par la grandeur de la tâche. Nous ne devons pas nous laisser affliger par nos erreurs et nos chutes. Le destin d'une nation est écrit dans son histoire. Dans notre histoire il y a toujours eu un mouvement du petit vers le grand, de la tyrannie vers la liberté, de la cruauté vers la justice, de la défiance vers la confiance, de l'hostilité vers l'amitié. Et dans cette guerre des nations la Grande-Bretagne s'est justi-
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fiée. Elle a subi les calomnies de ses critiques, elle a été gravement dénaturée par ceux de ses propres fils qui lui jetaient des pierres pour réveiller ses énergies et il lui a manqué une direction miltonienne ; elle n'a pas été, malheureusement, le clairon de la liberté, mais elle a été serç^ans serç>orum ; elle a travaillé pour tous, humblement et en silence ; et c'est par ses efforts plus que par les efforts de personne que le monde a été sauvé de la domination d'un militarisme égoïste. La nation s'est justifiée aux yeux de toute l'humanité.
C'est pourquoi nous pouvons nous demander avec <îalme et la conscience sereine quel emploi il faut faire de nos qualités et quelle direction il faut leur donner. Nous avons de l'énergie, de la persévérance et du courage. Qu'en ferons-nous ? Nous devons commencer par rejeter les préjugés du siècle passé et nous libérer des dernières illusions du matérialisme. C'est-à-dire que nous devons voir dans l'univers physique non pas un mécanisme mais un esprit. La vie est intelligente. Toute la lutte pour l'existence est une lutte d'ordre spirituel. En tant que nation nous jouons un rôle dans l'évolution spirituelle de la race humaine. Le monde tend du faux vers le vrai, du mal vers le bien, de l'injuste vers le juste, de la haine vers l'amour. Il y a une lutte de la vie pour une vie particulière, meilleure, plus noble et plus vraie. Pour jouer notre rôle dans cette lutte, pour apporter notre contribution à l'effort immense, nous devons être non seulement des êtres moraux très conscients de la différence qu'il y a entre le
bien et le mal, mais des êtres intelligents très conscients de la différence qu'il y a entre ce qui est vrai et ce qui est faux. La naoralité ne suffit pas. L'intelligence est de la plus haute importance.
La grande infériorité du caractère britannique est dans le manque d'intelligence. Le caractère britannique n'est pas nonchalant, il ne manque pas d'ardeur ni certainement d'énergie. Carlyle ne cessait pas de demander à la nation britannique d'être ce qu'elle était déjà ; Matthew Arnold seul souhaitait à la nation ce qui lui manquait pour être vraiment grande — l'intelligence. Ce n'est pas la gravité, ni l'ardeur, ni l'énergie qui nous ont jamais manqué, mais l'intelligence qui éclaire et qui guide nous a souvent fait et nous fait cruellement défaut. Le remède est évident. Nous devons réorganiser de fond en comble tout notre système d'éducation nationale. Nous devons donner aux enfants de ce pays aussi tôt que possible une école qui satisfasse la morale et l'intelligence et qui prépare pour la prochaine génération une grande majorité de citoyens instruits et honnêtes. Notre éducation nationale doit tendre à créer le type supérieur du citoyen britannique. Nous devons diriger toutes nos magnifiques qualités de manière à préparer la venue des hommes et des femmes qui représenteront les idéals pour lesquels tant des meilleurs d'entre nous ont été heureux de donner leur vie. Voilà le but que nous ne devons jamais perdre de vue. Le but po« litique qui dépasse tous les autres buts politiques c'est de faire des hommes et des femmes dignes