CHAPITRE TROISIÈME
Rapports des Européens avec les Chinois.
En 1625, à Singan-fa', dans la province de Chen-si , se rencontra une inscription qui établissait, sans laisser le moindre doute, que vers Tan* . née 500 quelques prêtres nestoriens entrèrent en Chine et y propagèrent la religion chrétienne. Cinquante ans après , quelques moines , venant de ce pays, portèrent à Constantinople de la semence de vers à soie. Deux Arabes écrivirent en 850 et 877 les voyages qu'ils y firent. Le dernier rend compte de la destruction de l'établissement de Kan-fu (dans la province de Che-kiang), où il y avait occupés dans le commerce 120,000 indi« vidus, t§nt musulmans que juifs, chrétiens et Persans. Vers Tannée 1274, cet empire fut visité par deux négociants vénitiens, dont Tun était accompagné de son fils âgé de seize ans. L'empereur Kublaî-khan exprima le désir que ce jeune homme restât près 4e lui, mais le père ne voulut point y consentir, dans la crainte que la mère ne crût qu'il était mort. Il promit toutefois qu'il reviendrait, ce qui en effet eut lieu. L'empereur le distingua à tel point qu'il lui confia le gouvernement d'une de ses pro« vinces qu'il conserva jusqu'au moment où il retourna dans son pays.
 cette époque, les voyageurs qui voulaient parcourir la Chine le pouvaient sans aucune diflBculté. £n 1328, elle fut visitée par un autre musuhnah nommé Ybn-Batuta , qui écrivit le journal de ses pérégrinations, où il raconte qu'il trouva dans différents ports un grand nombre de commerçants arabes. Divers missionnaires chrétiens allèrent aussi visiter la Chine sur l'ordre du pape. Le premier navire européen qui aborda en Chine en 1516 fut un vaisseau portugais conduit par Raphaël Perestrello. L'année suivante arriva Ferdinand Andrade avec quatre navires portugais et quatre malais. Il jeta l'ancre près de Macao, dans l'île que nous nommons Saint-John , et y établit des relations pacifiques commerciales avec les autorités de Canton. Mais, un an après, arriva son frère Simon Andrade , qui se comporta si mal qu'il en vint à échanger des coups de canon avec les Chinois , qui le bloquèrent et le forcèrent à déguerpir. D'autres Portugais arrivèrent qui formèrent successivement des établissements à Amoy , à Ning-p6 , à Lampaçao et à Macao. Sur le second de ces points, ils se querellèrent avec les autorités, pour avoir couru, à ce qu'on raconte, après des femmes; les habitants les assaillirent et exterminèrent
les chrétiens au nombre de douze mille , parmi lesquels huit cents Portugais , et brûlèrent trente-cinq navires et deux jonques.
Les Espagnols découvrirent les Philippines en 15/i3 et y rencontrèrent des navires chinois, riîaturellement ils commencèrent aussitôt à établir des relations directes avec cet empire, auquel elles furent très-profitables, car les Espagnols ont tiré de là annuellement, pendant plus de deux siècles, des produits manufacturés de toute espèce pour une valeur de deux à trois millions de piastres fortes, qu'ils transportaient dans F Amérique du Sud , d'où ils tiraient en échange seulement de l'argent fnonnayé; et c*est là le motif pour lequel, même aujourd'hui, sur toute la côte et particulièrement ft Âmoy, Ning-p6 et Ghang-haf , Ta monnaie du pays est encore la piastre forte espagnole.
Les premiers Hollandais arrivèrent en Chine dans dix-sept navires de guerre, et, en 16â2, Macao étant encore alors sous la domination du gou- Ternement espagnol, ils l'attaquèrent sans aucun succès, furent repoussés et perdirent dans l'action le général qui commandait les forces de débarquement Ensuite ils s'emparèrent de l'îie de ios Pescadqres {des Pécheurs), et plus tard de celle de Formose, où ils «édifièrent le fort Xetandia.
Un nommé Widdell fut le premier Anglais qui arriva en Chine, en 1637, avec une escadrille^, dans le but d'ouvrir des relations commerciales. Mais par suite des intrigues des Portugais qui prétendaient conserver le monopole du commerce de ces mers, ils furent mal reçus, et un coup de canon ayant été tiré d'une forteresse sur un canot, les Anglais firent feu contre elle, la prirent, en portèrent les pièces d'artillerie à leur bord, puis brûlèrent et démolirent tout ce qu'ils purent.
De sorte que ce fut par des hostilités que les Portugais, de même que les Hollandais et les Anglais, s'ouvrirent des relations dans cet empire.
On peut ajouter que ces peuples, comme les Espagnols, avaient com^ mencé et continuaient leurs conquêtes dans ces régions; Les Anglais étaient dans l'Inde, les Hollandais à Java et à Formose, touchant ainsi à la côte de Foukien ; les Portugais dans les détroits de Malaca et les Moluques, et les Espagnols dans les Philippines et les Marianes. Et à tout cela s'ajoute le mauvais effet que devaient produire sur l'esprit des autorités chinoises les jalousies et les luttes acharnées qu'entretenaient entre eux ces étrangers turbulents et avides. Aussi, dès le principe, jugèrent-elles à propos de les tenir dans de certaines bornes, et les laissaient-elles à peine sortir de Macao. Ce ne fut qu'après la guerre de 18A0 qu'il a été permis aux femmes européennes de résider à Canton. Les mandarins jugeaient que, quoique les commerçants eussent des comptoirs dans cette capitale, ils ne se considéraient pas comme y étant établis et domiciliés aussi long-
temps quel leurs femmes et leurs familles ne viendraient point y vivre, comme, celii eut lieu eu effet .
Voici ce que dit sir John Davis en parlant des Portugais : « Leur cmiduite dans les premiers temps ne fut point la plus propre k donner aux Gbioois une idée favorable des Européens; et lorsque, dans le cours du temps, ils furent devenus les compétiteurs des Hollandais et des Anglais, les contestations qu'engendra leur avarice mercantile eurent pour eOet de les placer sous un jour ^core plus défavorable. Jusque aujourd'hui le ca^ ractère des Européens est représenté dans ces parages comme celui d*une race d'hommes portés etclusivement vers le lucre du trafic commercial, et sans scrupule sur les moyens propres à atteindre leur but Frappé des hostilités perpétuelles qui existaient parmi cei aventuriers étrangers, assi^ miles les uns aux autres sons d'autres rapports par l'étroite ressemblance que présentaient leurs costumes et leurs mœurs, le gouvernement de ce pays fut porté à les traiter avec une rigueur jalouse et exclusive qu'il n'avait pas jugé nécessaure de montrer envers leurs paisibles et réglés prédécesseurs les Arabes. »
Les Hollandais occupant Formose, où ils furent attaqués par un pirate renommé, durent entreprendre dans ces eaux trois expéditions armées, se voyant à la fin contraints d'abandonner les forts qu'ils avaient construits dans cette Ile. £n 1763 les Anglais attaquèrent et prirent Manille. En 1802, ils occupèrent Macao, par crainte que les Français vinssent l'attaquer. Les autorités chinoises réclamèrent; les Anglais alors, ayant reçu la nou^ velle que la paix venait d'être conclue, évacuèrent l'île. Ils y retournèrent toutefois en 1808; les Chinois se plaignirent aussitôt et exigèrent que les Anglais se retirassent L'amiral anglais voulut remonter jusqu'à Canton avec des barques armées pour traiter avec le vic^roi, mais il fut repoussé^ et voyant que le comtnerce serait interrompu s'il persistait à y rester, il rembarqua sa troupe et retourna ti Calcutta (1). Mais ce qui a inspiré le plus de soupçons aux Chinois, c'a été la conquête successive de toute l'Inde et des détroits de Malacca; et quand lord Macartney alla à Pékin, ils se montrèrent très-alarmés en raison de la proxinûté dans laquelle les Anglais se trouvaient du Thibet, qui, comme on le sait, est un territoire feudataire de l'empire.
Les Portugais ont envoyé quatre ambassades à Pékin, les Hollandais Clément II serait trop long d'entrer dans des détails à ce sujet ; elles ne furent pas traitées toutes les fois avec la même distinction, mais le ré'sultat, en résumé, fut nul, car l'empereur de la Chine ne conçoit pas
(t) Les autorités célébrèrent cette victoire, et, pour en conserver le souvenir, firent*élever un monument et même un fort.
d'autres dasses d'ambassades que celles que lui envoient les États yoisins pour lui offrir des tributs; les présents qu'ont toujours portés les ambassadeurs ayant été considérés comme tels. Tous les ambassadeurs des gouvernements portugais et hollandais se soumirent à rhumiliante cérémonie du kotu, a6n d'être présentés à l'empereur. Cette cérémonie consiste à s'agenouiller trois fois en touchant le sol de la tête , puis à faire quelques pas en avant et à recommencer le même exercice, puis enfin à refaire trois pas et à renouveler les trois génuflexii^s. Telle est la manière usitée pour s'approcher du céleste empereur. On a toujours remarqué que les Européens ont été traités d'autant plus mal dans cet empire, qu'ils ont montré plus d'humilité. Les membres de la dernière mission hollandaise, désirant faire le sacrifice de toutes les sortes de considération à leur objet principal d'obtenir des avantages commerciaux , souscrivirent sans hésitation à ce qu'on exigeait d'eux. Il en résulta qu'on leur fit faire non-seulement le kotu , mais encore diverses pirouettes ridicules et di£Bciles à exécuter, qui servaient d'amusement à l'empereur çt à ses mandarins. Us leur donnaient à manger de la volaille déjà entamée et à laquelle il ne restait plus guère que les os, telle enfin (comme le raconte un des individus faisant partie de cette ambassade) que ces aliments étaient faits plutôt pour être donnés aux chiens qu'à des humains.
£n 1792, le roi d'Angleterre envoya à Pékin, comme son ambassadeur, lord Macartney. Ce furent les Chinois de Canton eux-mêmes qui suggérèrent l'idée de cette mission. Us firent entendre aux directeurs de la Compagnie anglaise, qui monopolisait alors le commerce dans ce pays, qu'une ambassade du roi d'Angleterre, ayant pour objet de complimenter l'empereur le jour anniversaire de sa naissance, ne pouvait manquer de lui être agréable. En effet lord Macartney arriva enfin avec sa suite à l'endroit où se trouvait l'empereur, et il lui présenta en fléchissant le genou la lettre du roi d'Angleterre , un *jour de fête publique , en présence de beaucoup d'autres ambassades qui étaient venues offrir leurs tributs et de milliers de personnes. En un mot , cela ne servit qu'à augmenter la splendeur de l'anniyersaire de la naissance de S. M. I.^ et à démontrer au peuple que les rois des nations les plus éloignées lui envoyaient des tributs. L'ambassadeur ne put entretenir l'empereur d'aucune sorte d'affaire, et au retour de sa mission il rapporta pour unique résultat quelques présents insignifiants et une lettre de cérémonie cachetée dont il ignorait le contenu. En 1806^ arriva en Chine une autre ambassade anglaise à la tête de laquelle était lord Amherst. Elle se composait d'une centaine de personnes. La grande question fut celle fois, comme toujours lorsqu'il s'agit d'une ambassade à Pékin, de se soumettre à la prosternation ou, autrement dit, au kotu. Il ne suflBsait pas aux mandarins que lord Amherst
fléchit le genou devant Tempereur, comme Tavait fait lord Macarlney ;jls voulaient qn*il se soumît complètement à Tusage d'adorer l'empereur en exécutant le kotu. Il s'ensuivit que peu d'heures après être entré à Pékin» où il fut traité d'une manière grossière et indigne» il dut se retirer sans avoir vu l'empereur, et retourna à Canton. Les Anglais remarquèrent lors de la première ambassade , de même qu'à l'époque où eut lieu celle de lord Macarmey, que les barques qui les conduisaient étaient surmontées de bannières avec celte inscription : Porteurs de tribut.
Le roi d'Espagne , Philippe II, ordonna, également d'après les suggestions des Chinois, qu'une ambassade à Pékin partît de Manille, et elle en sortit en effet; mais, par suite de divers contre-temps qu'il serait long de détailler, elle n'alla pas plus loin que la côte.
' Les Français et les Américains du Nord n'ont pas envoyé non plus de tributs à Pékin.
Les Russes ont député en Chine diverses ambassades qui ont été traitées avec p!us de considération que celles d'Angleterre, de Hollande et de Portugal, différence due probablement à là proximité de l'empire russe et à l'idée que l'on a en Chine de son étendue et de sa puissance. Le dernier de leurs envoyés obtint que quelques ecclésiastiques et laïques russes demeurassent à Pékin, afin d'y acquérir la connaissance de la langue chi-> noise, comme moyen de poursuivre les relations qui ne peuvent manquer d'exister entre deux pays limitrophes. En conséquence, le gouvernement russe est le seul qui ait à Pékin une mission Ïv%r,
11 serait long et fastidieux d'énumérer les incidents infinis qui se sont succédé entre les Européens et les Chinois depuis que les Portugais touchèrent les côtes de cet empire : en général il y a toujours régné une grande méfiance de la part des autorités locales et une persistance à fermer le passage à ceux qui essayaient d'avoir de nouveaux marchés en dehors de celui de Canton ; et si on leur a continué un assez bon accueil , la raison en est dans les bénéfices que les mandarins de cette capitale ont tir^ légalement ou illégalement du commerce extérieur.
Tous les Chinois ne pouvaient pas trafiquer avec les étrangers; le monopole de ce commerce était dans les mains de douze individus appelés hongs qui formaient une corporation ou compagnie, quoique chacun d'eux achetât et vendît séparément pour son compte, et encore y avait-il entre eux concurrence.
Les Anglais avaient aussi une compagnie qui possédait seule le droit de commercer en Chine, en vertu d'une concession de leur souverain , qui se termina en 183/r: Depuis cette époque, chaque Européen achetait ou vendait comme il l'entendait ou le pouvait ; mais du côté des Chinois, leur système continua jusqu'à ce qu'en 1840 la guerre le détruisit.
Lorsque arrivait un navire chargé, il était obligé de se consigner 2i on de ces commerçants hongs^ qui devenait responsable du montant des droit» que devaient payer le navire et son cfaargementiainsiquédelâ coilduite de Féquipage. Il n'existait de communication entre les Européens et les autorités locales que par l'intermédiaire de ces commerçants hongs^ Lorsque les mandarins arbitraires exigeaient d'eux de l'argent, ils se voyaient for^ ces pour s'indemniser d'acheter les articles européens à prix plus bas^ ou de vendre les articles chinois plus cher, ou d'augmenter le compte des frais,
La position des commerçants européens en Chine était très-difiBcile et très-désagréable. Afin d'en donner une idée, fe copierai ici les paroles d'un témoin oculaire, M. S. Wells Williams, qui n'est ni Anglais ni commerçant
« L'histoire entière du commerce étranger en Chine jusqu'en 18A0 est un triste et curieux chapitre des relations internationales; car, après tout* ce sont les intérêts d'un trafic quotidien et permanent, et non des traités et des ambassades qui constituent les manières de procéder respectives des nations avec un tel peuple. Les griefs dont on se plaignait avant cette époque étaient le retardement dans le chargement des navires et le pii* lage des marchandises dans leur transit vers Canton; les proclamations injurieuses publiées constamment par le gouvernement, et où les étrangers étaient accusés de crimes horribles ; les extorsions des employés su* baltemes et la difficulté d'accès vers les autorités supérieures. Les mardiands hongs, ât raison de leur position comme commerçants et interprètes entre les deux parties, étaient à même de les tromper sur une très-grande échelle, l'outefois, comtne ils étaient responsables des actes des étrangers et des sommes qu'ils avaient à payer, et ne pouvaient exercer sur eux qn*une surveillance incomplète, il s'en fallait de beaucoup que leur situation fût agréable. '
' » Les règles suivant lesquelles le gouvernement en agissait avec les étrangers ont été traduites par Prémare de la manière suivante : « Les bar-** bares sont tels que des bétes, et ne doivent pas être gouvernés d'après les mêmes principes que les citoyens. Essayer de les diriger par les grandes maximes de la raison, ce serait ne vouloir aboutir à autre chose qu'à la confusion. Les anciens rois comprenaient bien cela, et en conséquence ils gouvernaient les barbares par l'arbitraire. Donc, gouverner les barbares par l'arbitraire est la vraie et la meilleure manière de les gouverner. * La même i'ègle relative aux commerçants* étrangers était applicable en Angleterre pendant le règne de Henri VU, et les idées que se forment les Chinois du pouvoir qu'ils ont sur ceux qui visitent leurs rivages ne diffèrent point de celles qui prévalaient en Europe ayant la réforme. Les CbinoiSi
^Al —
d'abord, rëdoatèrent et respecièretit ceux (|iii abordaient leurs cèles, et qu'ils voyaient bien leur être supérieurs dans Tart de la guerre et dans leur esprit' d'entreprise ; et si on e&t adopté les moyens dignes des con"* naissances supérieures et de la civilisation de leurs visiteurs pour les éclairer, on peut supposer que de tels efforts n'eussent été ni inutiles ni dédaignés. La crainte respectueuse des Chinois se transforma par degrés en un orgueilleux mépris, et ils résolurent de lirer tout ce qu'ils purent de ceux qui voulaient quand même trafiquer avec eux , et dont la puissance et l'état réel leur étaient peu connus, ou dont ils n'avaient aucune donnée. » La conduite turbulente des marins fut la cause de nombreux différends entre les Chinois et les Anglais. La haine réciproque des marins français et dés marins anglais à Wampca* en 1754, s'accrut à tel point, qu'ils ne pouvaient pas même, en Chine, faire leur commerce sans se quereller, et un Français ayant tué un marin anglais, les Chinois mirent empôohemeat an commerce des premiers jusqu'à ce qu'on leur eut livré le coupable, qui toutefois fut ensuite relâché. Les Chinois assignèrent deux différentes lies dans la rivière de Wampoa comme lieux de récréation pour les marins de chaque nation, afin que de pareils troubles pussent être évités à l'avez nir. Un cas semblable eut lieu à Canton en 1780, lorsqu'un Français tfia un marin portugais pendant la nuit, et se réfugia dans la demeure do consul. Les Chinois demandèrent qu'on leur livrât le criminel, qui leur fut en effet livré , et ils l'étranglèrent en publia II mériUiit sans doute cette punition , quoique ce fût la première fois qu'ils fassent interveiiiis dans une affaire de cette sorte entre étrangers, et leur réussite fut regardée comme établissant un mauvais précédent en matière d'imerveation pour les cas qui se présenteraient ensuite. £n 178A» un indigène fut tué à Wampoa par un boulet laissé dans un canon , lors d'un aalut fait à bord du Vaisseau anghis th» Lady Hughes, et les Chinois, d'après le principe qui veut qu'on donne vie pour vie, demandèrent qu'on leur livrât L'homme qui avait tiré le coup de canon. Sachant que les Anglais n'étaient pas dis«* posés à le livref', la police fit saisir M. Smith, le subrécirgue du vaisseau» et le fit conduire en prison dans la ville, après avoir endoifmi les soupçons des Anglais en protestant qu'ils ne voulaient pas autre chose que l'eta* miner relativement à l'affaire. Lors de la saisie du snbrécargue, l'ordre fut donné que les barques du vaisseau avec leur équipage armé partissent de Wampoa j)our aller défendre les factoreries; mais les autorités Chi-^ noises dépêchèrent un messager pour faire savoir que leur intention , en prenknt M. Smith, avait été tout bonnement de 1q1 adresser quelques questions ; ce messager, de la part de M* Smith, requit le capitaine de lui envoyer le cânonnier ou quelque autre homme du vaisseau, afin qu'on Fin-* terrogeât, ce qui eut lieu conformément à la demande. Se fiant trop aux
promesses des Chinois, oa laissa partir le marin, qai entra dans la ville sans être accompagné d*aucun de ses compatriotes. M. Smith fut mis aussitôt en liberté, et Thomme fut étranglé sur les ordres directs de l'empereur, après avoir été enfermé pendant six semaimes. Cet homme, probablement, ne fut soumis à aucune forme de procès qu'il pût comprendre, et sa condamnation a été la plus injuste, le code chinois, section GGXCII, lui donnant le droit de se racheter au moyen d'une amende d'environ 20 piastres.
» Le fâcheux résultat de cette affaire eut pour effet desservir d'avertissement et de gouverne dans les relations ultérieures avec les autorités locales, car les officiers chinois r^ardaient comme leur incombant, dans tous les cas de ce genre, autant qu'ils le pouvaient, d'appliquer la règle de : vie pour vie. Leur mode de procéder, quoi qu'il en soit, quand il devenait impossible de s'emparer de la partie accusée ou coupable , est clairement exposé dans un cas d'homicide qui eut lieu en 1807.
» Un détachement de marins était à boire dans un cabaret de Canton , lorsque un démêlé s'étant élevé, les marins mirent en fuite la populace qui avait commencé à les insulter, et un des indigènes fut tué dans là bagarre. Tout commerce fut aussitôt suspendu , et le marchand hong qui avait assuré le navire fut tenu, sous sa responsabilité, de livrer le meurtrier. Onze hommes furent arrêtés par ordre de la Compagnie , et une cour fut instituée dans le lieu de sa résidence, par-devant les juges chinois, M. Rolles, capitaine du vaisseau de S. M. B. ie Lion, étant présent au milieu des chefs de la Compagnie. Le coupable ne fut pas découvert, mais un homme, nommé Edouard Sheen, fut détenu en prison, ce qui satisfit les Chinois, aussi longtemps qu'il resta à Canton. Mais lorsque les directeurs de la Compagnie voulurent l'emmener à Macao avec eux, ils résistèrent jusqu*à ce que le capitaine' Rolles eut déclaré que, s'ils ne cédaient pas, il ferait monter le prisonnier à son bord : ce qu'il fit effectivement. Un autre cas d'homicide se présenta à Wampoa en 1820. Les autorités montrèrent alors le plus vif désir d'arranger l'affaire, en admettant la supposition que le boucher du vaisseau, qui se suicida peu de temps après que le fait avait en lieu, était le coupable ; ils firent une enquête à bord du vais^ seau, et l'on constata comme réel ce qui n'était qu'une supposition.
» £n 1822, un détachement de marins du vaisseau de Sa Majesté Britannique Tapace^ étant allé pour faire de l'eau à Liiitin, fut attaqué par un grand nombre d'indigènes, et dans la mêlée deux Chinois furent tués et il y eut beaucoup de blessés de part et d'autre. Les autorités de Canton demandèrent que deux Anglais fussent livrés, ce que ie capitaine refusa, expliquant en même temps l'affaire, et démontrant que les habitants de l'île étaient seuls blâmables. Il s'ensuivit entre la Compagnie et les autorités
locales une lougue discussion qui se termina par Tinlerruption du com^ merce, d*après les ordres du comité des directeurs, et se retirant de la rivière pour aller à Macao, jusqu'au moment où le gouverneur consentit à les décharger, en leur qualité de marchands, de toute participation et de responsabilité relativement aux actes des navires de guerre anglais. Tout se termina enfin, et le commerce reprit son cours.
» L*ardeur que montrèrent les Chinois dans cette affaire du Topace, fut sans aucun doute accrue par le succès qu'ils avaient eu Fannée. d'avant dans* un cas d'homicide commis à bord du vaisseau américain Emiiif, dans un moment d'emportement par un marin nommé Francis Terranova, leqpel lança contre une femme une cruche qui la renversa par> dessus le bord ; bien qu'il eût été reconnu qu'elle était tombée à l'eau en partie par suite de la précipitation qu'elle avait mise à fuir ou de son manque de précaution, le magistrat du district de Pwangu vint dans le navire avec les marchands hongs et les interprètes , et ouvrit à ce sujet un procès contre lequel le comité des marchands américains protesta, le regardant comme une injustice et une pure moquerie , en tant que le magistral refusa d'accepter 1^ offres de services que lui faisait le docteur Morisson comme interprète, et se contenta de Tentremise de ses mauvais interprètes à lui pour conduire le procès. L'erreur des Américains, selon un cooipte rendu par un témoin oculaire et donné dans le Norih American Repiew de janvier 1835 , consistait d'abord en ce qu'ils avaient permis que le procès s'ouvrit sans l'aide d'un interprète capable, qu'ils auraient pu se procurer s'ils y avaient mis un peu de bonne volonté; et, en second lieu, en ce qu'ils avaient permis que le marin eût été enlevé du navire avant d'avoir subi un procès régulier.
» On rapporte dans celte narration qu'ils dirent à Howqua :< Nous sommes obligés de nous soumettre à vos lois, quelque injustes qu'elles soient, tant que nous demeurerons dans vos eaux; nous n'avons point l'intention de leur résister. » Et ce fut d'après ce principe qu'ils souffrirent, sans aucune opposition^ que le marin, dont le crime n'avait pas été prouvé, fût conduit à Canton. Il fut étranglé peu de temps après avoir été mis entre les mains des Chinois , qui passèrent par-dessus les délais et les formes que stipulent même leurs propres lois , aucun étranger n'ayant assisté au procès. Le gouvernement de Washington non-seulement ne fit ni démonstration ni remontrance à propos de cette tragique aiïaire , mais encore il laissa le commerce , les personnes et les propriétés des citoyens américains en Chine sans protection et à la merci de ses gouvernants. Nous sommes peu disposé k admettre, quoi qu'il en soit, que les naturels d'un pays, parce qu'ils vivent dans un autre, sont obligés par cette raison de se soumettre à quelque injustice que ce soit qu'on veuille leur faire subir, sur-
tout lorsque, coaiiue c'était le cas en C^ne, ils sont considérés comme étrangers et qu'il ne leur est pas permis de vivre sous les mêmes lois que les naturels et d'être jugés par elles.
» D'autres cas de meurtre et d'homicide ont eu lieu en Chine depuis les deux derniers cas mentionnés, mais les Chinois n'ont alors exécuté per-* sonne. Dans l'on d'eux, en 18S2, un capitaine^ nommé Mackenâe, fut frappé si rudement dans une rixe nocturne qui eut lieu avec quelques ' Parsis que sa mort en fut la conséquence; mais ces hommes, étant des sujets anglais, furent envoyés à Bombay pour y être jugés, les Chinois ayant tenté inutilement de retenir la cause dans leur juridiction. Dans l'autre cas, le meurtre résulta d'une rixe entre les équipages des navires à opium et les habitants d'une île près de Kumsing^moon , dans laquelle un homme fut tué de chaque côté. Les parents du Chinois se peignirent à leurs gouvernants , et les marchands hongs recoururent à un expédient pour satisfaire aux formes de la loi , en déterminant un noir de Macao à se déclarer le meurtrier et à se soumettre à être jugé, loi donnant la certitude d'un acquittement complet* .
» Ces différents cas ont été rapportés ici dans le but de mettre au jour la position anormale qui était faite en Chine aux étrangers avant la dernière guerre» Ils formaient par eux-mêmes une communauté, relevant principalement (les sentiments d'honneur qu'ils apportaient dans leurs procédés; mais leurs rapports avec les Chinois ressemblaient à ce que les légistes nomment « l'état de nature ». Le changement d'un gouverneur général, ou d'un percepteur d'impôts, ou d'un vieux marchand hong, entraînait l'introduction d'un nouveau système de police commerciale, suivant le caractère particulier de ces fonctionnaires. Le comité directeur de la Compagnie des Indes orientales avait un pouvoir considérable sur les sujets anglais , spécialement sur ceux qui demeurent à Canton, et il pouvait même leis déposer, si cela lui convenait; mais les consuls des autres nations avaient peu ou n'avaient pas d'autorité sur leurs compatriotes. Les choses du cpfnmerce étaient aussi peu déterminées que ceUes de la juridiction. Le manque d'un tarif reconnu encourageait la contrebande et entretenait constamment un esprit de résistance et de mécontentement entte les indigènes et les marchands étrangers, chaque parti s'efforçant de prendre ses avantages autant qu'il lui était possible. Et il n'y avait aucun moyen de communication entre eux, car les consuls, n'étant pas accrédités par le gouvernement chinois, allaient et venaient, élevaient ou abaissaient leuts bannières sans la moindre attention des autorités.
» La mort de l'infortuné canonnier en 1 784, et les dettes énormes contractées par les marchands hongs envers les Anglais et dont le payement ne semblait pas probable, portèrent le gouvei*nemetit anglais à tourner soii
«tteniloii sur la situation des sujets du roi en Clhine , dads 11* but de rétablir leurs relations sur un meilleur pied. La conduite infâme d'un capitaine, M. Ciary, qui saisit on navire hollandais à Wampou, en 1781, ce que Davis raconte , et Tlmpuissance de la Compagnie à empêcher de tels procédés , contribuèrent à décider la coaronhe à envoyer une ambassade à Pékin. » Tant que le èoBunerce anglais en Chine fut entre les mains de la Compagnie des Indes orientales, les sujets de la Grande-Bretagne étaient sous l'autorité dd coaseil de direction (sélect committee) , ou plutôt de son président. Mais, le privilège de la Compagnie étant expiré en 183&, te gouvernement anglais envoya lord Napier avec le titre de surintendant général (chief superintendent) du commerce britannique; il arriva en Chine avec tout un personnel d'employés, dont les appointements s'élevaient h •18,200 livres sterling, eti, après avoir écrit au vice-roi de Canton, il se rendit dans cette capitale , où il reçut , par l'intermédiaire des commerçants liongs, un édit dont voici quelques passages : « Dans cette circonstance, Vadi (le surintendant) des barbares, lord Napier, est venu à , (Canton, ^ns s'être arrêté à Macao pour y attendre des ordres, et sans avoir ni reçu ni même demandé l'autorisation du chef de la douane, mais il s'est avancé en toute hâte jusqu'à Canton : grave infraction aux lois établies ! Les employés de la douane ou autres, qui ont pris sur eux de le laisser entrer , ont été envoyés avec une communication demandant leur jugement. Toutefois, par bienveillance et considération pour le susdit œil (inspecteur) des barbares, qui, étant nouvellement arrivé, ne connaît pas les lois et ordonnances du Céleste Empire , je ne pousserai pas l'enquête avec rigueur.... Sa venue à Canton a pour objet les affaires du commerce. Or le Céleste Empire établit deux sortes de f(Mictionnaires , les uns civils pour le gouvernement du peuple, les autres militaires pour la terreur des méchants. Quant aux affaires ordinaires dn commerce, elles doivent être réglées par les marchands eux-mêmes; les fonctionnaires n'ont à s'en occuper en aucune sorte.. ..S'il survient quelque affaire nouvelle , il est indispensable d'attendre qu'un respectueux mémoire ait clairement exposé la chose au Grand Empereur, et que ses ordres soient arrivés. Les grands officiers du Céleste Empiré ne sont point autorisés à avoir aucun rapport par lettres avec les barbares du dehors* Si le susdit œil (surintendant) des barbares ose écrire des lettres, moi, le gouverneur, jejne les recevrai point , je n'y jetterai même pas les yeux* Les factoreries de la Compagnie , situées* en dehors des murs de la ville, sont un lien de résidence temporaire pout les étrangers que le commerce attire à Canton ; il leur est pe* aiîs d'y manger, d'y dormir, d'y acheter et d'y vendre; mais ils ne doivent tii sortir de ces factoreries ^ ni circuler à l'entour. » Cet édit fot porté à lord Napier par les commerçants hongs; mais il re-
fusa de le recevoir, disant qu*ii avait ordre de traiter directement avec te vice-roi.
Celui-ci donna avis à la cour de Pékin de tout ce qui s'était passé » et voici quelques passages de son rapport à l'empereur : « Le susdit œil (surintendant) des barbares n'a pas voulu recevoir les commerçants hongs; mais aussilôt il est sorti de la ville pour me présenter une lettre à moi Lu, ministre de Totre Majesté. Sur l'enveloppe , il a employé les formes et le style dont on se sert avec un égal , et il y a écrit ces mots absurdes : Ta ying kwoh (la grande nation anglaise). Pour peu qu'on réfléchisse, il est évident que préserver la population de l'empire de tout contact avec les étrangers, est une chose très-importante pour le maintien de la dignité et de la souveraineté. L'inspecteur des barbares a*-t-il ou n'a-t-il pas un rang ofiBciel? C'est un fait que nous n'avons pas les moyens de vérifier complètement; mais, quand même il serait un fonctionnaire de ladite nation, il ne pourrait pas pour cela se permettre d'écrire sur le pied de l'égalité aux ofiSciers de la frontière du Céleste Empire. Au point de vue de la dignité nationale , il y aurait de grands inconvénients à autoriser par, la plus légère concession cette tendance à opérer des rapprochements, à établir des rapports, qui auraient pour résultat l'amoindrissement de la considération. En conséquence, des ordres ont été donnés au colonel Han Shanking, qui commande les forces, militaires de ce département, pour •qu'il signifie de la manière la plus formelle à la personne susdite qu'en vertu des lois et règlements du Céleste Empire , il n'y a jamais eu de communication par lettres avec les barbares du dehors; que, pour ce qui a rapport au commerce , on doit adresser des pétitions par l'intermédiaire des niarchands hongs, et qu'il n'est pas permis d'envoyer ou de présenter des lettres.... Après mûr examen, mon humble opinion est que le commerce des barbares anglais a jusqu'ici été dirigé par les marchands hongs et les taîpans, et qu'il n'y a jamais eu d'inspecteur dont la nomination puisse former précédent. Ainsi celte résolution subite de nommer un officier ou surintendant n'est nullement conforme aux usages reçus. D'ailleurs, si ladite nation désirait prendre ce parti, elle devait expoâser dans une pétition la nature des affaires qui seraient attribuées à cet intendant et la manière dont il procéderait , et>elle devait faire présenter ce mémoire , en suppliant Votre Majesté de donner des ordres d*après son bon plaisir , afin de s'y conformer avec une parfaite obéissance , soit que l'objet de sa demande fût concédé, soit qu'il fût refusé. Mais le susdit inspecteur des barbares, lord Napier, au lieu de procéder ainsi franchement par voie de pétition 9 est Venu à l'improviste s'installer dans les factoreries étrangères qui se trouvent en dehors de la ville, et a affiché la prétention d'échanger des documents officiels et des lettres avec les officiers de l'empire fleuri du
Milien ; c*est lu en vérité 8*éloigner singulièrement des limiies de la raison. » Lord Napier fit diverses tentatives pour obtenir que Ton reçût sa lettre, et les commerçants hongs, de leur côté, allèrent trois fois chez lui pour le décider à mettre sur l'adresse le mot pin (1), c'est-à-dire pétition, ce qui aurait suffi pour qu'elle fût reçue. Lord Napier ayant refusé, le viceroi publia un édit ou manifeste dans lequel, après avoir reproduit ses observations sur le tort qu'avait eu lord Napier de venir à Canton sans permission , il ajoutait : « Supposons qu'un personnage officiel envoyé par une nation étrangère vînt en Angleterre pour conclure quelques arrangements, pourrait-il se dispenser d'exposer dans un mémoire adressé an roi de ce pays l'objet de sa mission? pourrait-il se permettre des actes contraires à ce qu'exige la dignité de la nation chez qui il serait venu, et. ne suivre que sa propre volonté et son caprice? Puisque le susdit inspecteur des barbares déclare qu'il est un personnage officiel, il doit être plus que personne pénétré de ces principes. Avant qu'il m'eût adressé une lettre, moi, le gouverneur 9 j'avais reconnu qu'il ne convenait pas de la recevoir, parce que les lois du Céleste Empire interdisent aux ministres et aux autres autorités toute relation par lettres avec les barbares du dehors. Les affaires commerciales ont été jusqu'ici laissées à la responsabilité des marchands. ISi par hasard quelque négociant barbare avait à faire une pétition pour demander l'examen d'une affaire, la loi exige que la pétition soit par le susdit taipan rédigée d'une manière régulière et présentée dans les formes d'oâagey et que l'on attende la réponse, faite par voie de proclamation. Il n'était jamais arrivé qu'un barbare du dehors se hasardât ainsi à adresser une lettre.
» Les marchands hongs, voyant l'inspecteur barbare refuser de se soumettre aux anciens règlements, ont demandé que le commerce de cette nation fût suspendu, démarche qui indique une profonde connaissance deB grands principes de la dignité de l'enipire et mérite les plus grands éloges. La coupable opposition de lord Napier exigerait impérieusement que l'on eût recours à ce procédé, et rien ne serait plus juste que de défendre immédiatement aux siens d'acheter et do vendre. Mais, considérant que jusqu'ici le roi de cette nation a été au plus haut degré respectueux et obéissant, je ne puis croire qu'aujourd'hui , en envoyant lord Napier, il ait voulu que celui-ci montrât cette opiniâtre résistance. Les quelques
(1) Sur l'adresse de (ont écrit que Ton présente caciieté à une autorité chinoise doivent se trouver le nom et les titres de cdlui qui écrit, le nom et les titres de la personne à qui on écrit, et de plus un caraclère signifiant, solon les cas, communication, pétition, etc. Le mot commvmc'ation ne prut être employé que de supérieur à inférieur ou d*égal à égal,
centâiQe& de millions de droits de commerce que nous p»ye chaque; màée le susdit pays, si on considère leur importance par rapport au Câeste Empire, peuvent à peine se comparer au poids d'une paiHe ou d'une plume« Avoir ces sommes ou ne les avoir pas est une chose qui ne mérite pas absolument la moindre attention. Leurs draps fins et leurs camelots ont encore moins d'importance et méritent moins qu'on s'en préoccupe. Au contraire, le thé, la rhubarbe, la soie, produits de notre pays, sont pour ladite nation des sources qu'on ne pourrait intercepter sans occasionner sa ruine. Moi, le gouverneur, me souvenant et me pénétrant des sacrées et divines volontés du Grand Empereur, qui sont que nous ayons pour tous les étrangers le même amour, les mêmes soins que pour nous-mêmes, je sens que je ne puis me faire à la pensée de pareils malheurs. En outre, tous les marchands de ladite nation, pour venir dans ce pays, traversent les mers, parcourant des myriades de milles et s'exposant à bien des dangers. L'objet de toutes leurs espérances, c'est de réaliser des bénéfices en vendant et en achetant. S'ils ne se sont point rendus au meeting où les marchands hongs les ont invités aCn de délibérer sur ce qu'il convenait de faire, c'est qu'ils étaient squs la direction de lord Napier; ce sefus ne , provient certainement point de la libre volonté des marchands eux-mêmes. Anéantir en un jour leur commerce , ce serait plonger dans le malheur un grand nombre de personnes, qui, après de longs voyages par terre et par mer, se verraient ruinées pour la faute d'un seul homme, de lord Napier. Non, je ne puis, pour un pareil motifs les réduire ainsi au déses* poir...» Quant à l'inspecteur, on assure que c'est un homme d'un esprit solide et étendu et d'une parole pleine de charme. S'il réfléchit mûre* ment, il pourra par lui-même distinguer parfaitement le vrai du faux; mais qu'il ne se laissé pas égarer par les hommes qui l'entourent.... Quand le roi de ladite nation aura connaissance de ces ordres répétés et de ces réponses officielles, il saura aussi tous les mensonges de l'inspecteur barbare; mais; dans tout ce qui s'est passé, on ne pourra pas reprocher au Céleste Empire de n'avoir pas porté aussi loin que possible les égards pour la vertu et la respectueuse obéissance pratiquée par le roi de ladite nation. • Deux semaines après la publication de cet édit , le vice-roi en rendit un autre, qui suspendait le commerce anglais, et qui en outre défendait absolument à tout indigène d'aider et de servir lord Napier. « L'inspecteur barbare, disait-il, en apprenant ce qui a été décidé à son sujet, s'est trouvé comme un poisson enveloppé dans un filet. C'est véritablement un homme slupide, aveugle et ignorant, à qui il est impossible de faire entendre raison. Si un personnage aussi extravagant demeurait à Canton pour diriger le commerce , il serait désormais impossible que la population commerçante vécût en- paix et en bonne harmonie. »
Lord Napier, se sentant mdade et voyant qu'il ne poavait obtenir anen» résultat, partit pour Macao» où il mourut au bout de quinte jours, trois mois après son arrivée en, Chine. Par suite de cet événement et du départ des vaisseaux de guerre qui se trouvaient à Whampou, le commerce fut de nouveau ouvert
Dans les dépêches de Pékin , que Ton reçut à C4anton , au sujet de tous ces faits» la conduite du vice-roi était complètement approuvée, et il était ordonné que ceux qui avaient servi les Anglais fussent punis. Quant an cabinet de Londres, il désapprouva Tesprit des dépêches de lord Napier, qui annonçaient des mesures coercitives. Lord Palmerston lui disait : « Que ce n'était point par la force et la violence que Sa Majesté entendait établh^ des relations commerciales entre ses sujets et la Chine , mais par des moyens de conciliation. »
M. J. Davis succéda à lord Napier et fut lui-même bientôt remplacé par. sir George B. Robinson. Sur ces entrefaites ^ il s*était formé parmi les négociants une chambre de commerce, qui, lorsqu'il était nécessaire, communiquait officieliement avec les commerçants hongs.
£n 1836, le po^ie àe chief supcrintendent (surintendant) M 6up<» primé, et sir George B. Robinson reçut Tordre de remettre toutes les pièces à soh lieutenant ou secrétaire, le capitaine £lliot. Celui-ci s'adressa au vice-roi par l'intermédiaire des commerçants hongs, comme cela avait lieu antérieurement, et, en conséquence, il put revenir à Canton avec une permission de l'empereur. En accusant réception du décret souverain , il disait au, vice-roi : « Le soussigné proteste respectueusement à Votre Excellence que son devoir, et en même temps son plus ardent désir, ei^t de se conformer en toutes choses au bon plaisir impérial; aussi apporterat-il la plus grande attention aux points indiqués dans l'écrit qu'il a sous les yeux. »
Maintenant nous devons entrer dans quelques détails sur l'opium. Il est reconnu que l'usage de le fumer vint aux Chinois par le pays d'Asam, où il existait très*anciennement; toutefois, jusqu'à la fin du siècle dernier, cet usage dut prendre peu de développements, car les missionnaires catho-» liques n'en ont fait aucune mention. En 1767, l'importation s'éleva à 1,000 caisses, et elle continua sur ce pied pendant quelques années. En 1791, il entrait librement à titre de médicament^ moyennant un droit de sept piastres par quintal. En 1800 , l'empereur le défendit, en disant que c'était une cause de perte de temps pour son peuple , qui échangeait son argent contre la viU ordure des étrangers ; mais comme il était aisé ' de suborner les mandarins , qui d'ailleurs fumaient eux-mêmes de l'opium, ce trafic continua, surtout à Macao. En 1820, le vice-roi de Canton publia un édit qui défendait ce commerce sous des peines sévères , et les subré-
calmes de la Compagnie anglaise recommandèrent qa'onn'en apportât point dans les nasires de la Compagnie ; ils demandèrent même aux autorités anglaises dans l'Inde de n'en point permettre la cnltare. Comme les Portugais exigeaient des droits exorbitants pour l'entrée de l'opium à Macao, l'usage s'établit de le tenir dans des embarcations armées qui étaient constamment à l'ancre dans les anses de quelques-uns des Ilots voisins de Canton, comme Horig-kong, Linting et autres. Ces magasins flottants ont été appelés receiving-ships. Les commerçants propriétaires de l'opium demeurentgénéralement à terre dans leur factorerie : un Chinois va leur acheter une ou plusieurs caisses d'opium; il en remet le prix et reçoit un ordre avec lequel il va, dans un canot, prendre à bord du receiving-tship son opium , qu'il introduit dans le pays par contrebande, soit en trompant la vigilance des employés de la douane , soit , ce qui est beaucoup plus ordinaire , en les achetant.
Cette contrebande alla augmentant toujours d'importance , en sorte que la quantité d'opium introduite annuellement finit par s'élever à une valeur de plusieurs millions de piastres. Les Chinois n'ayant à donner en échange aux Européens d'autres articles importants que le thé et la soie, la balance du commerce leur devint bientôt extrêmement défavorable, et l'exportation de l'argent commença à se faire sur une grande échelle. Il résulta de là que le gouvernement commença à trouver des difficultés dans la perception des impôts, et que le déficit du trésor s'accrut rapidement d'année en année. L'argent devenait chaque jour plus rare, erpar suite sa valeur s'élevait. En conséquence, les ministres de Pékin songèrent très-sérieusement à extirper l'habitude de fumer de l'opium , et rendirent pour cela des décrets fulminants. Pendantrautomnedel836, le vice-roi de Canton condamna à l'exil neuf commerçants européens, parce qu'ils'étaient les principaux importateurs d'opium; mais ils ne tinrent aucun compte de cette sentence.
« Durant les années 1837 et 1838, il y eut, le long de la côte, de continuels démêlés entre les employés du gouvernement, les contrebandiers indigènes et les commerçants étrangers : les premiers faisaient quelquefois concurrence aux seconds , souvent s'entendaient avec eux , parfois enfin en arrêtaient quelques-uns; tandis que les commerçants étrangers, évitant toute collision, s'efforçaient d'activer la vente de tout leur pouvoir. En février, le capitaine Elliot écrivit au contre-amiral Capel , dans l'Inde, pour lui demander d'envoyer en Chine un vaisseau de guerre, afin de visiter les mouillages où se faisait le commerce de l'opium , « ce qui était le meilleur moyen, soit pour obtenir que les autorités provinciales revins* sent au système de connivence qui avait jusqu'alors prévalu, soit pour avancer le moment où le gouvernement de Pékin reconnaîtrait comme légal le commerce de l'opium. » En conséquence de cette demande , la
cervelle ie Haiéijfhne tarda pas 1i arriver, et elte fut envoyée à Fuheliaii dans le but d'obtenir la mise en liberté de quelques Indiens qui avaient fait partie de l'équipage du Fairy, vaisseau employé au commerce deTopium; et qui se trouvaient détenus depuis plusieurs mois. Cette mission obtint on plein 'succès. Mais pour atteindre le tiut principal de la demanda du capitaine Ëliiot, ce qu'il y avait de mieux, c'était de faire intervenir le gouvernement anglais. £n conséquence , pendant Faotomne de 1837, le secrétaire de Sa Majesté.transmit à l'amiral l'ordre de se rendre lui-même en Chine et de se mettre en communication avec les autorités bri^ tanniques.
» Le capitaine Ëlliot, étant alors h Canton le chef reconnu du commerce britannique, reçut, en septembre, des autorités de la province^ par Fin* termédiaire des marchands hongs, l'ordre d'éloigner de Linting les receiving-ships, et de transmettre à son souverain uu ordre de l'empereur pour que dorénavant il leur fût défendu de revenir. Il répondit qu'il ne pouvait transmettre à son souverain un ordre qui ne lui venait pas diree«tement du gouTernement, et il citait l'exemple récent du gouverneur général de Fuhkien, qui avait communiqué directement avec te comman-dant d'un vaisseau de guerre anglais. Le gouverneur se vit donc obligé de prendre une autre voie , et il envoya l'ordre en question au préfet et au colonel du département en leur enjoignant de le transmettre au capitaine £lliot. Celui-ci répondit en promettant de l'envoyer dans son pays.
•Vers la fin de l'année 1837, le pavillon britannique à Canton fut de non* veau amené, et le surintendant retourna à Macao parce que le gouverneur avait refusé de recevoir une communication sur laquelle le capitaine Ëlliot n'avait point voulu écrire le mot pin y en vertu d'instructions qu'il venait de recevoir. £n juillet 1838, sir Frédéric Maitland arriva sur le vaisseau de Sa Majesté Britannique ie WtUesiey, de soixante-quatorze canons, et entra presque aussitôt en correspondance avec l'amiral chinois Kwang au sujet d'un schooner anglais sur lequel les forts avaient tiré comme il passait le Bi^ue, et que l'on avait arrêté pour lui demander s'il avait à bord sir Frédéric , ou quelqu'un des hommes de son équipage ou leurs femmes.
A Aussitôt après l'arrivée de sir Frédéric , le capitaine EUiot s'efforça de se remettre en correspondance avec le gouverneur, en envoyant aux portes de la ville une lettre ouverte, que l'on reçut et que l'on fit parvenir à son adresse; mais le jour même elle fut renvoyée parce qu'elle ne portait pas la suscription exigée.
• Les efforts du gouvernement supérieur pour supprimer la contrebande for^t en 1838 plus énei^iques qu'ils n'avaient jamais été, et ils indiquaient une détermination arrêtée de ne rien épargner pour arriver au résultat. En avril; un indigène, appelé Kwoh Si[»ng, fut étranglé publi-
quement k Macao , sur Tordre exprès de Pemperettr, pour servir d*êxeiDpte aox aatres et empdèber de s'engager k exporter de Targeot ou h introduir» de Topium.
» Le nombre des navires composant la petite force étrangère montant et descendant la rivière à <5ette date était de cinquante , la plupart' occupés à faire la contrebande. Quelquefois le gouvernement semblait disposé h exercer son pouvoir, et alors des navires étaient détruits, les oontreban-* diers saisis et torturés, et la vente de Topium empêchée. Mais les mêmes manœuvres recommençaient Mentôt aussi hardiment que jamais. On s'enh» parait facilement de ces bateaux, car le gouvernement pouvait exercer un entier contrôle sur ses propres sujets; mais lorsque les schooners étrangers, fortement armés et équipés, montaient et descendaient la rivière, et livraient dé la drogue (Popium) sur ses bords , les croiseurs officiels crai'« gnaient de les attaquer.
» Des collisions devinrent de plus en plus fréquentes entre les GhinoiB ei leurs gouvernants en conséquence de Taccroissement de la rigueur des ordres émanés de la cour. En septembre, dans une rixe près de Wampou» entre les militaires et des villageois, plusieurs furent tués et un grand nombre arrêtés. Les débitants d'opium à Canton furent mis en prison, et ceux que Ton trouva en d'autres lieux , amenés dans cette ville enchaînés. A Hupé, le bruit courut que les officiers avaient châtié les fumeurs arrêtés en leur coupant une partie de la lèvre supérieure, afin de les mettre hors d^état de faire usage de la pipe. En outre, la vénalité des (ffidera était telle, que même à cette époque le fils du gouverneur lui-même se livrait h ce trafic , et qu'un grand nombre d'agents subalternes n'opéraient des saisies de la drogue sur les bateaux contrebandiers que pour la revendre eux*mêmes en détail. L'exposé fait au trône par Bivang FsiDb*t$z', où la peine de mort était conseillée, fut promulgué à Canton vers le même temps; et lé rescrit de Temperenr, requérant a les commandants en chef des provinces de Moukden (Sbing-ldng), Kirin, Tsi-tsi-har ,. et les gou-* vernenrs et lieutenants^gouverneurs de toutes les autres' provinces d'ex* primer, sous forme de règlements, leurs vues personnelles sur ce sqjet et de la déposer promptement an pied du trône» provoqua des mesures plus rigoureuses. Cet exposé préconisait lés plus fortes pénalités. Dans nn ra« pide examen des effets résultant de l'usage de la drogue, il reconnaît que cet usage s'était étendu jusqu'à la Mandchourie et pénétrait dans tous les rangs de la société du haut en bas. La marche de Taisent, « dans les profondeurs insatiables des régions transmarines » avait eu pour effet d'élever le taux du change de l'argent jusqu'au point d'entraver les aifaires du gouverne'* ment. Il passe en revue les divers plans proposés dans le but d'empêcher le commerce de l'opium, cause de tout ce mal, tels que de faire garder
— aa -
les port^, de supprimer tout le coinjiM^rçe: âiiraQger, d'avrrétiQr le» tixwitrebiModiei;^, de faire fermer les boutique», et eufi» d'eniço^UFagerla dé^velopr pemeDt du commerce iatérieur. Ou avoue » daoa cet exposé » q«ie to i^mlnd9 ' payées au personnel des gardes-cotes et aux offio^ers de marine, pour les corrompre» scmt si considérables qu'elles empêchent toute îigilance àb leur part*
» La contrebande faite dans les eaux delà rivière s'accrut à un tel degré; pédant Tannée 1838 , que tout le commerça étranger semblait devoir Inemdt y être compromis.
» Le 3 décembre de cette année eut lieu une saisie de quelques caisses d'opium dans laquelle furent impliqués M, Ynnes, commerçant apgl;ds, ei M. Talbot, Américain du Nord. Un décret d'expulsion fut lancé contre epx» mais ils n'y obéirent point,
» Le gouverneur, comme s'il n'eût su quoi faire après cela, résolut do Boontrer aux étrangers à quelles conséquences s'exposaient les indigènes en faisant le trafic de Topium ; et , tandis que M, Ynnes était encore h Canton , i^ en\fiYfk un officier avec un peloton de cinquante hommes pour exécute^ devant les factorerie» un marchand d'ppium condamné k mort, nomm4 Hû-Lankin. L'officier était sur le poini de remplir sa naission près du njAt de pavillon américain, lorsque les étrangers sortirent de leurs factoreries, renversèrent la tente de bambous que Tofiicier faisait dresser, la foulèreat aux pieds, et lui signifièrent avec résolution qu'iLs'absttnt défaire exécuter là cet homme. L'officier, qui ne s'attendait point à une opposition de cette sorte, s'empressa de faire enlever soa attirail,, pms il alla dan&iine rue voisine où l'homme dont il était question fut étranglé. Sur ces entrefaites, un grand nombre de curieux indigènes s'étant assemblés pour voir cette singulière manière de procéder, les étrangers s'efiCorcèi-ent de le dissiper, supposant qu'un peu de résolution y suffirai!. Contrairement à leur attente, des, coiiips leur furent porté» en retour^ et ils se hâtèrent de rentiier.dans leurs factoreries, dont les portes furent fermées. Cette réunion de curieux était devenue une populace nombreuse, et, sous l'impression produite sur elle par la saisie de deiix indigènes, elle se mit à assaillir le devant des factoreries et à en briser les fenêtres à coups de pierres et de morceaux de briques. La place était restée en sa possession environ trois heures, et le danger devenait imminent , lorsque le magistrat du district y entra açcom« pagné de trois ou quatre officiers, suivis d'un petit corps d'agents de police. »
La chambre de commerce indignée fit des représentations au vice-roi
sur ce qu'il avait voulu transformer le jardin des factoreries en un lieu
d'exécution. Le vice*roi répondit entre autres choses que ce jardin faisait
' partie du territoire chinois aussi bien que tout le reste , et que par cettfi
raison l'autorité locale pouvait en disposer.
à Le capitaine BlÛot arriva à Canton le même soir de Wam{)ou avec des bateaux armés.. Dans nne réanion générale il exprima que, dans sa confiction , ces malheureux événements avaient pour cause le trafic de contrebande fait dans les eaux de la rivière , et déclara qu'il avait rintention de donner Tordre à tous les vaisseaux anglais de quitter ces parages dans un délai de -trois jours. Il exprima Tespoir qu'une démarche ultérieure faite dans le but d'entrer en communication avec les autorités provinciales afin d'obtenk leur coopération pour expulser ces vaisseaux , serait rendue inutile par le prompt, départ de tous les vaisseaux engagés dans ce trafic. Les injonctions et les menaces qu'il adressa à ses propres compatriotes n'eurent , en définitive , aucun succès , et en conséquence il s'adressa au gouverneur , lui exprimant son désir de les voir coopérer ensemble h leur expulsion. Dans un avis au puiiic le capitaine Ëlliot faisait remarquer que ce genre de trafic, dans sa rapide progression , avilissait profondément lé caractère anglais et exposait le commerce légal à un danger imminent; il déclarait qu'il avait l'intention de ne reculer devant aucune responsabilité pour y mettre un terme. Le gouverneur, comme on s'y attaidait, loua le surintendant de ses offres, mais lui laissa tout le poids de l'œuvre en ajoutant avec cet orgueil caractéristique des mandarins chinois qui arrête si efficacement notre sympathie pour eux dans leurs embarras : • Vous devez concevoir que tous 'ces bateaux -là ne me donnent pas le moindre souci,» comme s'il n'avait qu'à se lever dans sa majesté pour les faâre aussitôt disparaître.
» Cette affahré attira un torrent d'injures sur le capitaine Elliot de la part des journaux anglais, les rédacteurs de ces feuilles lui adressant toutes sortes de grossières épithètes , le présentant sous l'aspect ridicule d'un serviteur de la douane chinoise, et aidant les autorités pusillanimes à mettre leurs ordres à exécution....
» Vers cette époque le gouvernement suprême avait pris son parti. »
Le gouverneur de Hukwang, Lin-tse-su^ fut nommé commissionnaire, ayant mission, avec des pouvoirs illimités, de mettre fin au trafic de l'opium.
Les autorités invitèrent les f;;imeurs à se réformer , et la police fut chargée de pénétrer dans les maisons pour y rechercher la drogue et les pipes.
« De nombreux agents subalternes furent condamnés et punis sommairement, et le 26 février Fung A-ngan lut étranglé devant les factoreries en raison de son immixtion dans le trafic xle Topium et de sa participation à la rixe qui avait eu lieu à Wampou quelques mois auparavant; les pavillons anglais , américain , hollandais et français furent tous amenés en conséquence ; la suspension du commerce en général devint imminente , et le gouverneur pressa les étrangers de faire retirer immédiatement des eaux de la Chine les vaisseaux à opium. »
De uoiubreuses exéculionn eurcat lieu aussi, dans les provinces. Un respectable missionnaire caiholique me raconta que dans la viUç où il se trour* yait un Chinois opulent fut condamné, parce qu'une petite quantité d'opium fut trouvée chez lui, à avoir les ongles arrachés et puis la tête tranchée^ mais que sa famille obtint, moyennant un présent de 3,000 piastres fortes , qu'il aurait seulement la tête tranchée.
Le nouveau vice-rôi, Li?i^ arriva à Canton le 10 de mars 1839, et aprè» quelques petits incidents qu'il serait prolixe de délailler il finit par faire détenir dans leurs maisons, et sans communications ni vivres « tous les étrangers (au nombre de deux cent soixante-quinze) , y compris le représentant du gouvernement anglais, capitaine £lliot. Toutes ces personnes demeurèrent sans aucun de leurs domestiques et sans plus de pr.çiyisiQns de bouche que celles qu'ils avaient par hasard, ou celles qu'ils purent introduire au moment où on leur arracha leurs gens. Ils restèrent trois jours dans cet étal; quelques-uns durent se charger de balayer, d'autres de puiser dé l'eau , et ceux qui possédaient quelque talent culinaire se transformèrent en cuisiniers. Celui-ci pesait le riz qui lui restait, cdui-U comptait les olives ou les anchois ; et cette tragi<-comédie dura jusqu'à ce que le capitaine Elliot , se conformant aux désirs ou plutôt aux ordres du commissaire impérial Lin, fit distribuer une circulaire où ilélait ordonné, au nom de son gouvernement, que tout l'opium qui se trouvait dans les navires lui fût remis. En conséquence, on lui livra 20,300 caisses d'opium., dont la valeur était à peu près de 10 millions de piastres (£2,000,000) , et il les mit à la disposition de Lin, qui les fit détruire entièrement
Immédiatement après on remit en liberté les étrangers, auxquels. on rendit leurs servifeurs,' et le capitaine Elliot partit pour Macao, .ordonnant à tous ses compatriotes de quitter Canton.
Si nous devons croire le Chinese Repository , le triomphant Lin adressa à la reine d'Angleterre une lettre (1), dont j'extrairai les passages suivants :
(4) Ayant cliercbé à savoir du ministre des affaires étrangères d'Angleterre si cette lettre était vraie ou apocryphe, je reçus la réponse suivante : « Dans les archives de ce ministère il ne se trouve point de lettre telle que celle contenue dans le CAtneM RepositoryjyoX. TIH, page 9. » Il a pu arriver que la lettre» bien qu'elle ait été écrite par Lin, n'eût pas été envoyée à Stliot, on que, quoique ayant été reçue par lui, elle n'eût pas été envoyée à Londres; ou bien encore que, y ayant été envoyée, elle n'y eût pas été prise au sérieux , et que par conséquent elle n'ait point été conservée dans les archives du gouvernement. Toutefois , l'exigence exprimée diverses fois par les mandarins relativement à la défense à faire par la reine d'Angleterre à ses sujets de produire de l'opium et de l'exporter en Chine , et ce fait , de la part de sir H. Pottinger, d'avoir adressé un mémorial à l'empereur céleste relativement à la légalisation
« Noire Cour Céleste a pour fitmille tout ce qui est entre les qoâtre aiers ; la dhine bienveillance du Grand Empereur est si étendue qn*il n*è8t per'sonné quVlle ne coavre dé son ombre.
» À Kwangtung, depuis le rappel des interdits mis sur les communications iliaritimes , il y a en un courant permanent dlntercourt^e commer^ cial. Le peuple de ce pays et ceux qui viennent des autres contrées par . navires étrangers ont joui ensemble, dans la paix, de ces avantages pendant des dizaines d'années jusqu'à ce jour. Et quanta ht rhubarbe, les thés, la soie écrue, et de tels autres riches produits de la Chine, si les nations étrangères en étaient privées, elles manqueraient dtô moyens de continuer à vivre. De sorte que la Cour Céleste, en accordant, dans la spontsftféité de sa bienveillance universelle, là permission de vendre et jtfexporter ces produits, '— et cela sans exception ni réserve, — a, en vérité, répandu ses faveurs dans le cercle le plus étendu (des nations).
» Avec la vigoureuse autorité que la Cour Céleste exerce sur les civilisés aussi bien que sur les barbares , quelle difficulté pourrait-elle trouver à appliquer immédiatement même la peine de mort? Mais comme nous donnons un être substantiel à la plénitude et à retendue de la sacrée intelligence , il nous convient d'adopter d'abord la voie de l'admonition. Et n'ayant jusqu'à présent envoyé aucune communication à Votre honorable Souveraineté , si les mesures d'interdiction les plus sévères étaient prises tout d'un coiip, il pourrait être dit pour excuse qu'on n'avait pas eu connaissance préalable des faits.
» Nous voudrions donc , maintenant , nous concerter avec Votre honorable Souveraineté sur les moyens d'en finir à jamais avec cet opium si préjudiciable à l'humanité; nous , en en défendant l'usage dans Ce pays, et vous j en en empêchant la fabrication. ,
» Les moyens puissants par lesquels la Cour Céleste tient dans sa sujétion tontes les nations sont vraiment divins et inspirent le respect au delà de toute supputation. Qu'il ne soit pas dit qu'un avis hâtif n'ait pas été donné de ceci.
u Lorsque Votre Majesté recevra ce document, qu'une prompte dépêche nous soil adressée en réponse, par laquelle il nous soit donné avis des mesures que Vous adopterez dans le but d'empêcher l'entrée de l'opium dans un port quelconque.
» N'allet pas^ en aucuUe manière, par des paroles fleuries, éluder ou retarder une solution. Réfléchissez-y sérieusement; observez attentivement (ces choses.
du commerce de l'opium , font présumer qu'il y a ea quelque chose de vrai au sujet db la lettre de Lin.
t Taon^kwaog, 19^auo)^, 2ft* mois, *- jour» -^ Commviiiedtkm tnvoyée à- la souveraine de la nation anglaiae. »
{Chinese Repoêkory^ toI. Vin> p. &) (1). ^
« Le cours des événements pendant la fin de l'année 1839 présente un singulier mélange de trafic et d'hostilités. Les marchands anglais, désirant disposer des cargaisons qui étaient arrivées , dans l'ignorance de tous ces actes, s'efforcèrent de faire quelques arrangements pour les envoyer de Chuenpi à Canton; mais ce projet ne réussit pas, et Ton eut alors recours aux vaisseaux naviguant sous d'autres pavillons , par lesquels, en effet, le commerce, pour la plus grande part, fat fait pendant cette année-là» La vexation qu'éprouva le commissaire par la distance où se tenait la mariné anglaise en dehors des ports chinois fut grande « et il fit placarder des afiSches où il exhortait les capitaines à entrer dans le port. Cette mesure amena une réponse du capitaine £lliot , exposant les raisons pour lesquelles il défendait aux navires anglais de se placer sous l'autorité du gouverne* ment. Dans cette pièce, le capitaine £lliot se plaignait de son injuste empri* sonnement, le présentant comme un traitement qa'il ne convenait pas de faire supporter à un. officier d'une nation amie^ reconnu par l'empereur^ et qui avait toiyours rempli son devoir d'une manière paiaiUe et irré* prochable»...
»Une collision entre des gens ivres et quelques matelots anglais eut lieu à Hong'-kong, dans laquelle un indigène inoffenstf, nommé Lin Wechi, perdit la vie. Le comnussaire, après avoir appris ce qtii s'était passé, ordonna qu'un examen du corps fût fait et demanda qu'on lui livrât le meurtrier, conformément à la législation chinoise.
». Un cadavre flottant ayant été vu dans le port de Bong-kong, il profita de cette circonstance pour indiquer qu'jl croyait que c'était le corps du coupable; mais voyant que ce moyen ne lui réussissait pas pour obtenir une satisfaction, il prit d'activés mesures contre les Anglais à Macao, dans l'intention non-seulement de leur nuire, mais aussi en vue de faire éprouver des dommages sérieux à la population portugaise. Il défendit qu'on leur fournît des provisions et ordonna que leurs domestiques s'éloignassent d'eux. Des troupes furent stationnées dans le voisinage , et , afin que personne ne pût s'excuser en prenant prétexte de son ignorance , des crieurs furent envoyés dans les marchés pour y proclamer les ordres de prohibition tels que les portaient les affiches suspendues à leur dos. L'irritatk)n de la
(1) Â la page 497 du même tome se trouTe une seconde lettre, qui , au lieu d^ètre
originale , semble plutôt être une amplification des idées renfermées dans celle-ci ,
étendue probablement par quelque lettré accoutumé dans les examens à faire les
• gloses des thèmes de Gonfucius et de MenînS; '
Digitteed by
popvUtioi) étrangère» çu iipprenant ces. procéder», s'accruleu cpi^é^çnce d'une attaque par des soldats chinois d*un petit sctiooner ayant nom the Black Jokc , et qui allait à Hong-kong , attaque dans laquelle cinq hommes de i*équipage furent tués ou blessés et un passager à bord blessé d^une maniéré barbare et laissé pour mort, avec ses oreilles coupées et fourrées dans sa bouche. Les sujets anglais , presque jusqu'au dernier, quittèrent Macao, le 20 août, et se. retirèrent à bord à Hong-kcmg, principalement par compassion pour les Portugais, que le commissaire menaça de sa colère parce qu'ils les abritaient dans leur port, te déplacement eut pour effet de mettre les Anglais hors de l'atteinte du commissaire, mais ne rendit pas plus- efficaces ses efforts pour éloigner les vaisseaux à opium de la côte et engager les commerçants non contrebandtstes à entrer dans le port. Les ventes d'opium avaient recommencé même avant la destruction de la drogue au Bogue , et elles s'accrurent lorsqu'on eut appris que celte immense quantité avait réellement été détruite. Lin commença alors à voir que son plan [)Ourrait bien ne pas avoir autant de succès qu'il l'avait présupposé, car il était forcé de rei^er à Canton jusqu'à ce qu'il pût annoncer la com^ plète suppression de la contrebande et la possibilité de continuer sans danger le commerce légal. Lui et le gouverneur Fang visitèrent Macao, accompagnés d'un corps nombreux de soldats chinois et escortés par un détachement de troupes portugaises , l'un et l'autre quittant l'établissement le même jour.
» Trouvant que la flotte anglaise à Hong-kong était trop bien défendue pour qu'il pût l'en expulser, il interdit'aux habitants de fournir des provii»ons aux navires. Il en résulta une collision. Le capitaine Elliot envoya une lettre aux officiers locaux à Kaulung, par l'entremise de M. Gutzlaff, qui expliqua aux officiers ayant le commandement de quelques jonques l'état des affaires et les requit de faire parvenir la lettre. Ils s'y refusèrent, mais ils dirent qu'ils exposeraient verbalement l'affaire , quoique en môme temps les soldats , voyant deux petits schooners qui s'approchaient, commencèrent à manœuvrer les canons dans une batterie voisine. Le capitaine Elliot envoya à la côte, pour acheter des provisions, une chaloupe que la police arrêta précisément comme elle allait partir; il fit feu sur les trois jonques, qui lui répondirent immédiatement, ainsi que le fort Cette escarmouche continua jusqu'à la nuit, et lesjonques se- retirèrent alors sans avoir éprouvé beaucoup de perte. L'équipage d'un canot ayant disparu un jour ou deux après, on supposa qu'il avait été pris, et le capitaine Smith, du Volage^, notifia le blocus du port ; mais les hommes ayant reparu peu de temps après, il retira sa notification. Le capitaine Elliot, le même jour (11 septembre) , ayant donné l'ordre à tous les vaisseaux anglais engagés dans 1c commerce de l'opium de quitter Iç port et la côte, la plupart se dirigèrent^
vers NaïQoa. Ua vaisseau espagnol, ieBiihaino, fut brûiè ié jour suivant, étant à l'ancre à Taypa, par les Chinois, dans la présomption quMl était anglais; et le gouvernement britannique, en conséquence, arma un petit vaisseau pour croiser autour de rétablissement et repousser tons les navires de cette sorte. Tout l'opium qui se trouvait dans la ville avait été rembarqué , mais les habitants en faisaient encore le commerce.
» Les deux parties furent dès ce moment engagées dans des hostilités ; cependant des négociations à l'effet de continuer le commerce près du Bogus forent entamées, en octobre, entre les marchands anglais et le capitaine Ëlliot, d'un côté, et les marchands hongs, les sous-préfets et autres officiers , de l'autre. Les détails des arrangements étaient presque complétés, le capitaine Elliot avait donné des garanties pour qu'ils fussent menés facilement à exécution, et le commissaire loi -même avait signé la convention, lorsque l'entrée sans autorisation du vaisseau anglais ie Thomas Coutts eut pour conséquence la rupture de toutes les négociations et la répétition de la demande de livraison du meurtrier de Lin Weihi. Des mesures coercitives furent prises de nouveau contre les familles anglaises à Macao, et le capitaine Ëlliot ordonna que tous les vaisseaux anglais se rassemblassent à Fung-ku sous la protection des vaisseaux de guerre ie Volage et U Hyacinthe. Il se rendit aussi au Bogue pour requérir que les menaces contre les Anglais fussent retirées et qu'il leur fût possible de résider à Macao, sans crainte d'y être molestés, jusqu'à ce que le gouvernement pût arranger les difficnltés , lorsqu'un engagement s'ensuivit entre l'amiral Kwan, ayant à ses ordres une flotte de seize jonques et les deux vaisseaux de guerre. Trois jonques furent coulées , une sauta , et le reste fut dispersé. Des mesures actives furent prises par les Chinois contre la flotte à Hongkong, et les vaisseaux qui y étaient allèrent à Fung-kn. Le commissaire, de son côté, trouvant que tout effort fait pour porter les vaisseaux anglais à rentrer dans le port restait sans succès, deux seulement y étant entrés, déclara que le commerce avec cette nation serait discontinué après le 6 du mois de décembre, et défendit que des marchandises anglaises fussent importées par d'autres vaisseaux. Vers la fin du mois , le capitaine Smith lança une autre notification de blocus qui devait commencer le 15 de janvier; mais ni l'une ni l'autre menace n'eurent d'effet. Les grandes pertes provenant de la détention des chargements à bord, poussèrent les Anglais à demander que leurs marchandises pussent être emmagasinées à Macao, mais les Portugais se sentirent obligés de le refuser.
» Le Clipper Ariely dépêché par le capitaine Elliot lors de son arrivée de Canton, y retourna en 18^0, annonçant la résolution du gouvernement anglais d'en appeler aux armes dans le cas que l'empereur refuserait d'a-
pUoir les di£Bcultés sans qu'il y eût effusion de sang. Les Chinois apparemment prévirent la collision qui devait avoir liev et commencèrent è réunir des troupes et à réparer leurs forts; et Lin, alors gouverneur général de Kwangtung, acheta le grand vaisseau \e€htsapeake et établit un intendant de circuit près de Macao pour garder les côtes. Les résidents anglais, pour la plupart, retournèrent h Macao au mois de janvier, et continuèrent de faire leur commerce sous des pavillons neutres. On ne fit point d'efforts ultérieurs ponr leur nuire, et depuis Tarrêt mis à leur commerce, en décembre, Lin n'éprouvait point le désir d'accroître les difficultés par des tentatives inutiles faites dans le but de les harasser. ^
Une partie des forces envoyées en Chine par le gouvernement anglais y arriva pendant Tété de I8/1O , et commença aussitôt ii opérer. Le U juillet , on vit paraître dans l'archipel de Cbuzan cinq grands vaisseaux de guerre , trois vapeurs et vingt et nn transports, avec environ 3,000 hommes de débarquement. Tinghal , la principale ville de l'archipel , fut immédiate^ mem prise, et, quoiqu'elle fût fortifiée, il n'y eut presque point de résistance.
Le capitaine Elliot, plénipotentiaire anglais, se dirigea avec l'escadre Vers Tien^sin, où il se mit en communication avec Ki-shen, gouverneur général de la province de Chi-li, et, après bien des négociations et bien des messages à Pékin , Ki*shen persuada le capitaine Elliot de se transporter à Canton , où il allait lui'-même par ordre de l'empereur , et où l'affaire serait examinée et arrangée. En conséquence, l'escadre partit le 15 sep- ^ tembre pour Chuzan.
Le capiuine^Eliiot et Ki-shen se réunirent en effet à Canton vers le commencement de 1841 , et arrêtèrent les préliminaires d'un traité de paix. Mais lin, qui avait été destitué pour avoir provoqué les hostilités, fit tous ses efforts pour que la guerre continuât, et, son parti l'ayant emporté à la cour, l'empereur rendit, le 27 janvier, un décret des plus violents, ordonnant l'extermination de tous les rebelles anglais. 50^000 piastres étaient promises pour les têtes d'Elliot et des autres chefs anglais.
Le séjour de Chuzan avait été funeiste aux Anglais ; les fièvr^ leur avaient enleTé UÙO hommes, et ils en avaient 1,000 dans les hôpitaux. On évacua cet archipel le 2U février 18&1. Le 26 du même mois les forts de la rivière de Canton , appelés Bogue, furent attaqués et pris par 500 hommes soutenus par neuf vaisseaux et deux vapeurs de guerre. L'amiral Kwan , de qui dépendaient ces forts , ordonna à son fils, avant l'action , de s'en aller avec sa mère, parce qu'il était décidé à mourir à son poste« En effet, .bien qu'abanrdonné de ses eoldau et de ses officiers, il combattit jusqu'au dernier moment , et mourut en vendant chèrement sa vie , malgré tous les
parents d'emporter son corps, et le yaisseau ie Bienheim lui reHdii l^s hoanedri» militaire'
Le leAdéoidd » on s'empara d'une longue tiaume sHnée tout prèa de €fffftdfi , eî 00 retira do fleove «b grand radean au moye» daqod cm avait .essayé d'intefeeptcnr la ôaTigation* Dans cette jonraée, ^usieura Cbiow se firent ttier avec une grande intrépidités
Ki^iriiefi fut dégradé, et d'antrei eomoiissaires impériaux furent envoyés du nord arrec dest renforts. Le plan de» nouveaux chefs chinois était de tromper l'ennemi; en conaéquencey le 20 mws» on signa une trêve, pendant que tout se préparait pour attaquer à rimproviste lea Ànglaia par trahison. La plupart des négociants earopéens étaient retournés aux factoreries de Canton. Mais on eut avis des intentions secrètes des Çhinotoy et, par ordre d'EUiot , tous les Eoropéens se réfugièrent à bord des navires. Les Chinois, se voyant découverts, essayèrent» pendant la nuit do 21 mars 1 841 , contre les vaisseaux anglais, une attaque qui fut à peu près sans effet Alors les Anglais remontèrent vers Canton avec toutes les forces* qu'iis purent faire venir de Hoûg-kong, s'emparèrent, après une vigoureuse lutte, des forts qui défendaient la ville, et ils se disposaient à entrer dans la ville elle-même, lorsque les Chinois demandèreut que les hostilités fussent suspendues^ et payèrent immédiatement 6 milli(»s de piastres eomsie pour racheter Canton; en conséquence, les troupes n'y entrèrent pas et se retirèrent.
Le 10 août IBUi arriva d'Angleterre un nouveau ministre piénipoteatlairc,'sir H. Pottinger.
Le 21 du même mois, il partit de Hong-kong avec une expédition coil^ posée de neuf vaisseaux de ligne, de quatre tapeurs, de vingt-trois transports et d'environ 3,500 hommes de débarquement $ il resta à Canton et à Rong-kong six vaisseaux de guerre etâOO hommes de U'oupe. Lé 27, Amoy fut enlevé après une faible résistance. Le If octobre , Cbuzan fut occupé de nouveau, et, cette seconde fois, la résistance fut beaucoup plus grande qu'elfe ne l'avait été la première. Les officiers se battirent corps à corps et moururent à leur poste. On établit dans cette île un ^uverneur militaire, et on y laissa une garnison de ^00 hommes.
Le 9 octobre , on s'empara de la place de Chang-haï, située à l'embou^ chnre du fleuve qui conduit à Niug-^po. Les Chinois perdirent dans cette affaire environ 1,500 hommes. Le général Yukien> qui commandait dans la place , voyant tout espoir perdu , se jeta dans la rivière afin de se noyer. Ayant été retiré de l'eau, il courut h Ning-po, où il se tua. Le 13* NIng-po fut occupé sans résistance.
Dans la ttuit du Id mars 18^42 , les Chinois firent preuve de cottcage en
attaquant Ning-po; mais ils ne réussirent pas, et ils perdirent 600 hommes. Les Anglais n'éprouvèrent aucune perte.
Le 7 mai» les Anglais évacuèrent Ning-po pour aller s'emparer de Chapu, ville très-fortifiée. Leurs forces se composaient de sept vaisseaux de ligne , de quatre vapeurs , de plusieurs vaisseaux de transport et de 2,200 hommes de débarquement, auxquels se joignirent 250 soldats de marine.
Les fortifications Curent enlevées assez facilement; mais 300 Tartares, s'étant retranchés dans un temple, y firent une résistance désespérée et périrent presque tous. On assura que leur chef, se voyant per^n , s*éiait assis sur un baril de poudre et y avait mis le feu. Un grand nombre d'autres Tartares qui se trouvaient dans cettç ville se coupèrent le cou après avoir tué leurs femmes et leurs enfants. Les Anglais eurent treize morts et cinquaniedeux blessés.
L'expédition sortit de Chapu et se dirigea vers Wassung, à l'embouchure da fleuve qui conduit à Chaug*haî. Le 16 juin, la place fut prise après une résistance plus grande qu'à l'ordinaire. Le général Chiu , qui y commaur dait, tomba percé de coups de baïonnettes comme il combattait vaillamment sur le rempart. Le 19, 2,000 hommes entrèrent à Ghang-haï, dont les habitants payèrent 300,000 piastres pour se préserver du pillage.
Vers ce même temps, sir H. Potiinger publia en langue chinoise une scK'te de manifeste dans lequel il expliquait au peuple les griefs que le gou* ?ernement anglais avait contre celui de la Chine. L'empereur, de son côté, rendit un décret où il récapitulait les événements de la guerre , qu'il attribuait à la question de l'opium , déplorant en même temps les malheurs qui retombaient sur son peuple et exhortant toutes les classes à redoubler d'efforts.
Le 6 juillet, une expédition , composée de quinze vaisseaux de guerre , dé dix vapeurs et de cinquante transports, et ayant à bord 9,000 hommes de débarquement, partit de Wassqng et remonta le Yang-tse-kiang dans la direction de Nankin. Il n'arriva rien d'important jusqu'à ce qu'on fût parvenu à Ching-kiang-fu , près du grand canal.
Cette ville était une station de Tartares Mandchoux^ et on y comptait environ 2,700 hommes en état de combattre. La ville, 'attaquée par trois colonnes, sur trois points différents, fut prise après deux heures d'une vive résistance. Les vaincus, soit par un effet du désespoir, soit qu'ils crussent qu'on allait les passer au fil de l'épée , se tuèrent pour la plupart. Voici comment s^exprime à ce sujet, dans son Midie Kingdom ^ M. S. W. Williams :
La destruction des vies humaines fut horrible. Quelques Mandchoux s'étaient renfermés dans leurs maisons, mais on pouvait voir à travers les fentes des portes des gens coupant précipitamment la gorge à leurs
femmes et détruisant leurs enfants en les jetant dans les puits. Dans une maison , un homme fut tué d'un coup de fusil au moment où il coupait le cou à sa femme qu'il tenait sur un puits dans lequel il avait déjà précipité
ses enfants. • . . .-
Dans une autre maison , on A& découvrit pas moins de quatorze cadavres , principalement de femmes. Telles étaient la terreur et la haine qu'inspiraient les envahisseurs, que tout Mandchou préférait la résistance, la mort, le suicide on la fuite à la soumission. On a estimé que sur une population mandchoue de quatre *miUe âmes il n'a pas survécu plus de cinq cents individus, dont 'la plus grande partie des morts avait péri par leurs propres
Le capitaine Loch, qui se trouvait dans cette expédition , raconte en ces termes son entrée dans une vaste maison :
« Après nous être fail une voie à travers les piles d'objets d'ameu- Uement placés là pour barricader la porte, nous entrâmes dans, une cour dont le sol était jonché de riches étoffes et couvert de sang caillé. Sur les degrés conduisant à la demeure des ancêtres gisaient les corps ^ froids et roides^ de deui jeunes Tartares qui semblaient être frères. Après être parvenus jusqu'au seuil de leur demeure , ils avaient expiré là où ils étaient tombés par suite de la perte de leur sang. Noms entrâmes dans l'intérieur du bâtiment, et nous nous trouvâmes en face de trois femmes assises, une mère et ses deux filles, et à leurs pieds gisaient deux corps d'hoounes d'un certain âge, ayant la gorge coupée d'une oreille à l'autre, et dont les têtes posaient sur les pied^ de ces dames. A droite étaient deux belles et délicates jeunes filles faisant des efforts pour cacher avec leurs corps un
soldat vivant
Je m'arrêtai , frappé d'horreur devant ce que je voyais. Le froid et inex^ primable désespoir peint sur le visage de la mère fit place à une expression violente de mépris et de haine, qui finit par éclater en invectives, puis par se répandre en un torrent de pleurs, qui sembla, si quelque chose l'avait pu , la soulager. Elle vint à moi , me saisit le bras, et, les dents serrées et avec un regard horrible, elle me montra les corps morts, ses deux filles, sa demeure splendide et sa personne même ; puis tile fit un pas en arrière , et, les mains crispées et d'une voix rauque, elle parla, à ce que je pus juger par ses gestes, de son infortune, de sa haine et, je n*en saurais douter, de vengeance. J'essayai par des signes de me faire comprendre, je lui offrais mes services, mais elle nie repoussa avec indignation. •
Le chef de l'expédition disait lui-même dans son rapport :
« Trouvant des cadavres de Tartares dans chaque maison où nous entrions, surtout de femmes et d'enfants, jetés dans les puits on tués d'une autre manière par leurs propres parents, Je fus bien aise de retirer les
troupes bors de cette scène ie Aesinmién, et ]«- \ei togeal «i quartier septentrional. »
 la prise de Ghin-kiang , les Anglais eureai S7 mort» et i dl blessés.
L^expédition poussa jusqu'à Nankin , et tout était disposé pour coiBk mencer Tattaqûe, lorsque, le 16 août ISftK, le comioissaire impérial Ki-ying demanda un armistice. Le mauvais succès de la guerre avait effrayé la cour, et l'empereur ratifia le traité que Ki*ying et sir H» Pottingër signèrent le 29. Les points essentiels de ce traité sont t là cession à la Grande-Bretagne de l'iie de Borig-kong^ Tabotition d« monopole des négociants ^tm;^$ à Canton, le payement $ an gouveria^ment anglais, d'une indemnité de 21 millions de piastres, indépendamment des 6 millions déjà perçus devant Canton, et l'outerture au commerce étranger des ports d'Amoy, Fuchau, Ning-po et Chang-baL
Le traité additionnel, qui fut signé au Bogue le 8 octobre, conq[>renait un nouveau tarif des droits de tonnage tant pour Timportation que pour Texportation. >
Un des articles de ce traité déclare que les commerçants de toutes les nations seront admis , anssi bien que les Anglais y dans les cinq ports ouverts au commerce extérieur.
Sir H. Pottingër puUia on ordre qui défendait à tout vaisseau aqglèisdA dépasser le 32'' degré de latitude nord, déclarant aux autorités qo'elfes pouvaient confisquer toute embarcation et arrêter toute pavonne qui serait trouvée au delà de cette limite.
En décembre, une grande partie de la flotte partit pouf l'Inde , empor^^ tant près de 5,000 bommes. A Hong-kong, Kniang-su et Cbuzân, ^il demeura 6,800 bommes. Les pertes des Anglais pendant toute la durée de la guerre s'étaient élevées à (dus de 3,000 hommes, morts soit d6 blessures, soit de maladies.