‹ L'Angleterre telle qu'elle estChapitre 1 sur 29 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le problème que nous nous posons ici n'est rien moins que celui de savoir si la raison pure n'est pas une fonction de l'esprit divisée en elle-même et vouée sans espérance à la contradiction et à l'erreur.

On peut le craindre, car la spéculation philosophique a été et est encore le champ de bataille des systèmes. Tous s'y sont rencontrés à leur heure sans qu'aucun ait réussi à ^'imposer longtemps et à prévaloir.

D*ailleurs l'antinomie existe ; c'est sans doute que, hors du sensible, la pensée est impuissante ; livrée à elle-même, elle ne peut qu'osciller entre le « pour » et le « contre », le « oui » et le « non ».

Voilà ce que, bien avant l'auteur de la Critique et les thèses de la dialectique transcendantale, avaient cru pouvoir ajHîrmer nombre d'éminents esprits. Zenon d'Elée, Pyrrhon, OEnesidème, Sextus, aux temps anciens, Bayle, Hume et tant d'autres dans l'âge moderne, s'étaient efforcés d'établir que la raison, ce privilège de la vie humaine, n'est, en théorie pure, qu'un pouvoir sans portée et un moyen de connaissance trompeur.

Pourtant, en dépit de ces subtils penseurs, la cause de la pensée pure ne nous paraissait pas perdue encore ; nous ne pouvions nous résigner à croire que le monde sensible fût devenu, grâce à la science, un monde d'ordre et de himière, alors que le monde

EVBLLIN.

rationnel semblait condamné à demeurer pour toujours celui des obscurités et du doute.

Il nous parut donc indispensable de nous faire sur un point de doctrine aussi important une foi raisonnée, et nous nous résolûmes à un examen nouveau et approfondi des antinomies kantiennes.

C'est le résultat de cet examen que nous venons en toute conviction d'apporter ici.

Mais avant d'entrer dans le détail des discussions et des preuves, nous croyons utile, sinon nécessaire, d'esquisser tout de suite l'essai de solution qui est le nôtre. Ce n'est qu'en marquant d'abord et avec précision le but à atteindre que nous permettrons au lecteur de suivre en son développement continu l'idée directrice de ce travail.

Cette idée, la voici en quelques mots :

Nous ne saurions croire, comme l'a cru Kant, qu'il existe un nombre déterminé d'antinomies ; les quatre antinomies que ce* philosophe énumère ne sont, on le prouvera, que les cas particuliers d'une antinomie fondamentale qui pénètre et explique toutes les autres.

Cette antinomie s'impose, parce qu'elle a sa raison profonde dans le mécanisme même de la connaissance et que dès lors il serait impossible qu'elle fît défaut.

Tel est le résultat d'une première analyse ; mais il est clair que cette analyse ne nous fournit qu'une moitié de solution ; il faut aller plus loin, il faut savoir si l'antinomie en qui se résolvent toutes les autres se résout elle-même.

Nous n'en doutons pas, et l'on pourra facilement s'en convaincre.

Quels sont, en effet, les deux termes que met en présence l'antinomie fondamentale ? Le sensible d'une part, le réel de l'autre.

Or, on ne peut supprimer ni l'un ni l'autre puis-

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