DE L'ÉDITION FRANÇAISE
« Il n'est pas d'esprit éclairé qui ne désire connaître les institutions politiques et sociales de son pays. » Ainsi débute l'ouvrage que M. Dreyfus a eu l'heureuse pensée de traduire en notre langue. On peut ajouter qu'il n'est pas un citoyen doué d'une intelligence un peu curieuse qui ne désire comparer les institutions de son pays à celles des autres peuples; rintensité de ce désir s'accroît s'il s'agit d'une nation dont l'histoire ait été mêlée profondément à la nôtre : aussi les ouvrages sur la constitution anglaise ont-ils toujours eu beaucoup de lecteurs chez nous; l'un des moins anciens, celui d'Edouard Fischel, eut un véritable succès, lorsque M. Vogel nous en donna la traduction. 11 est vrai que nous étions alors en plein second Empire, en 1864, c^est-à-dire à une époque où les libertés anglaises fournissaient,
pour la troisième ou quatrième fois, un aliment précieux à la polémique libérale. Ce temps est un peu passé ; nous jouissons, nous aussi, du gouvernetnent parlementaire, et il ne semble pas, malgré le dire de quelques esprits chagrins , que nous ayons beaucoup à envier à d'autres peuples en fait de liberté. Disonsle aussi : après avoir longtemps joui en France d'une vogue considérable, après y avoir inspiré de vigoureux écrivains et dicté des ouvrages qui resteront comme des modèles, les études de droit constitutionnel ne sont plus guère à la mode dans notre pays. La Constitution du 24 février 1875 n'a pas eu, croyons-nous, d'autre commentateur que M. Léonce Ribert, dont le livre * peut d'ailleurs être mis en parallèle avec les meilleurs écrits du genre pour la sûreté des vues et la solidité du langage. Il semble que nous soyons un peu fatigués de doctrine et que, pourvus enfin d'une maison habitable, nous ne songions plus qu'à nous y aménager de notre mieux, sans trop nous demander si les lignes générales du nouveau monument où nous sommes ont été dessinées d'une façon tout à fait conforme soit à la logique du régime républicain, soit aux principes de la science. Au surplus, les questions théoriques ne sont
1. Esprit de la Constitutiùn du 25 févner i87o. Germer Baillière.