INTRODUCTION IH
qu'ils s'imposent tous deux à titre de faits ; il faut donc, pour sauvegarder l'unité nécessaire à toute conception d'ensemble, subordonner l'un à l'autre ; et celui qui prime, c'est le réel sans doute, puisqu'il explique le sensible sans que le sensible puisse l'expliquer.
Ainsi deux moments successifs nous conduisent à la solution cherchée : l'un part de la multipUcité des antinomies pour aboutir à une antinomie qu'on dirait irréductible ; l'autre part de cette, antinomie même pour aboutir non à l'unité, mais à la priorité nécessaire et à la supériorité du réel.
Quel est, maintenant, le pouvoir mental qui nous met en rapport avec le réel, et franchissant l'obstacle du sensible, affirme, à l'aide d'une dialectique qui lui est propre, la vivante réalité de l'action ? L'analyse le dégagera peu à peu : c'est la raison pure. Oui, c'est elle qui, dans le chemin dont nous avons marqué les étapes, dissipe les malentendus et écarte les contradictions. Il se trouve ainsi que la faculté qu'on accuse généralement de compliquer le problème, parce qu'elle tient compte de toutes ses données, aplanit au contraire les voies et fait tomber devant elle les obstacles.
Le but que nous poursuivons apparaît maintenant en pleine clarté : nous croyons fermement que dans la lutte engagée depuis tant de siècles entre le sensible et le rationnel, c'est le rationnel qui doit l'emporter. Aussi, à l'heure qu'il est, n'est-ce plus la critique de la raison, mais son apologie qu'il faudrait faire.
Et la raison elle-même la fera (1).
Voici comment :
Il semble à première vue qu'une certaine pluralité de métaphysiques soit possible. On s'aperçoit, à y regarder de près, qu'il n'en est rien ; une seule défie l'antinomie ; une seule explique la contradiction essentielle
(1) Infini et Quantité. Conclusion, p. 271.
IV LA RAISON PURE ET LEà ANTINOMIES.
qui semble avoir pénétré au cœur des choses ; c'est cellelà même que la raison appuie de son autorité parce qu'elle y fait descendre l'intelligibilité et Tharmonie.
Et, pour la définir d'un mot, nous dirions que c'est le dualisme du noumène et du phénomène sous une unité qui domine leurs séries parallèles et les explique.
Ainsi, répétons-le, et ainsi seulement, pourront trouver une raison d'être les deux points de vue contradictoires du dedans et du dehors, de Vaction et de Vétat, du noumène et du phénomène : ainsi seulement Tordre succédera au chaos.
Sans doute, en chaque antinomie, une métaphysique rivale, l'idéalisme, rendrait compte de l'un des termes ainsi accouplés, mais ne réusirait pas à exphquer l'autre ; son pouvoir explicatif ne serait que partiel, il lui faudrait laisser en dehors de sa sphère une partie des données que toute métaphysique doit concilier.
Voilà quelques-unes des considérations dont s'est inspirée la présente étude. Un mot seulement sur la forme que nous lui avons donnée. Nous suivrons la trace de Kant ; nous allons donc, dans Tordre adopté par lui, étudier les quatre antinomies qu'il a soumises lui-même à son examen et dont il nous faut, à notre tour, si j'ose dire, faire le siège en règle.
Nous voudrons savoir, à propos de chacune d'elles, si elle a été correctement posée ; si, correctement posée, elle peut se résoudre ; si résolue enfin, elle ouvre des aperçus nouveaux à la pensée. Nous nous demanderons alors si, lorsqu'on passe d'une antinomie à une autre, ces aperçus ne viennent pas se ranger comme d'eux-mêmes autour d'un principe unique d'explication.
Abordons la première antinomie ; elle a pour objet la grandeur considérée dans la possibilité de ses accroissements successifs et pose le problème tant de fois agité de l'infini.