‹ L'Angleterre: son gouvernement--ses institutionsChapitre 3 sur 110 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

pas la préoccupation de l'auteur du Gouvernement anglais ; il a simplement voulu offrir à ses lecteurs un précis exact et succinct des différentes institutions du Royaume-Uni. 11 y a réussi, et, lorsqu'on a bien lu son livre, il est facile d'apercevoir le cadre où se meut la politique anglaise.

Une chose pourtant nous frappe dans cette étude dont Tobjet est d'exposer ce que l'auteur appelle « les mérites immenses et les défauts légers d'un système créé par les efforts persévérants et patriotiques de maintes générations d'Anglais et grâce auquel la Grande-Bretagne est devenue, dit-il, l'objet de Tenvie et de l'admiration de peuples moins fortunés » : M. de Fonblanque n'y consacre pas moins de vingt chapitres à la Constitution proprement dite, à la couronne et à ses pouvoirs, à la Chambre des lords, à la Chambre des communes, au ministère, à la procédure parlementaire, à la dette, au gouvernement local, à TËglise, aux colonies anglaises, à la diplomatie, à l'armée, à la flotte, à l'administration civile, à la pratique des lois, aux cours de justice, et^ après ce long et consciencieux exposé, il semble ne pas songer une minute, il n'a pas consacré une ligne au redoutable problème qui crée de nos jours une si grande difficulté au gouvernement anglais, qui se pose d'une façon si aigué en Irlande, qui jaejpeut point larder

beaucoup à franchir le canal Saint-Georges, à savoir la constitution de la propriété en Angleterre. Grave leçon pour les politiques : si Ton ne se préoccupe que du mécanisme constitutionnel, l'Angleterre semble avoir joui bien avant nous d'institutions éprouvées, puisque nous sommes encore dans une période d'essai; mais elle paraît en retard sur nous à son tour, si nous considérons cette agitation agraire à laquelle une des trois parties du royaume est en proie et qui, si elle ne compromet pas l'unité nationale, lui porte cependant une sérieuse atteinte, puisqu'une des fractions de la monarchie se voit obligée d'appliquer à l'autre des lois d'exception qi^i ressemblent à 1 exercice de la dictature.

Il y aurait donc beaucoup à dire sur l'orgueil avec lequel les Anglais étalent souvent devant la France l'antique supériorité de leur constitution politique et de leurs libertés: nos dilettantes français croient aussi trop souvent, malgré les désillusions terribles qui devraient les avoir éclairés, que les destinées d'une nation se peuvent enfermer dans ce qu'ils appellent le jeu des institutions. Peut-être cette grande sagesse et cette grande félicité anglaises, pour lesquelles on sollicite si fort notre admiration, pourraient-elles être principalement attribuées à ce fait de nature qui a placé dans une île le siège de la puissance britanni-

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