CHAPITRE X
l'église
Histoire de TÉglise d'Angleterre. — Autorité du pape. — La Réforme. — Puritains. — Catholiques romains. — Incapacités des Juifs. — Constitution et discipline de l'Église. — Les évêquos. — Le doyen et le chapitre. — Le prêtre. — Le diacre. — Les dîmes. — Ordinations. — Organisation de l'Église. — Assemblée du clergé. — Dissidents. — Église d'Ecosse. — Église d'Irlande. — Éducation nationale.
Pour donner une juste idée des relations du système ecclésiastique et de la constitution anglaise, il est nécessaire de retracer rapidement l'histoire de l'Église d'Angleterre.
C'est un fait indubitable que le christianisme a été de très bonne heure introduit dans ce pays, alors qu'il était entre les mains des Romains, probablement dans le principe par les armées romaines, et la tradition nous montre les nombreuses anciennes Églises dédiées à saint Paul, comme la confirmation de l'assertion qu'il a été l'apôtre de la Bretagne. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'au troisième siècle de nombreuses Églises chrétiennes existaient en Angleterre, et les anciennes chroniques déclarent, avec un naïf orgueil, que c'est la Bretagne qui a produit le premier empereur chrétien (Constantin le Grand), le premier roi chrétien (Lucius) et le premier monastère chrétien, Bangor, dans le pays de Galles.
Les Saxons, étant idolâtres et exterminateurs, persécutèrent les croyants indigènes et les chassèrent dans les montagnes du pays de Galles. C'est là qu'ils se trouvaient quand le pape Grégoire le Grand envoya le moine Augustin et ses compagnons, à l'occasion de la conversion d'Ethelbert, roi de Kent. Avant cette époque, l'Église d'Angleterre était gouvernée par ses propres évêques. Quelques-uns de ceux-ci assistaient officiellement au concile de Sardique en l'année 347, d'Ariminum en 359, et d'Arles en 428-429. Mais Augustin, qui ne vint en Bretagne que 468 ans plus tard (597), amena par force aussi bien que par persuasion, les groupes épars de fidèles à reconnaître son autorité comme primat, pendant que luimême reconnaissait la suprématie du pontife romain. Il y avait, en outre, une liturgie primitive bretonne qui différait beaucoup de celle de Rome; Augustin s'efforça de la détruire. Il y eut un compromis, dont le résultat fut de laisser une preuve durable des difficultés qui eurent lieu dès cette époque avec Rome même sur la forme du rituel en usage avant la Réforme. Le retour à ces points contestés dans les offices réformés est une grande preuve de la continuité de doctrine dans l'Église d'Angleterre. Augustin, sur le point d'être sacré archevêque de Cantorbéry, reçut en présent du Pape le pallium, et chacun de ses successeurs demanda et obtint une pareille marque de distinction pendant nombre d'années de la part des divers papes qui se succédèrent sur le siège pontifical, si bien qu'on assurait qu'un archevêque de Cantorbéry ne pouvait entrer en fonctions avant de l'avoir obtenue. Ce pallium est un ornement ecclésiastique ressemblant un peu comme forme à ce que les ecclésiastiques portent maintenant pour indiquer le grade qu'ils ont dans l'université, et un symbole de cet ornement se trouve encore dans les armes de la province de Cantorbéry. Sous les rois normands et les premiers Planta-
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genêts, la prétention d'offrir ce palliuin et les droits qu*ll était censé conférer furent l'objet d'une vive résistance. Mais ce que Henri II refusa à Thomas Beckott fut accordé par son fils Jean, qui s'humilia au point de reconnaître tenir sa couronne comme un fief du pape. Nonobstant le fameux statut de prxmunire^ qui date du règne de Richard II, et qui n'est pas encore abrogé, les résultats généraux des divers compromis faits entre différents monarques et le Saint-Siège ho résument ainsi : d'un côté en matière de foi et (jus^ju'à un certain point) de discipline l'Église d'Angleterre prêta obéissance à Rome; au choix des évéques et k lu jouissance de biens temporels la suprématie royale fut admise. On voit ainsi que l'Église nationale d'Angleterre ne fut jamais complètement soumise à la domination orgueilleuse du siège pontifical.
Les premières tentatives de la Réforme sous le règne de Henri VIII n'eurent pas la doctrine pour but. La destruction du droit d'appel des cours d'Angleterre au pape fut au début i'ob-
jectif de la politique royale, et l'effet du statut 25 Henri Vni, chapitre 20, fut d'établir la juridiction de la couronne et des tribunaux royaux dans une entière indépendance à Tégard d'une puissance étrangère. Les termes de ce qu'on appelle la bidding player (encore en usage dans les cathédrales et dans les antres églises avant le sermon) indiquent clairement l'intention de la Constitution. Elle dit : c Vous prierez pour tous lés r»>îs chrétiens, etc,, et àurtout pour notre souveraine la reine Victoria, défenseur de la foi, au^dleimêê de ':.jhLi. étendant ^on autorité iuprème 9ur toutes U» tawie% ttdé^ iia^àti'j^Aés et eicilesi; > c'est dans ce sens que le souverain est içoeié f le chef âoprème de l'Église, *
Là. f otitiiçie dTIisab^h et celle des Stiiarts fut d établir j y^\r^ à laquelle ils appartenaient comme seule et uriir-pie Jonne ie religion. Aussi ne pas être présent à l'église de sa
paroisse et ne pas se confoimer à ses règlements devenait l'objet, de la part de l'Assemblée du clergé, de censures spirituelles, et, de la part du Parlement, de peines civiles, même de mort.
La situation de l'Église jusqu'à la période du règne de Georges IV fut, selon la Constitution, celle d'une corporation ecclésiastique qui a une étendue égale à celle de l'État, tout sujet anglais étant également membre de l'Église anglicane et l'Église étant une institution absolument nationale. Deux grandes confessions religieuses soutinrent une lutte constante, et éventuellement heureuse, contre cette théorie : les puritains et les catholiques romains. Les premiers eurent recours aux armes, et leur victoire dans leur lutte contre l'archevêque Laud et leur souverain tint à l'écart pendant vingt ans l'Église et son royal chef. A la restauration de Charles II, l'ancienne doctrine fut remise en vigueur, et ce ne fut qu'à Vavènement de Guillaume III que fut voté Vacte de tolérance^ permettant aux protestants de célébrer le service divin d'après d'autres formes que la liturgie et dans d'autres lieux que les temples de l'Église anglicane. Plus d'un siècle et demi s'écoula avant que les personnes qui ne se conformaient pas à la religion établie par la loi pussent entrer au Parlement et occuper des fonctions dans les corporations municipales. Tout élu dans ces deux cas était obligé de prendre part à la sainte communion, selon les rites et la doctrine de l'Église d'Angleterre, comme test. Ce ne fut qu'en l'année 4828 que la loi imposant ce test fut rapportée. Ainsi se termina la lutte avec la première des deux confessions religieuses. Le résultat fut d'enlever à VÉglise d'Angleterre le caractère constitutionnellement exclusif qu'elle possédait.
Il était suffisant et il restait nécessaire d'être protestant. L'année suivante vit le succès final du parti catholique
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romain. De même que les dissidents protestants, il avait obtenu diverses tolérances. L'objection à Tadmettre à tous les droits de citoyen était fondée plutôt sur des raisons politiques que théologiques, et il eut à souffrir pendant nombre d'années les incapacités les plus vexatoires pour Tempécher de gagner richesse et influence, avant qu'on eût découvert que la qualité de papiste n'empêchait pas un homme d'être un honnête et loyal sujet. Le Ronian Catholic Relief Act (acte de secours aux catholiques romains\ voté en 1829, plaça les catholiques romains sur le même pied que leurs concitoyens protestants, et il n'y eut plus de fonctions dont les catholiques romains devaient être exclus, si ce n'est celles de r^ent, de lord chancelier d'Angleterre et d'Irlande, de vice-roi d'Irlande ou de haut commissaire de l'assemblée générale de TÉglise d'Ecosse ; ils restaient exclus aussi de tout office dans l'Église d'Angleterre et d'Ecosse, dans les cours ecclésiastiques, dans les universités, collèges et écoles publiques du royaume. Jusqu'à Tannée 1858, les sujets anglais professant la religion juive étaient exclus des droits et honneurs sénatoriaux, non en vertu d'une disposition directe de loi, mais parce que la rédaction du serment par lequel est reconnue la suprématie spirituelle du souverain, et auquel étaient astreints tous les membres du Parlement, les empêchait de le prêter, car elle finissait par ces mots : sur la vraie foi d'un chrétien. Ces mots furent introduits dans la rédaction du serment pour empêcher les adhérents jésuites du prétendant de jurer fidélité au roi de facto avec une restriction mentale. Les citoyens juifs anglais ne pouvaient être ni juges, ni shérifs, ni magistrats. Ils pouvaient prendre part à l'exécution des lois, mais non à leur confection; ils devaient payer les taxes, mais ils ne pouvaient les voter. Ils pouvaient prendre part aux élections et même être élus, mais ne pouvaient occuper leurs sièges. Ils pouvaient
mettre à la suite de leurs noms M. P. * mais les portes du Parlement leur étaient absolument fermées. Enfin, cependant, après une opposition considérable de la part de la Chambre des lords, le serment qui les excluait a été modifié de façon à admettre les juifs aux honneurs législatifs; et aujourd'hui la profession d'une religion quelconque n'est plus une condition nécessaire pour devenir membre du Parlement.
C'est ainsi que FÉglise anglaise cessa d'être ce qu'elle était autrefois et ce que beaucoup d'hommes d'Etat croient qu'elle aurait dû rester, une partie intégrale et indivisible de la Constitution. Mais, bien qu'elle n'ait plus les anciennes prérogatives et les hauts privilèges qu'elle possédait jadis, elle occupe une position et exerce une influence qu'il est impossible de méconnaître. Son antiquité, ses richesses et sa grandeur, son vénérable et majestueux rituel, la science et les généreux efforts de son clergé lui conservent le respect et la vénération et sont les fondements légitimes sur lesquels reposent, en dehors des lois séculaires, l'autorité et le pouvoir qu'elle exerce. Aussi ne peut-on se dispenser de donner un court aperçu du système ecclésiastique de l'Église anglicane, tel qu'il existe aujourd'hui.
L'Angleterre et le pays de Galles sont divisés, au point de vue ecclésiastique, en deux provinces, Cantorbéry et York. La première est gouvernée par son archevêque et ses suffra^ gants, ou prélats inférieurs, qui sont les évêques de Londres, Winchester, Bangor, Bath et Wells, Gloucester et Bristol, Ghichester, Eley, Exeter, Hereford, Llanaff", Lichfield et Goventry, Lincoln, Rorwich, Oxford, Peterborough , Rochester, Salisbury, Saint-Asaph, Saint-David's, Worcester, Saint- Albans et Truro. La province d'York est gouvernée par son